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mercredi 8 septembre 2010

Mes ancêtres Dufour étaient protestants (2ème partie)


Comment tout s’éclaire quand on veut bien apprendre à lire.
 
Mes Dufour sont bien des originaux. Ils appartiennent à la seule famille Dufour du coin qui soit protestante. Pendant longtemps, j’avais cherché à trouver des liens entre les Dufour de Villard, ceux du chef-lieu de Collonges et ceux de l’Etournel, sur la paroisse voisine de Pougny (qui ne fut une commune autonome qu’au XIXème). Dans le document que j’écrivis, il y a 2 ans, sur les Dufour de Collonges, j’avais passé beaucoup de temps à énumérer ce que je savais de chacune d’elles, parce que je ne savais pas grand-chose sur ceux de Villard. Ce stratagème d’écriture était inutile ; j’avais tout faux.

Non seulement mes Dufour n’avaient pas de liens avec ces Dufour catholiques, mais, en revanche, ils en avaient avec les « Dufour du Château », nobles d’origine suisse, que j’avais écarté alors sans discussion : comment mes paysans auraient-ils pu avoir quelque chose en commun avec les plus gros propriétaires fonciers de la région ? Eh bien si, ils partageaient au moins une même religion et sans doute, pendant un certain temps, un même ostracisme, car les Abraham, Sarah ou David Dufour du Château étaient assurément protestants.


A peu près dans le même temps, j’ai fini par pouvoir consulter les registres de la mairie de Collonges, dont les horaires, astucieux pour ses habitants (le matin et de 17 à 19h) mais peu pratiques pour un généalogiste de passage, ne m’avaient pas permis d’entrer. Quelle joie alors de pouvoir consulter les originaux, ou plus exactement, de les photographier en 2 séances non-stop de 2 h chacune. L’œil traîne malgré tout et voilà qu’apparaît Huguinne (et non Huguenine comme j'avais lu par erreur ; je crois pourtant que je vais persévérer dans l'erreur) Choudens, épouse d’Aimé Dufour et décédée le 22 novembre 1705 à Villard. Enfin, Huguenine prenait corps, si je puis dire, au moment même où elle quittait cette terre. Elle me livrait alors son vrai nom : Choudens et non Chaudens comme j’avais cru le lire et comme il était sans doute écrit, par un secrétaire pour qui ce patronyme était aussi mystérieux que pour moi.

Pourquoi ne l’avais-je pas trouvé plus tôt ce décès à Collonges dont j’ai lu et relu les registres publiés sur le Net ? Tout simplement parce qu’il n’avait pas été reporté dans les registres du Greffe qui sont encore les seuls numérisés. Une erreur, une faute d’inattention du copiste et Huguenine était restée tapie dans son registre paroissial sans pouvoir accéder à l’existence sur le Net.

Cette rectification ne serait pas la seule : Quand j’aurais compulsé les bons registres, je m’apercevrai que la belle fille d’Huguenine de Choudens, ma lointaine ancêtre, n’est pas Françoise Rosset, mais Françoise Rousset. Là encore, le scribe de Collonges déforme le nom en fonction des patronymes qu’il connaît. Mais pas de doute, sur le registre paroissial figurent bien les noms des parrain et marraine de Jeanne Marie Dufour, 3ème enfant de Jean Aimé et de Françoise Rouset : Antoine Rousset et sa sœur Jeanne Marie Rousset, habitant Versoix, en terre protestante. Ils savaient écrire, comme la plupart des protestants, ils avaient signé, l’homme et la femme, « Rousset ».Encore un indice concordant.

Je n’ai pas encore trouvé leur lien de parenté entre Françoise, la femme de Jean Aimé Dufour, mais ce sont sans doute des oncle et tante de la jeune maman. Pour en savoir plus, il me faudra me rendre aux Archives de Genève, car, depuis 1815, Versoix qui devait être le port français du Pays de Gex sur le Léman, est désormais en territoire suisse.

On peut imaginer toutefois, la scène qui se passe le 18 décembre 1713 dans la chapelle de Collonges. Depuis le mariage dont je n’ai pas encore trouvé la trace mais qui a dû se dérouler à Versoix, la belle famille ne s’est pas manifestée lors de la naissance des 2 ainés, Etienne, mon ancêtre, en 1709 et Pierre en 1711et en ce mois de décembre 1713, c’est leur première visite à Collonges et Villard. Ce qu’ils ont vu les a rassurés ou complètement affolés, ils ne reviendront jamais et, comme je l’ai dit, on ne trouvera plus jamais trace de ces Rousset ou de leurs proches.

Pourquoi sont-ils venus cette fois-ci ? Il n’y aura sans doute jamais de réponse à cette question. On peut s’étonner qu’ils ne soient pas venus en août 1709 ou en août 1711 (les 2 premiers sont nés le même mois) mais en décembre 1713. Même s’il n’a pas fait aussi froid que pendant l’hiver 1709 dont on continuera de rappeler le souvenir pendant plus de 50 ans, ces hivers du début du XVIIIème siècle sont toujours aussi redoutables. Il ne faut peut-être pas chercher de raison particulière ; après tout, ces gens qui vivaient 3 siècles plus tôt rencontraient les mêmes problèmes et subissaient les mêmes contingences que nous. Ce retard n’a peut-être aucune signification.

Quoi qu’il en soit, le frère et la sœur Rousset ont dû faire une route épouvantable de 35 kms pour venir porter sur les fonds baptismaux la petite Jeanne Marie. La route qu’ils empruntent, importante, puisque c’est la route de Genève à Paris et Lyon, n’a pas encore été refaite. Mais, même 50 ans plus tard, on hésite à prendre la route en hiver. Un exemple : le le curé de Léaz, la commune toute proche à l’ouest de Collonges, de l’autre côté du Pas de l’Ecluse, demande à son confrère de Collonges un service pour lui éviter de se déplacer, tant le moindre voyage est un cauchemar à la mauvaise saison.

Heureusement, leur déplacement ne se révèlera pas, comme si souvent, inutile. Jeanne vivra, elle vivra même jusqu’à 66 ans. D’ailleurs, d’une manière générale, le couple Dufour / Rousset a eu de la chance : sur leurs 9 enfants recensés, 7 vivront jusqu’à un âge déjà canonique pour l’époque, autour de la soixantaine et 6 auront une descendance.

Cela, les Rousset de Versoix ne l’apprendront qu’indirectement puisqu’ils ne feront plus le voyage et que symétriquement, les Dufour de Collonges n’auront plus à remonter vers le nord, comme à l’époque où ils se rendaient au temple de Sergy.

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