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jeudi 2 septembre 2021

Pendant longtemps j'ai cru que J-D Bredin était mort en 2007. J'avais tort.

 

Jean-Denis Bredin est mort hier. Pour moi, comme pour beaucoup de ceux qui l’admiraient, j’imagine, il était mort il y a près de 15 ans lorsqu’il avait participé à l’arbitrage calamiteux qui avait octroyé une somme faramineuse à Bernard Tapie dans le litige qui l’opposait au Crédit Lyonnais. C’était en 2007, il était l’un des trois arbitres.

L’affaire est toujours pendante. L’escroquerie à l’arbitrage en bande organisée n’a pas été retenue en appel et les différents intervenants (arbitres et politiques) furent finalement innocentés. En revanche, l’arbitrage a bien été annulé au civil et Bernard Tapie reste redevable des 403 millions qui lui avaient été accordés en 2007. Aux dernières nouvelles, l’affaire a été portée par ses avocats devant la Cour de Justice européenne. Le célèbre détrousseur d’entreprises en difficultés a une chance de mourir avant d’avoir été obligé de vendre son hôtel particulier parisien.

J’ai bien noté que la culpabilité de Jean-Denis Bredin (pas plus que celle de Pierre Mazeaud, autre arbitre) n’avait pas été retenue dès la première instance, à la différence du copain / coquin qui l’avait recruté. Il reste que je n’ai toujours pas compris ce qu’il était allé faire dans cette galère au risque de passer, au mieux, pour un vieil homme manipulé par des requins. Peut-être avait-il voulu défendre un individu victime d’une injustice de la part d’une institution peu recommandable ? Peut-être, comme on le disait à l’époque, n’était-il pas alors au top de ses facultés intellectuelles ?

Et pourtant, quelle intelligence, quelle capacité de travail, quel brio à l’écrit comme à l’oral ! Je ne crois pas avoir rencontré ces qualités portées à un tel niveau chez quelqu’un d’aussi peu imbu de lui-même, d’aussi sincèrement attentif aux autres. Sa politesse était vraie, naturelle et non comme souvent chez ceux qui se sentent supérieurs, faussement respectueuse et sournoisement hautaine. On était heureux de l’admirer et cette admiration, loin de vous paralyser, vous stimulait, vous donnait envie de vous surpasser, libéré qu’on était de l’impossible envie de l’égaler. Il y a des supériorités qui ne vous écrasent pas mais vous élèvent au contraire.

J’ai eu la chance de le côtoyer pendant 3 ou 4 mois, en 1985. François Mitterrand lui avait confié une mission de réflexion sur la création de télévisions privées en France. Était-ce techniquement, économiquement possible, à quelles conditions, quel devrait-être leur cahier des charges pour ne pas mettre en péril la télévision publique (TF1 était encore publique), ni porter atteinte à la création française, notamment à la production audiovisuelle et cinématographique. C’était sa quatrième mission officielle sur des sujets touchant à la culture et au cinéma.

Il avait réuni un petit groupe autour de lui : un inspecteur des Finances, une conseillère d’Etat (future directeur de cabinet de François Hollande Président de la République), une journaliste de France 3 (épouse d’un futur ministre de la Communication), un économiste qui venait, je crois, de Thomson (et qui ferait plus tard carrière comme directeur de plusieurs salles d’opéras européennes). J’étais chargé de la partie « conséquences sur la production », mon mérite, bien plus modeste que celui de ces premiers de classe, venant de ce que j’avais passé 3 ans CNC (Centre national du cinéma) pour y mettre en œuvre les mécanismes de soutien à la production audiovisuelle. Notre petit groupe était cornaqué par un autre conseiller d’Etat (futur secrétaire général du Conseil constitutionnel pendant 10 ans).

Tous ces gens étaient extrêmement brillants, travailleurs, savants, promis à de belles carrières, et je ne me sentais pas de la même trempe. Mais tout le monde était sympathique, l’atmosphère de travail était joyeuse, peut-être parce que nous avions tous à peu près le même âge.

Surtout nous communions tous dans une admiration, totale et sans réserve, pour le chef de mission.

