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mercredi 8 septembre 2010

Accident du travail

André Perréal meurt le 29 novembre 1773, écrasé sous un chariot de bois. Il a une quarantaine d’années. Sa femme Marie Beatrix lui survivra jusqu’en 1786. Ensemble, ils ont eu, en 22 ans de mariage, 7 enfants, dont au moins 3 vécurent assez longtemps pour se marier dans l’immédiat voisinage, avec des garçons et des filles de Pougny.

André travaillait en effet dans la ferme des Isles, au bord du Rhône, la plus grosse exploitation de la région. Les « Isles », ce sont les iles du Rhône, la zone marécageuse qui s’étend au sud de la ferme jusqu’au Rhône et qui subsiste encore partiellement, formant la réserve biologique de lEtournel.

La ferme appartenait à des Dufour, mais des Dufour bien différents de mes ancêtres, des nobles venus de Berne au XVIème siècle, sans doute à l’occasion de l’invasion du Pays de Gex par les Bernois qui apportèrent avec eux, pour 150 ans, la religion de Calvin. Au moment de la mort d’André, le propriétaire est Joseph Dufour qui se fait appeler Dufour du Château, un château aujourd’hui disparu, près du pont qui conduisait en Suisse. On a conservé son inventaire après décès de 1982 ; il donne une bonne idée de sa fortune (plutôt médiocre) et m’a appris ses origines suisses. Il avait eu vers ses 15/16 ans une petite fille d'une des servantes du domaine. Heureusement pour lui, elle était morte à l'âge de 2 ans.

Un Claude Dufour, sans doute le fils de ce Joseph, figure sur les listes d’émigrés en 1792. Il avait dû apprendre les massacres de début septembre 1792 à Paris. L'inénarrable style bureaucratique du scribouillard révolutionnaire mérite d'être cité :

Nom de famille/Surnom :   Dufour Prénom(s) :   Claude-François-Félicité-Madeleine-Laurent-Robert-Mariette  
Dernière profession ou qualité connue :  Noble  

Dernière ville de résidence :  Auxis [sans doute La Saucisse, un quartier de Collonges], Par.de Collonges (Ain)  

Date de constat de l'émigration par les autorités de la République :  7-9-1792

Après lui, il n'y aura plus de "Dufour du Château" dans la région.

La ferme des Isles.
L'écurie est début XVIIIème, la maison d'habitation du XVIIème.
Cette exploitation, qui conserve des bâtiments du XVIIème, appartient à nouveau à des Suisses. On y accède par un long et étroit chemin qui descend en pente assez raide du plateau de Collonges jusqu’au Rhône ou par un chemin moins malaisé mais plus long depuis Pougny, où se trouve l’église dont dépendent les Isles. C’est par ce chemin de 2, 3 kilomètres que sera emmenée sa dépouille pour y recevoir sa dernière bénédiction  des mains du curé Rouph. Ce dernier, actif et appartenant à une famille de notables de Gex, n’a pas encore obtenu de Louis XVI les subsides qui lui permettront de reconstruire en 1780 l’église paroissiale, alors bien délabrée. La nouvelle église y gagnera un nouveau patron, saint Louis.

Hodler. Le bûcheron.
 L’endroit est tout à fait isolé, comme il l’était à l’époque. C’est pourquoi André Perréal logeait avec sa famille sur le domaine ainsi que d’autres familles dont la famille Mollard, les fermiers des Dufour (les « grangers » comme on disait ici en ce temps-là). André n’était donc sans doute qu’un manœuvre et il devait se dépêcher (trop) de rentrer le bois de l’hiver qu’il avait dû tirer du Bois de la Scie qui occupe encore toutes les pentes qui surmontent la ferme. Ce ne devait pas être une mince affaire d’en extraire les arbres coupés sans faire tout basculer dans le ravin. La fatigue, comme toujours, explique sans doute l’accident.

Comment Marie Béatrix a-t-elle survécu ? Ses parents étaient morts depuis longtemps. Elle avait un frère Pierre, qui avait fait un beau mariage en épousant une fille Goy. Peut-être l’a-t-il aidée ou même recueillie car elle est décédée au chef-lieu, à Pougny.

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