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samedi 11 juin 2011

Eux aussi sont nés à Annecy. 1ère partie.

Profitant d'un court passage à Annecy, je suis allé voir si ma maison natale n'avait pas disparu. Non, rien de nouveau. Elle est toujours là, toujours partagé comme un gros gâteau dans le sens vertical. Mais après tout, si c'est la condition de sa survie au XXIème siècle, pourquoi pas.


En en faisant le tour, je découvre un chat qui se sent, c'est certain, le vrai propriétaire des lieux.



Il me regarde comme un intrus. Un intrus d'ailleurs, que je suis devenu même si, il y a bien longtemps, je me suis tenu, moi aussi, à cette fenêtre.

Dans le quartier alentour, la mainmise de la ville sur l'ancien hameau d'Albigny se poursuit. Une maison est promise à la démolition.



Ce devait être une maison de rappport avec 2 petits logements d'ouvriers. Elle est amusante avec sa symétrie de guingois. Le toit est en bon état ; il avait été refait à l'ancienne. Dommage.


Dommage qu'elle ne soit pas tombée sur un propriétaire comme son immédiate voisine. Il est vrai qu'elle est en bordure d'une rue devenue passante alors que, dans mon enfance; il ne s'agissait que d'un chemin .


Tout n'est pas négatif. Un passage public tout en verdure a été aménagé entre le hameau et le lac. En bordure, une maison revendique fièrement, au milieu de ces villas prétentieuses et barricadées, sa condition prolétarienne.


Lors de mon dernier passage en ce lieu, un cirque stationnait sur l'herbe de cette mini-coulée verte et une joyeuse  petite bande en "marcel" sauciçonnait bruyamment devant la maison. Aujourd'hui, rien de tout cela. L'animation, je vais la trouver, par delà le vacarme de la route, dans la roselière que la ville a créé et entretient à grand frais (j'ai vu passer une équipe d'entretien qui la surveillait avec attention).


L'endroit est charmant, malgré la proximité de la route.



Quand j'étais enfant, les roseaux s'étendaient bien plus loin et l'on pouvait circuler en barque en se faufilant au milieu d'eux. Nous avions un peu peur, mon frère et moi, de nous aventurer dans ce qui nous semblait un labyrinthe.Je ne savais pas que je répétais, 20 ans plus tard, les jeux de ma mère et de mon oncle dans ces mêmes roseaux.


Ces photos ont été prises à Pâques 1933. Ma mère à 13 ans, Fred, son frère aîné, 18 ans. Il s'est mis en scène, comme il aime le faire. Le voici Robinson Crusoé tentant de signaler sa présence au bateau qui passe au large. Je pense qu'il a donné des instructions précises à sa soeur pour obtenir l'image qu'il voulait. Sinon, peu de chances d'avoir son reflet dans l'eau.


Fred a légendé lui-même la photo : "Pâques 1933. En souvenir de mes chasses au serpent".

Moi aussi, j'ai aperçu une grosse couleuvre ondulant à la surface de l'eau. Plus exactement, c'est l'eau qui semblait onduler en se déplaçant.

Autrefois, la roselière était trop clairsemée pour constituer un véritable abri pour les oiseaux. Aujourd'hui, elle est dense, protégée par des barrières de toute intrusion humaine. Du coup, elle grouille de monde.

Je commençais par observer un foulque qui pêchait au fond de l'eau des algues  qu'il attrapait avec voracité.

Penché en avant, les pattes rejetées en arrière, il me fait penser à ces patineurs de vitesse qui lancent avec force leurs jambes loin derrière eux, les mains croisée dans le dos. Puis brusquement il plonge.


Pendant que je m'applique à saisir "l'instant décisif", je me fais hêler par un couple de cyclistes : "Vous feriez mieux d'aller plus loin. Il y a un couple de cygnes et 2 petits, juste au bord de la piste cyclable".