Au début, nous avons beaucoup auditionné dans le cadre magnifique de l’Hôtel Salomon de Rothschild, alors déserté car entre deux affectations. Un hôtel particulier pour nous tout seuls, au milieu d’un grand jardin, à 100m de la Place de l’Etoile !

On rédigeait des comptes-rendus, des notes d’information puis d’orientation, nos six plumes l’alimentant constamment en papiers qui serviraient au rapport ou à ses annexes.

Puis, il a fallu commencer à rédiger des morceaux de ce rapport. Chacun avait son domaine, même si tous, nous nous corrigions mutuellement. Mon sujet, « comment maintenir et développer la production audiovisuelle et cinématographique dans le nouveau contexte de télévisions plus nombreuses ? » n’intéressait guère les autres et j’étais de ce fait plutôt épargné par la critique. Rétrospectivement, je juge regrettable cette abstention alors bien agréable, car je pense que le rapport contenait quelques sottises de mon fait. Ce qui les intéressait, c’était « combien peut-on autoriser de nouvelles télévisions, techniquement, économiquement ? Quelles seraient leurs ressources, l’équilibre du système ? etc. » et les discussions étaient souvent passionnées entre une majorité de cultureux dans mon genre, et un ou deux « libéraux ».

Jean-Denis Bredin écoutait, relançait, jamais ne coupait court en invoquant quelque argument d’autorité. Il était le père qui encourage ses enfants, les pousse à se montrer créatifs et jamais ne les juge. On lui remettait nos papiers. Il revenait quelques jours après avec un texte abouti qui reprenait une bonne part de notre travail mais magnifié par une pensée plus cohérente et une prose plus limpide. Il nous confiait son travail solitaire pour critique et modification, sans fausse modestie ni vanité dissimulée.

Je me souviens d’une veille de weekend où notre production avait été particulièrement abondante. Il s’excusait par avance de ne pouvoir tout traiter car il devait se rendre au Caire pour je ne sais quelle affaire juridique d’importance. En fait, il était revenu le lundi avec 7 feuillets (je me souviens encore du chiffre, 35 ans plus tard, tant j’avais été bluffé), impeccables. Il n’y avait rien à ajouter ni à retrancher.

J’ai participé à d’autres rapports de ce genre, notamment en 82/83. François Mitterrand voulant faire la preuve qu’il avait bien tenu sa promesse de créer 100 000 emplois publics supplémentaires, avait confié un audit à un homme politique du Nord. Je crois bien que ce dernier n’en a pas écrit une seule ligne (pas grave, le rapport ne fut jamais publié, le Président avait brusquement changé de politique, et pour Laurent Fabius, ce n’était pas le moment de rappeler les débuts tonitruants de 81).

Les rapports Bredin étaient vraiment des rapports Bredin. C’est lui qui les signait parce qu’il les rédigeait.

Dans le même temps, il était avocat, écrivain, homme public, ami attentif. Je me souviens d’un dîner chez son ami Georges Kiejman. Cela avait été un festival d’humour, un assaut de culture entre les deux hommes ; Georges Kiejman semblant particulièrement dynamisé par la très jolie conseillère d’Etat de notre groupe. Nous étions comme au spectacle devant ce que la France pouvait produire de mieux, en partant, aussi bien d’un fils d’artisan polonais que d’un fils de grand bourgeois parisien.

J’ai d’autant plus honte d’avoir marqué quelques réserves sur son roman Un coupable qui venait de sortir des presses de Gallimard. Sans doute nous avait-il donné un exemplaire à chacun. Je me souviens seulement d’une conversation en tête à tête avec lui, hors de la présence des autres (je ne sais plus ce qui m’avait valu cette distinction). Je m’étais permis quelques critiques, heureusement oubliées, après des éloges un peu mous. J’imagine que, impressionné, j’avais voulu « faire intelligent » et qu’alors cela signifiait pour moi « être critique » (depuis je pense exactement le contraire).  A mon grand étonnement, mon petit speech l’avait peiné (c’était son premier roman). Je m’en veux encore d’avoir été aussi stupide et bêtement méchant. Et surtout ridicule.

