Pages

mardi 28 juin 2011

Syrie 1972

Damas est tout proche de la frontière libanaise. Venant de Beyrouth, on atteint la capitale syrienne par une route qui monte en larges virages dans un paysage de plus en plus désertique avant de redescendre vers la ville qui s'étale dans sa vaste cuvette.

En 1972, on avait l'impression d'entrer dans un autre monde, plus austère, triste même. Partout des militaires dans leur uniforme d'un vert sinistre. Une atmosphère pesante qui évoquait la grisaille d'un pays d'au delà du rideau de fer, bien loin des couleurs chatoyantes de l'ancienne capitale des Omeyyades. Le général Hafez el-Assad venait de prendre le pouvoir, tout juste un an plus tôt. Le pays sortait d'une période d'instabilité politique pour tomber dans une dictature militaire qui allait se jeter dans la guerre malheureuse de 73 dont il se consolerait en mettant la main sur le Liban à partir de 75.

routard.com

Heureusement, la Grande Mosquée de Damas nous transporte au temps des Omeyyades, cette dynastie responsable de tant de chefs d'oeuvre de l'art islamique (Grenade notamment). Cette mosquée, la plus grande de son temps et même la 1ère véritable mosquée, date du tout début du VIIIème siècle. Elle occupe un immense quadrilatère en plein centre.

1972

J'avais été ému, moins par l'étendue du monument  que par la munificence de la décoration qui doit beaucoup à l'art byzantin de la mosaïque.



Le trésor.






Comme on peut le voir sur les photos ci-dessus que j'ai prises en 1972 et celle ci-dessous trouvée sur un site italien qui propose de superbes photos de peintures (souvent figuratives) de l'art islamique, on acceptait encore, dans les mosquées, la représentation de paysages.

www.amolenuvolette.it

L'intérieur est gigantesque si l'on songe à la taille de nos églises européennes dans les années 700.

damas-visoterra
Autour de la mosquée, les ruelles du vieux quartier. Je me souviens très bien de mon émotion de l'époque avec le sentiment (largement illusoire, j'en conviens) de me balader en plein Moyen-Âge.





La ville moderne présente aussi d'autres merveilles de l'époque ottomane (XVIIIème) comme le Palais Azem et cette mosquée dont j'ai oublié le nom.



Nous sommes partis ensuite vers le nord, vers Homs, sans doute en bus, mais je n'ai aucun souvenir. C'est à partir de cette ville que l'on pouvait organiser 2 excursions essentielles, vers Palmyre et le Krak des Chevaliers.

Homs est une ville animée, sans grand intérêt architectural mais amusante par son grouillement humain. Nous sommes accostés alors par un jeune Syrien, un étudiant, qui souhaite nous parler. Il prend des allures mystérieuses pour nous demander si nous voulons bien le recevoir à notre hôtel. Il a peur d'être vu avec des étrangers. Il a l'air suffisamment sincère pour que nous acceptions. Dans notre petite chambre d'hôtel, il nous explique la raison de sa demande : il veut émigrer en France, dont il parle parfaitement la langue, pour échapper à ce régime policier qu'il déteste. Je ne sais plus ce que j'ai pu lui dire pour l'aider. Il me semble que j'ai accompli une démarche pour lui, mais ce souvenir est trop ténu pour que je puisse le préciser. Tout ce que j'ai retenu, c'est la description terrible qu'il faisait de la vie des étudiants, condamnés à filer droit. Il doit approcher la soixantaine et j'espère qu'il a pu réaliser son rêve. Ce qui est certain, c'est que Homs est actuellement un des foyers de l'opposition au régime.

Homs vu de notre chambre d'hôtel. 

Pour aller visiter le Krak des Chevaliers, il n'y avait pas d'autres moyens de transport que le taxi, une antique Mercédès 180, piloté par un sympathique chauffeur qui parlait quelques mots d'anglais. Pendant notre absence, il; se contenta de piquer un petit somme. Nous l'avions loué pour la journée et, même si quelque mauvaise pensée a pu me traverser l'esprit, il était bien là à notre retour. C'était préférable car il n'y avait pas âme qui vive. Pas de poste d’accueil, pas de ticket, pas de guide, pas d'enfants acharnés à nous soutirer quelques pièces, nous seuls dans le printemps syrien, verdoyant et parfumé. 





Cette terre si paisible contrastait étrangement avec la monumentale forteresse qui avait vu tant de combats pendant plus de 2 siècles. Difficile d'imaginer toute cette soldatesque bruyante dans ces couloirs déserts, alors que la garnison compta jusqu'à 2000 soldats chrétiens. Des noms chantent à la mémoire quand j'arpente le krak, mon guide à la main : Tancrède l'a pris le 1er, Soliman mourut avant de l'investir. Pendant 129 ans, la forteresse reste imprenable malgré des attaques qui se renouvellent  pratiquement tous les 10 ans. Les Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem qui la tiennent alors résistent jusqu'en 1271. Ils ne sont plus que 300 et obtiennent de pouvoir partir sains et saufs après leur capitulation devant les Mamelouks. Ils entament alors une longue retraite vers saint Jean d'Acre, puis Chypre et Rhodes.




la Chapelle



Cette architecture gothique est étonnante en ce lieu. Les nouvelles modes architecturales (le gothique rayonnant) sont connues ici pratiquement en même temps qu'elles sont développées en France. Ces bâtiments datent de la construction de la cathédrale d'Amiens.

