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lundi 31 janvier 2011

Chamois, es-tu là ? 1ère partie : Non !



   Cette dernière semaine de janvier a été merveilleuse et j'en ai profité pour sortir les raquettes à la recherche des chamois et bouquetins dans leur livrée d'hiver. Dans le Boréon, au nord de Saint Martin-Vésubie, j'espérais rencontrer des bouquetins. J'en avais observé en mai. Deux jeunes mâles qui faisaient équipe.



Je me rappelle les avoir aperçus pendant que je déjeunais, moi aussi, assis sur un rocher. Ils avaient mis du temps à me repérer, trop occupés à rechercher une nourriture bien cachée.


Ils avaient fière allure et respiraient la santé, malgré les longs mois d'hiver. Pas comme ce vieux mâle rencontré un mois plus tard en redescendant du refuge de Nice et qui n'avait pas encore perdu son pelage d'hiver.
 

Le temps était idéal, ensoleillé et froid après des chutes de neige, déjà anciennes, mais abondantes. Les versants bien exposés étaient déneigés jusque vers 1500 m, mais la glace témoignait de la température : agréable au soleil, elle devait être très basse la nuit venue.


 Curieuse cascade de glace, aperçue en bordure de route : elle sourd de la prairie !


J'avais oublié ma carte et dans mon impatience à commencer ma ballade, je me suis trompé et j'ai enfilé la vallée qui remonte vers le col de Salèse, au lieu de celle grimpant vers le refuge de Cougourde, au bas duquel j'avais vu mes bouquetins. J'ai laissé ma voiture à 1600m, à côté de 3 voitures, oh horreur ! J'ai d'ailleurs rencontré leurs propriétaires lors de leur descente, tandis que je montais encore : un skieur passé trop loin, puis un solitaire comme moi et enfin deux hommes dont l'un d'eux, intendant d'un domaine appartenant  à Gabrielle de Savoie, sans doute le château de Balsan au dessus de Cap d'Ail, nous a permis d'évoquer le passé italien de cette vallée, tout en "philosophant" sur le sujet suivant : valait-il mieux paresser dans ce château, avec ses piscines, sa piste d'hélicoptère, mais entourée d'une double enceinte de protection, ou se ballader dans cette montagne offerte à tous ?

Rentré dans mon plus modeste chez moi, j'ai voulu me renseigner sur cette descendance des rois d'Italie et j'ai eu le plaisir de trouver un lien improbable entre les articles de mon blog fouillis : le shah d'Iran aurait envisagé un mariage avec la princesse catholique, de quoi révulser tous les bigots d'Italie et d'Iran.

Tout ceci pour dire que 4 personnes rencontrées, cela restait raisonnable. On est même content de pouvoir bavarder un moment, tant le silence est total. Bien avant 14h, je savais ainsi que j'étais totalement seul pour continuer ma ballade.

Après un kilomètre sur la route (enneigée et fermée) qui monte au col, on emprunte un petit chemin encaissé. Il est près de midi et le soleil ne peut y pénétrer.





On longe un petit torrent affluent du Boréon.




Puis le paysage s'élargit à partir de la vacherie de Salèze.

La hauteur de la neige sur le balcon donne une idée de l'intensité de la chute. Le torrent parait , lui aussi, plus sympathique. 


Puis il finit par disparaître sous la neige.


Les mélèzes remplacent pour l'essentiel, les épicéas, offrant une forêt très aérée qui me rappelle les fins de randonnée à ski d'autrefois autour de la Meige ou du mont Vigo. On comprend que les chamois préfèrent, en hiver, le couvert plus épais des sapins.



Certains vénérables mélèzes ressemblent à ces arbres marcheurs du Seigneur des anneaux. J'ai oublié leur nom mais Samuel ou Mathieu, sauraient me le souffler immédiatement avec ce haussement d'épaule à peine esquissé que l'on adresse aux ignares, fut-il leur grand-père.

Vus de loin, ils semblent uniformément gris, mais si l'on veut bien regarder d'un peu plus près, la couleur éclate.




Voici le col de Salèse (2043 m). Un dernier regard en arrière pour voir d'où l'on vient.


Et l'on se trouve en face du vallon de Mollières.

La montagne qui ferme la perspective, c'est le mont Saint Sauveur. On peine à imaginer, derrière sa crête, l'agitation d'Isola 2000. 



La route descend doucement vers le village abandonné de Mollières, situé à 1500 m d'altitude. Ce hameau, plutôt, qui comptait une petite centaine d'habitants, est déserté l'hiver depuis les années 60. La route qui le dessert (et que j'ai emprunté au début de la ballade, sur quelques centaines de mètres) est récente, mais coupée tout l'hiver puisqu'elle passe par le col de Salèse, à plus de 2000m, alors que l'accès se faisait auparavant par un chemin muletier montant depuis la Tinée et bien moins enneigé.