Cet aveu fait (il est sans doute la raison de ce long préambule), j’en viens à mon propos. Jusque-là, j’ai entonné le chant de ses louanges que tout le monde partage, à juste titre. Son intelligence, sa culture, son habileté, sa gentillesse, etc. Je veux juste ajouter une petite anecdote. Je ne sais si elle complète le personnage tant j’ai de la peine à la faire coller avec le reste de sa personne.

Pour nous remercier d’avoir travaillé pour lui, il nous avait invité à dîner dans un restaurant des Champs Elysées. Dans un petit salon privé, lumières tamisées et velours écarlate, nous avions fait bonne chère, dans la joie du travail accompli et la légère tristesse de devoir se quitter pour retrouver nos vies habituelles.

A la fin du repas, il fit débarrasser la table et nous ranger face à lui, comme au spectacle. Car c’était bien d’un spectacle dont il s’agissait, dans le boudoir devenu scène. Pendant une heure, le célèbre avocat, l’écrivain reconnu, le brillant représentant de l’intelligentsia de gauche devint l’histrion qui cherchait à nous distraire. Pendant une heure, ce fut une succession de tour de cartes qui nous attirait des oh ! et des ah ! médusés. Comme un vrai pro, il jouait le bateleur qui amuse et ébahit. Il aurait voulu nous conquérir complètement, (mais c’était inutile, nous l’étions déjà), il n’aurait pas pu imaginer surprise plus étonnante.

Je ne sais d’où lui venait ce talent et ce goût. Avait-il l’habitude de jouer les magiciens, devant quel public, en quelles occasions ? J’espère qu’il en parle dans son autobiographie que je viens de commander, au titre délicieusement humoristique : « Trop bien élevé » ?

Je risque sans attendre une hypothèse. Peut-être que cet art de l’escamotage, de la tromperie amusante, de l’illusion jamais suivie de désillusion, le touchait particulièrement, lui le toujours premier, le toujours plus jeune, lui rappelant ce qu’il y a de vain dans l’admiration béate des autres. « Vous êtes épaté de me voir le premier à l’agrégation de droit, le plus jeune académicien…,  moi je sais, de l’intérieur ce que cela vaut, moi je connais tous les tours de cette pseudo magie. »

Peut-être voulait-il nous détourner de notre admiration béate en nous faisant sentir qu’il y avait un envers du décor ? Peut-être mais nous, nous étions subjugués encore plus.

Je me revois descendre dans la nuit tiède et l’ombre des arbres du bas des Champs Elysées, bien droit sur mon vélo, sans toucher au guidon, car tout n’est qu’équilibre et beauté. La vie me semble bonne car elle produit des êtres d’exception. Et c’est bien car ils vous grandissent, vous donne confiance, tout en vous apprenant à mesurer la valeur des ambitions et des réussites.

Je ne sais pas encore ce que va devenir notre travail de plusieurs mois. Le rapport fut bien remis. Fut-il lu, je ne sais ?  Sans doute, au moins par quelque gratte papier qui rédigea une note qui elle, ne fut pas plus lue. François Mitterrand lança deux télévisions, en contradiction complète avec les préconisations du rapport Bredin, la Cinq de Berlusconi, abomination des abominations et TV6 dont on ne peut dire si elle aurait été aussi catastrophique car la nouvelle majorité la précipita dans la tombe pour faire émerger M6.

Je ne revis jamais Jean-Denis Bredin. J’ai pu le regretter. Maintenant c’est définitivement impossible. Jean-Denis Bredin est bien mort le 1er septembre 2021.

 

 

 

jeudi 6 août 2020

Beyrouth. In memoriam

Bizarrement, je n'ai pris que 4 photos de Beyrouth lors de ce voyage au Liban d'avril 1972. J'étais plus pressé de me recueillir devant le petit port de Jbeil (ancienne Byblos, une des premières cités du monde) ou de parcourir les ruines antiques de Baalbeck que de fixer le souvenir de la vie quotidienne dans cette ville qui allait être ravagée par la guerre moins de 3 ans plus tard. 