Palmyre, en revanche, à l'est de Homs, détonne moins dans le paysage avec son ensemble gigantesque d'époque romaine.Pour franchir les 150 kms de désert, nous avons pris le bus. Je me rappelle les abris enterrés d'avions de chasse à peine visibles dans l'ocre du désert. Pas question de sortir son appareil photo. Je me rappelle aussi ce soldat descendu du bus pour nulle part.

Nous sommes arrivés en fin d'après-midi à Palmyre et nous nous sommes naturellement précipités sur le site archéologique. Il y avait une lumière splendide.

L'arc monumental qui marque le centre de la ville



Le temple de Baal.

Hadrien est venu jusqu'ici en 129 et comme à son habitude, il lance des travaux importants. C'est lui qui entame la réalisation de la grande colonnade (plus d'un kilomètre de long) qui traverse toute la ville. Autrefois, elle était bordées de maisons faites de briques crues. Les maisons sont retournées à la terre en fondant sous les pluies tandis que subsiste la colonnade de pierre comme une immense arête de poisson dont les chairs ont été dévorés. Palmyre est ainsi un véritable fossile dont ne subsistent que la tête et la queue (les temples) reliées par le mince cordon de l'arête dorsale.

Au fond, le château arabe, devant les ruines du Sénat.

Je ne découvris cette fameuse colonnade et l'immensité du site que le lendemain. Le temps, malheureusement, avait changé, le ciel était couleur de plomb et la lumière terne noyait terres et monuments dans la même indistincte grisaille. C'était dommage pour les chromos mais convenait sans doute mieux au spectacle de la ville, morte d'avoir voulu être trop puissante.

Palmyre vu depuis les pentes de la colline dominée par le château arabe du XVIIème.

Elle avait été une escale importante des caravanes qui venaient d'Orient pour rejoindre la Méditerranée et le monde romain. Elle avait été aussi un des avant-postes romains de la lutte contre les Parthes. L'épisode le plus célèbre de cette lutte incessante se situe dans les années 260 lorsque le Sassanide Sapor (ou Chapour) s'empare de l'empereur Valérien et le garde prisonnier jusqu'à sa mort, premier et seul exemple d'un empereur romain réduit en esclavage (cf Iran années 70. D'isfahan à Persépolis).

Le prince Odonat, chargé par l'empereur Gallien (fils de Valérien) de repousser les Parthes les pourchassa jusqu'à leur capitale de Ctésiphon  mais ce n'est pas lui dont l'Histoire a retenu le nom mais celui de sa seconde épouse, Zénobie.

Zénobie a fasciné les contemporains et les historiens grecs et romains comme cette autre figure orientale, Cléopâtre, dont d'ailleurs elle prétendait descendre, sans la moindre justification généalogique. Dans le monde occidental, romain ou grec, l'émergence de telles personnalités féminines était impensable et leur surgissement aux marges de l'Empire représentait une menace radicale car elle concentrait en elle toutes les aptitudes qui permettaient d'exercer un pouvoir absolu.

On connaissait bien sûr, la femme ambitieuse qui exerce le pouvoir de fait au travers d'un homme falot, mari ou fils, capable des pires atrocités pour gagner et conserver le pouvoir suprême, à la manière d'Agrippine, la mère de Néron. Mais pas question d'exercer le pouvoir en 1ère ligne. La femme est une égérie, comme la nymphe qui conseillait Numa Pompilius, pas un chef de guerre. Elle peut-être reine, parce que femme d'un roi, pas en son nom propre.


"Désormais la mesure de l'infamie est comble: tandis que la république est lassée, et que Gallien déshonore le trône par ses débauches, des femmes même prennent la pourpre, et la portent avec gloire. Une étrangère, cette Zénobie, dont nous avons déjà parlé, qui se vantait d'être issue de la race des Cléopâtre et des Ptolémée, après la mort d'Odenat, son mari, revêtue du manteau impérial, chargée d'ornements précieux, la tête ceinte du diadème, gouverna au nom de ses fils, Herennianus et Timolaûs, et, malgré son sexe, garda longtemps l'empire. Il n'est que trop vrai : pendant que Gallien régnait encore, et que Claude était occupé à combattre les Goths, une femme orgueilleuse occupa le trône, jusqu'à ce qu'enfin Aurélien la vainquit, la mena en triomphe, et la réduisit à vivre sous la loi du peuple romain". Histoire Auguste.




Cet Orient accusé d'asservir les femmes avec ses harems et ses gynécées fait surgir parfois des figures féminines dominatrices que les cervelles masculines occidentales n'auraient oser imaginer dans leurs pires angoisses. Des femmes belles comme des déesses, indifférentes aux hommes, indépendantes et énergiques, capables de jouer surr tout le clavier des aptitudes que l'espèce humaine distribue ordinairement entre les 2 sexes.

