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mardi 15 février 2011

Iran, années 70. 3 bis. La montagne

En faisant une tentative (vite abandonnée) de rangement de mes archives, je suis tombé sur une lettre que j'avais adressée à ma mère le 20 mai 1972. Ma mère avait, en effet, gardé toutes les lettres qu'elle avait reçues de mon frère et de moi. C'est une lecture souvent mortifiante car je peine à me reconnaitre dans celui qui écrit,  mais c'est une source sûre de dates et de détails. 

Il y a quelque temps un ami que j'ai gardé de cette période me demandait si j'avais tenu un journal car il s'étonnait de la précision de mes souvenirs de cette époque. En fait, ces 2 années sont restées gravées avec une grande précision, sans que je tienne le moindre journal (ce que je n'ai jamais fait, à l'exception d'une seule fois, lorsque mon père m'avait envoyé dans une famille anglaise pendant 15 jours, avec le vain motif de me faire apprendre une langue dont j'ignorais tout. J'avais 9 ans et j'avais dû me parler ainsi à moi-même. En français !). Les lettres fréquentes que j'adressais à ma mère dont nous avons été, mon frère et moi, séparés très tôt, ont dû en tenir lieu.

Avant de commencer ces chroniques sur l'Iran des années 70, j'aurais dû commencer par plonger dans mes cartons pour essayer de retrouver cette correspondance. Je ne l'ai pas fait. Ceci dit, je suis content de constater, au moins sur ce seul exemple, que ma mémoire est plutôt fidèle. Je donne in extenso le passage relatif à la 2ème tentative d'ascension du Demavend.

"Le vendredi précédent [c'est à dire le 5 mai], c'était la montée au Demavend. Partis le mercredi soir (le proviseur, homme ouvert, m'avait autorisé à m'absenter, me remerciant de lui dire le vrai motif de mon absence, à condition, bien sûr, que je remplace les cours). Nous avons couchés dans le village au pied, sur des tapis. Jeudi, nous montons jusqu'à 2700 m en voiture et commençons à monter à 7h30, dès le début dans la neige. J'étais monté avec mes chaussures de ski, pour éviter d'emmener 2 paires, mais j'avais 10cm de neige sous les chaussures, car il avait neigé l'avant-veille.

Nous arrivons à 2 heures au refuge. On regarde un peu le paysage, emmitouflés sous les duvets et les "moumoutes" (vestes en duvet [je ne comprends pas pourquoi j'ai écrit moumoute au lieu de doudoune] et à 4 h on dort jusqu'à 7h. On re-mange et on re-dort. Lever à 2h du matin, vendredi pour attaquer les 1500m qui restent. La nuit, il avait neigé, avec beaucoup de vent mais le matin était clair avec un froid de canard. On montait très lentement à cause de la neige et du froid, car il fallait s'aider des bâtons et en 5mn on attrapait l'onglée. B. est redescendu au bout d'une heure, les pieds insensibles [je ne comprends plus ce que j'ai écrit puisque la montée a duré 3h]  ; moi, ils me faisaient encore mal, ce qui était bon signe. On n'avait pas de guêtres tous les 2 et les chaussures étaient pleines de neige. 

On a mis 3 heures pour monter de 500m (4625 m). On a fait un trou dans la neige pour s'abriter du vent qui soulevait la neige et l'on a cassé la croûte en se frictionnant les pieds et en regardant le soleil se lever. C'était magnifique. On n'était pas fatigué mais, à ce rythme, on ne pouvait atteindre le sommet et il fallait profiter de la neige encore dure pour redescendre. Et après 3h1/2 de descente à skis, avec de la neige croûteuse, puis excellente, puis de la soupe, on était aux voiture à midi, un peu déçus mais heureux tout de même. J'espère cependant le refaire, mais sans skis, au mois de juin, les bonnes périodes étant juillet ou septembre."

Comme on sait, ce projet ne se concrétisera pas. La fin du séjour approchait et l'objectif était un voyage en Afghanistan qui prit place en juillet juste avant le retour. J'ai gardé quelques photos et j'en parlerai sans doute un jour.

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