Ce hameau a connu une histoire originale. Lors du rattachement de la Savoie et du Comté de Nice à la France en 1860, Mollières resta italien, à la demande du roi Victor Emmanuel II. Grand chasseur de chamois, il voulait pouvoir parcourir la montagne sur ses 2 versants. Napoléon III, accepta, en contrepartie d'une partie de la vallée de Roya (Saorge, Sospel sont ainsi devenus français), au mépris de toute considération stratégique. On peut sourire de ces amabilités entre monarques, qui allaient compliquer considérablement la vie des habitants, mais le Parc national en tire, en partie, son origine.

Pendant près d'un siècle, jusqu'en 1947, Mollières se vit coupé de son arrière-pays naturel, Saint Sauveur et la Vallée de la Tinée, relativement accessible alors que pour rejoindre les vallées italiennes, il fallait franchir le col de Fremamorte, à plus de 2500 m. Le gouvernement italien accepta, pour limiter les conséquences fâcheuses du caprice royal, de créer une zone franche et d'autoriser certains échanges avec la France. Il fallait notamment régler la question de la transhumance des bêtes que l'on dota de "papiers" : des acquits à caution, engagés par des Français,  permettaient de s'assurer du ré-import des animaux baladeurs.

Un site officiel sur Mollières donne de nombreux détails sur ce village dont j'ai aperçu les toits au loin. Il raconte notamment l'exode de la population en juin 40, obligée par l'armée italienne de se réfugier en Italie lors de sa courageuse tentative d'invasion de la France déjà écrasée par les Allemands. Ils n'allèrent pas bien loin puisque les colonnes d'Alpini qui passèrent par là furent arrêtées sur la Tinée près d'Isola par les chasseurs alpins français. Mon oncle Henri Dufour (Riquet), chef d'une section d'éclaireurs-skieurs, était tout proche. J'ai appris aussi que le village fut incendié par les Allemands le 7 septembre 1944 pour enlever tout refuge aux partisans français mais aussi italiens. Difficile d'imaginer toute cette violence dans une nature aussi paisible et aussi silencieuse.

Je quitte ce vallon, pour remonter vers la droite dans la vallée qui s'ouvre au pied du mont Giegn (2888 m).


Ce sommet semble bien moins impressionnant, sous cet angle, que la Caïre Pountu qui a de faux airs d'Aiguille Verte.



En fait, quand je me trouverai derrière lui, cette montagne ne sera plus effectivement qu'un gros cairn.


Lorsque je fus là, vers 2350m, je sus que je m'étais trompé. Mes interlocuteurs de rencontre m'avait appris l'existence du Lac Négre que j'ignorais jusque là : "vous montez au lac Nègre ?". Je n'allais pas dire le contraire. Malheureusement, j'ai pris à droite du Caïre Pountu au lieu de prendre à gauche. C'était beau malgré tout et il était trop tard (et j'étais trop fatigué) pour tenter de trouver ce foutu lac qui ne méritait sûrement pas son nom ce jour-là.

Passé cette sorte de petit col,

 le paysage s'élargit et l'on rêve de s'y promener à l'infini.






On a envie de se diriger partout où le regard se porte. Mais je dois me rendre à l'évidence : il n'y a sûrement pas de lac dans ce coin.


Il faut donc rentrer car il est déjà tard. Il fera nuit noire quand je retrouverai ma voiture, toute seule, cette fois-ci.

A ce moment j'avais oublié tout espoir de trouver un lac mais aussi le moindre animal. Si la ballade fut superbe, cela tint à la flore mais pas à la faune. A part quelques choucas et d'insouciantes mésanges huppées, je ne vis que des traces et encore, des traces de petits animaux..

Trouverez-vous la mésange huppée que ma venue fait s'envoler ?

La voici rapprochée par le recadrage.


En retraversant le petit pont sur le torrent, j'ai vu aussi des traces, de lapin et d'autres petits mammifères que je n'avais pas remarquées à l'aller, mais rien de bien excitant. Je vous en donne la photo uniquement pour vous faire partager la beauté de la neige.

Curieux pont que l'on franchit, du fait de l'épaisseur de la neige,  les chevilles à la hauteur du garde-corps.






Mais le jour baisse sérieusement et j'ai encore une jolie trotte à faire. Alors je file.


Enfin, me voici à la voiture. Il était temps.



Mais, c'est promis ! la prochaine fois, il y aura des chamois.

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