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dimanche 12 juin 2011

Eux aussi sont nés à Annecy. 2ème partie

Je suis conscient du fait que j'ai une fichue tendance à l'anthropomorphisme dès que j'observe les animaux qui m'entourent de plus en plus souvent. J'ai pourtant envie de plaider pour cet anthropomorphisme qui n'oublie pas la singularité de ces êtres sans paroles dont il faut respecter l’originalité irréductible. Il est, je crois, possible de ne pas oublier que leurs motivations, leurs instincts, leurs envies, leur horizon de conscience sont irréductibles aux nôtres et que pourtant nous pouvons partager certains de leurs comportements, les comprendre par empathie et  même avec certains, établir une communication véritable. Certaines attitudes nous sont directement intelligibles et nous ne nous trompons pas quand nous les interprétons.

Cette impression est particulièrement forte quand on observe le comportement des adultes envers leurs petits,  comme aussi celui des petits lors de leurs premiers pas dans la vie. Ou plutôt de leurs premiers coups de palmes puisque, aujourd'hui, je suis au bord de la roselière du Petit Port, sur le lac d'Annecy.

J'ai parlé hier des cygnes. Un seul couple et 2 petits qui traversent périodiquement mon champ d'observation comme des personnages d'Hellzapoppin. Nous les reverrons. En revanche, les foulques sont beaucoup plus nombreux, même s'ils ont, eux aussi, des portée de un ou deux individus seulement.


A la naissance, les petits foulques sont méconnaissables. Jamais on n'imaginerait qu'ils deviendront rapidement ces oiseaux plutôt ternes, au corps gris ardoise,  surmonté par une tête d'un noir profond,  terminé par un puissant bec blanc rosé qui remonte jusqu'au sommet du crâne. Seule fantaisie que l'adulte consent à garder, mais qu'il cache généralement, ses pattes, d'un jaune vif qui détournent le regard de leurs doigts gigantesques de descendants des dinosaures. Même leurs yeux, d'un beau rouge, sont généralement noyés dans le noir de leur tête.



Le petit (ou la petite) foulque est au contraire très coloré avec son bec tout rouge, ses cheveux orange de savant Nimbus et son petit bec qui n'évoque pas encore le gros nez busqué de l'adulte.

C'est un nouveau-né dont s'occupent encore ses 2 parents, père autant que mère.


En fait, ils ne s'occupent guère de lui. Ils s'épouillent, tantôt tout seuls, tantôt l'un l'autre. Je ne suis pas capable de distinguer qui épouille qui, du père ou de la mère. Ce qui est certain, c'est que l'un des foulques fouille consciencieusement le cou et le poitrail de l'autre qui lui donne des petits coups de tête lorsqu'il s'arrête : la coopération est nécessaire car aucun d'eux ne peut atteindre avec son bec cette partie de son propre corps.



Cela ne fait pas l'affaire de notre jeune impatient qui s'ennuie.


Il en a assez. Il s'éloigne et va se promener.





Mais rapidement, il se fait peur et piaille à qui mieux mieux pour alerter ses géniteurs.


Les naissances se sont étalées sur une certaine période et l'on trouve des petits foulques à des stades très différents de leur développement.

Le bec de celui-ci a viré du rouge au jaune (demain il sera à peine rosé). Il se promène fièrement tout seul, s'enfonce sans crainte dans l'épaisseur des roseaux .








 Mais, quand une cane croit son petit menacé et se dresse comme une statue du commandeur pour chasser notre jeune imprudent, il court se réfugier auprès de sa mère et de son frère (ou soeur).








Cette maman foulque a, en effet, la chance d'avoir 2 petits. La chance sans doute, mais il y a des moments où elle en a assez de ces petits qui paillent sans cesse pour lui demander de plonger et ramasser des algues au fond de l'eau. Leur attitude suppliante a beau être particulièrement expressive, elle les laisse tomber parfois et se réfugie sur l'hélice d'un hors-bord. A dire vrai, ce n'est peut-être pas de l'agacement mais aussi une technique pédagogique pour les convaincre d'apprendre à se débrouiller tout seul.





Cette autre adulte se repose aussi de tous ces soins aux enfants.



Mais les moments de détente sont de courte durée et je retrouve notre mère de 2 enfants un peu plus tard toujours à la peine pour nourrir ses 2 ados.




 Il me semble bien que les 2 petits n'ont pas la même taille, l'un d'eux doit mieux se débrouiller que l'autre. C'est habituel chez les foulques : l'incubation commence avant même la fin de la ponte qui s'étale sur plusieurs jours.

Le plus gros est capable de se débrouiller seul et elle refuse de s'en occuper.




Il essaie même de brûler les étapes et, maintenant qu'il maîtrise la chasse sous-marine, il rêve de voler. Il lui faudra d'autres essais (et des ailes plus grandes !) avant d'y parvenir.


En revanche, le plus petit ne cherche à s'affranchir ni de la pesanteur ni de sa mère. Il adore ce tendre duo avec elle.





Pourtant la mère va lui apprendre à se nourrir tout seul. Elle commence par frapper l'eau du bec pour l'inciter à plonger, lui qui ne songe, pourtant, qu'à réclamer ce qu'il estime son dû.




Il regarde avec attention, les pattes gauchement écartées, dans une attitude qui évoque la petite enfance des foulques ou des humains..


Sa mère l'encourage. Ne voyez-vous pas sa sollicitude ?




Puis, après avoir bien hésité, il se lance enfin.


Et le voilà tout heureux, le bec plein d'algues.



Dans quelques semaines, il sera devenu comme ce solide gaillard.



Et la vie continuera inlassablement, comme la ronde de nos petits cygnes.


Mais mon histoire n'est pas terminée. Demain, ce sera le tour des grèbes huppées qui sèment la pagaille dans la roselière avec leurs énergiques parades nuptiales.

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