C'est vrai, j'avais oublié que je les avais déjà aperçus la veille au soir. Je m'étais étonné de les voir à terre, dans un lieu aussi passant et aussi dangereux pour eux. De là, à imaginer qu'ils puissent y être encore le lendemain en fin de matinée. Cela me semblait invraisemblable. Pourtant ils étaient bien là, cheminant lourdement tout près des vélos qui circulaient en trombe.


Comme un couple de cyclistes encadrant leurs enfants qui roulent en vélo sur le côté d'une nationale à grande circulation, ils protègent leurs petits, maman devant, papa derrière, en serre file.

Autant je les verrai ensuite agiles dans l'eau, autant la marche leur est pénible. Ils se dandinent comme les oies dans les Aristochats. Les petits sont fatigués. ils s'arrêtent.


La mère qui n'a rien vu continue mais le père stoppe aussi pour leur permettre de se reposer.


Il commence une petite toilette pour s'occuper. Les mâles s’ennuient vite quand il n'est plus question de vie et de mort, quand il faut se plier aux contraintes d'un morne quotidien.


C'est très sympa de leur part, cette halte juste en face d'un banc d'où je peux les observer confortablement. La mère s'en inquiète un instant mais elle conclut que je ne représente pas de danger.


Est-ce que les petits ont senti son inquiétude, ils se rapprochent d'elle.



En fait, le danger ne vient pas de moi mais de la roselière. De quoi s'agit-il ? je ne vois ni n'entend rien mais la mère pousse plusieurs fois son cri de colère et les petits sont terrorisés.


Mais finalement, ce n'est rien.


Alors les petits, comme tous les petits s'amusent, en ayant complètement oublié leur récente frayeur.


On essaie même d'imiter sa mère en train de se toiletter dans une position acrobatique. Sans vraiment de succès.


Puis, ils reprennent leur marche. Vont-ils faire ainsi le tour du lac ? Finalement, pas très loin de leur halte, les parents décident de se jeter à l'eau car, à ce niveau, l'eau est assez profonde et on peut gagner le large sans problème.. L'eau précisément est à 30 cm, ce qui parait abyssal à nos deux jeunes. Madame saute  pour montrer le chemin. Un premier petit tombe plus qu'il ne décide de sauter. Ce que voyant, le 2ème remonte précipitamment dans l'herbe glissante pour retrouver un sol plan. Cela ne plait pas du temps à monsieur qui l'exhorte à se conduire en cygne. J'ai filmé la scène mais je ne puis, d'où je rédige ceci, mettre le clip dans un format admissible sur un blog. Une autre fois ?

Maintenant, tout le monde s'éloigne.





Je reverrai plusieurs fois les 2 petits, mais plus jamais avec leur père. Il les avaient sortis d'un mauvais pas. Sa présence était désormais inutile. Il avait mieux à faire, selon lui.


A peu près au même endroit, j'ai assisté à une scène du même genre mais, à l'envers, si j'ose dire. Il ne s'agissait pas de pousser ses petits à se jeter à l'eau mais au contraire, de leur apprendre que l'on pouvait sortir de l'eau en sautant. Maman canard a beau donner l'exemple, aucun des canetons (un seul essaie vraiment de sauter) ne parvient à s'élever assez haut. Alors maman renonce, c'est encore trop tôt, et les emmène dans les roseaux pour s'initier à d'autres exercices.





Là, ils vont faire des rencontres, croiser chacun des habitants de la roselière. Les foulques, tout d'abord, les plus nombreux.

 Une maman foulque et son étrange nouveau-né.


Les cerises tombent dans l'eau. Pas pour tout le monde.

Voici également une grèbe huppée.


et même une poule d'eau, toujours très farouche.


Les moineaux surveillent toute cette populace du haut de leur perchoir.


Ils auraient beaucoup à raconter sur la multitude aquatique dont vous venez de découvrir les protagonistes.. Mais ce sera pour une autre fois.

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