Ces quatre photos représentent un paysage urbain qui avait disparu avant même l'explosion qui vient de la désoler à nouveau. Jusqu'à une date récente, jusqu'à la crise qui épuise le pays, la spéculation immobilière était d'une ampleur inouïe.

Voici la Corniche Ain Mreysseh, bordée par la rue de Paris, à environ 1 km du lieu de l'explosion. J'ai longuement arpenté, grâce à Google Street, les rues de Beyrouth à la recherche de quelques bâtiments ayant échappé à la fureur des promoteurs. Même ces délicieuses maisons ottomanes en bordure de mer avaient déjà disparu.

Sur la droite, on pouvait voir la tour de l'Université américaine, seule bâtiment que j'ai retrouvé sur Google. Je ne comprends pas pourquoi j'ai pris cette photo sans aucun intérêt. Quand on ne prend que 4 photos, on sélectionne mieux ! IL me semble que, peu habitué à voir un gros avion survoler aussi bas des habitations, c'est lui que j'avais visé



Enfin voici la place qu'on appelait encore la Place des Canons, même si elle était devenue depuis longtemps la Place des Martyrs. Je l'ai vue en 98 ou 99 en pleine reconstruction, c'est à dire en pleine démolition / construction. Rien à voir avec le charme d'antan. Tout a été rasé.

Je n'ose imaginer ce qu'elle est devenue, si proche du lieu de l'explosion. Je n'ose imaginer ce que sont devenus tous ces gens inconnus croisés dans la douceur du printemps libanais. Ils ont traversé tant d'épreuves.






samedi 1 août 2020

Non, je ne me moque pas de Thiers comme du quart !

Dans la série "les sites et les villes que l'on côtoie sans jamais s'y arrêter", Thiers figure en bonne place. La ville incarnait pour moi le type même de l'étape à éviter. Je l'imaginais crasseuse, avec ses usines décrépites et le souvenir d'une gloire passée à jamais oubliée. On vient de quitter la Limagne poussiéreuse et urbanisée, pour atteindre les verts contreforts du Forez, on ne va pas replonger dans la laideur. Ou bien,venant de l'est par la belle autoroute qui serpente dans les forêts parsemées de prairies, on ne veut pas plonger plus vite que nécessaire dans cet abominable urbanisme de l'Auvergne moderne. On file pour profiter des derniers instants de beauté naturelle.

Et puis, en ce 30 juin ensoleillé de l'an I de l'épidémie de Covid, j'ai eu envie de voir ce qu'il en était par moi-même. Après deux heures passées à déambuler dans une ville quasi-déserte, je suis loin d'avoir épuisé les charmes de Thiers. J'ai laissé de côté tout son passé industriel (tout était fermé) et de nombreux monuments. Mais j'en ai assez vu pour avoir envie d'y retourner.

Mon seul contact avec l'industrie coutelière sera cette maquette vue dans une boutique.

Le premier contact n'était pas très engageant.

A vendre, sans doute. Mais à acheter ?

A une certaine époque on semble avoir voulu "moderniser" la ville, ce qui lui valut quelques curieuses verrues alors que tant de maisons anciennes sont encore inutilisées. L'agressif  bâtiment de l'Office d'HLM n'augure rien de bon et la mairie aurait pu se faire plus discrète.



Il y a pourtant quelques beaux immeubles du XIXème qui racontent la gloire passée de la ville et une magnifique poste du XXème.




Le plus saisissant, le plus étonnant pour moi, ce fut de découvrir la ville médiévale. Toute une ville conservée et non seulement, comme souvent, quelques maisons isolées. Beaucoup ont déjà été restaurées.





L'hôtel du Pirou date du début du XVème siècle.
Juste à côté, les poutres sculptées qui soutiennent le 1er étage d'une maison ancienne :








On peut discuter de certains partis, mais c'est joyeux après tout.


Pour l'essentiel, le ville est encore "dans son jus" et garde, pour le visiteur de passage tout au moins, le charme du vieillot délaissé (surtout sous le soleil de juin !).





Les fenêtres reflètent la façade d'une église abandonnée.

Quand on s'éloigne du centre historique par des rues très en pente, on découvre une petite ville paisible, une ville à la campagne d'où l'on aperçoit de partout les montagnes d'Auvergne.

Dans ces petits immeubles modestes, la construction repose sur de fortes poutres de bois.





La ville industrielle est tout au fond dans la vallée de la Durolle.



Partout règne un silence qui rappelle les grandes épidémies d'autrefois. Je songe que la ville s'est développée après la Grande Peste et la fin de la Guerre de Cent ans. On est heureusement bien loin de ces catastrophes, même si les commerçants s'inquiètent sérieusement d'une saison qui ne commence pas.

J'aime bien ces boutiques des petites villes, souvent pimpantes, parfois rigolotes, toujours attendrissantes tant on se demande comment elles peuvent faire vivre leur propriétaire.






Point besoin donc de se réfugier dans la collégiale Saint Genès pour échapper au vacarme de la ville. Il y fait simplement bon. On peut y jouir de ce luxe qu'est devenu l'espace inutile qui ne correspond plus à aucune fonction, qui n'est plus productif de rien, qui ne rentabilise rien. Mais qui reste beau.

L'édifice roman tardif est tout simple avec une curieuse tribune fermant le chœur.



Quelques beaux chapiteaux, étranges, d'une beauté barbare, aux représentations énigmatiques, grossièrement taillées dans un granit dur qui ne s'est pas rendu sans résistance.




Une belle Pieta, quelques objets liturgiques très kitsch qui font le bonheur de mes visites d'églises...



Toutefois, l'édifice public le plus étonnant de Thiers reste son monumental Monument aux morts qui date de 1922 (l'emphase redoublée est justifiée en l'espèce).




L'étrange groupe central, un soldat de 14-18 épuisé et abattu qui s'appuie de tout son poids, pour ne pas tomber, sur un géant gaulois, Vercingétorix, exige, sans aucun doute, une explication. Le sculpteur Joanny Durand a voulu, dit-il, manifester le double caractère, celte et latin de la France, nation gallo-romaine associant l'énergie gauloise et la civilisation latine. J'avoue rester perplexe sur le sens de l'oeuvre., notre poilu ne me semblant pas très latin ni très civilisé.

Il avait déjà repris ce thème pour le Monument aux morts qu'il avait sculpté dans sa ville natale de Boën sur Lignon. La pose était classique. Les deux protagonistes, de taille similaire, se tenaient bien droit, raides et un peu gauches, comme gênés de se tenir par la main. Une France ailée (avec des ailes de Sphinx plus que d'ange) et casquée les tient rassemblés par l'épaule, comme pour leur dire" que vous le vouliez ou non, vous êtes frères, vous êtes de la même famille".


La représentation de Thiers est beaucoup plus étrange : le poilu est affalé, comme un enfant qui cherche le réconfort dans les bras d'un adulte. Il n'est pas, comme souvent, le vainqueur glorieux, ni même la victime sacrificielle d'un monstrueux combat. C'est une victime certes, mais une victime qui ne trouve aucun sens à son sacrifice, comme un enfant qui ne comprend rien au malheur qui le frappe et se contente de pleureur devant tant d'injustice.

L'adulte musculeux ne le prend pas dans ses bras. Il le soutient avec l'indifférence de ceux qui sont des rocs dans l'adversité et lui offre simplement sa paume ouverte dans un geste énigmatique. On dirait que le polu du XXème siècle y recherche l'annonce de son présent, 2000 ans d'histoire résumés dans les lignes d'une main.



On peut d'ailleurs s'étonner du curieux renversement de perspective : c'est le vaincu de César qui semble victorieux alors que le poilu, qui a pourtant eu raison de Guillaume II, semble défait. Dans tous les sens du terme.

Les 2 bas-reliefs sont plus classiques et opposent le père artisan et la mère cultivatrice.



Rien que pour son monument aux morts, Thiers mériterait le détour....

...avant que la ville ne sombre définitivement dans le purgatoire des petites villes tuées par les lotissements et les grandes surfaces.