Elles peuvent jouer de leur beauté et de la fascination qu'elles suscitent chez les hommes jusqu'à réduire les plus fiers soudards au rôle d'esclaves efféminés qui ne retrouvent leurs vertus viriles que dans la comédie de l'amour où elles s'emploient et s'épuisent.

"Son teint était brun, ses yeux noirs, pleins de vivacité et d'expression, d'une beauté incroyable: elle avait les dents d'une telle blancheur, qu'on aurait cru voir des perles et non des dents." 


Ainsi l'auteur de l'Histoire Auguste, rédigée moins d'un siècle plus tard, décrit la reine Zénobie qui prit le pouvoir après l'assassinat de son mari à Emèse (aujourd'hui Homs), peut-être avec l’assentiment de l'épouse qui ne supportait pas le rôle que Odonat voulait faire jouer à son fils aîné, issu d'un premier mariage. Aucune preuve n'existe de cette complicité mais on voit bien pourquoi le soupçon en est venu : l'expression ultime de la femme, c'est la mère prête à tout pour ses enfants mâles. Car le paradoxe est là : l'homme avili parce que né d'une autre est paré de toutes les vertus dès lors qu'on l'a façonné tel qu'on le désire, oubliant qu'adulte, il ressemblera étrangement à cet homme méprisé dont il a fallu faire semblant de supporter le joug.


Zénobie d'ailleurs est mère plus qu'amante. Elle sait d'autant mieux se servir de son charme qu'elle-même est indifférente à l'amour qu'elle suscite. On retrouve là un autre fantasme masculin, celui de la femme qui n'a pas besoin des hommes, sauf pour la procréation, alors qu'eux sont dominés par leur lubricité.


"Telle était la chasteté de cette femme, qu'elle n'admettait auprès d'elle son mari que pour propager sa famille, et chaque fois qu'elle l'avait reçu dans sa couche, elle attendait l'époque de ses règles où elle pouvait juger si elle avait conçu. Une fois enceinte, elle tenait son mari éloigné d'elle : dans le cas contraire, elle se livrait de nouveau à ses embrassements." Histoire Auguste.


Zénobie dispose de toutes les armes de la femme : le charme, mais aussi la diplomatie, cette habileté manoeuvrière qui est l'arme des faibles (physiquement) qui ne peuvent utiliser la violence. Mais elle a aussi l'énergie et l'endurance.


"Sa voix était sonore et mâle. On trouvait en elle, suivant l'occasion, la sévérité des tyrans ou la clémence des bons princes.... Elle allait en voiture, rarement en litière, plus souvent à cheval. On dit qu'il lui arriva fréquemment de faire à pied trois ou quatre milles avec les troupes....Elle haranguait les troupes comme les empereurs romains, le casque en tête, revêtue d'un manteau bordé de pourpre, dont le bas était enrichi de pierreries, et dont les deux côtés étaient retenus sur la poitrine par une pierre précieuse qui servait d'agrafe ; souvent elle avait le bras nu."


Si elle a les qualités des femmes, elle n'en n'a pas les défauts : "Libérale avec prudence, elle savait ménager ses trésors au delà de ce qu'on peut attendre d'une femme". Zénobie est un être complet.





L'auteur de l'Histoire Auguste insiste plusieurs fois sur ce caractère double de la femme d'exception qui réunit en elle, les goûts et les aptitudes dites masculines et féminines.

"Quoiqu'elle vécût ordinairement avec sobriété, souvent elle buvait avec ses généraux, et même avec des Perses et des Arméniens, jusqu'à l'emporter sur eux. Elle se servait à table de vases enrichis de pierreries, dont Cléopâtre avait fait usage".

Un autre historien de cette époque, l'écrivain grec Zozime, apporte un touche un peu différente à cet élogieux portrait, mais il est vrai qu'il écrit beaucoup plus tard (vers 500). Il a voulu sans doute apporter sa propre explication au comportement d'Aurélien qui épargna Zénobie mais massacra de nombreux notables et notamment le conseiller de Zénobie, le rhéteur Longin, célèbre païen comme lui. 

"Quand Aurélien se vit ainsi maître de la ville [Palmyre], il en prit les richesses et retourna à  Emèse où il fit venir Zénobie devant lui avec ceux qui avaient favorisé sa révolte. Elle s'excusa sur la faiblesse de son sexe et rejeta la faute sur ce qui s'était passé sur ceux qui lui avaient donné des conseils. Elle accusa notamment Longin, qui a laissé des écrits si utiles à ceux qui aiment les belles lettres. Ayant été convaincu, il fut condamné à mort qu'il souffrit avec une fermeté qui consola ceux-là même qui déploraient son malheur." Zozime, Histoire nouvelle.

Il me semble que la version, bien antérieure, de l'Histoire Auguste est plus conforme au caractère de Zénobie :"Lorsqu'elle fut tombée au pouvoir d'Aurélien, il la fit venir en sa présence, et lui dit ?« Comment, Zénobie, avez-vous osé braver les empereurs romains! — Je vous reconnais pour empereur, lui répondit-elle, vous qui savez vaincre; mais je n'ai pu regarder comme tels ni Gallien [empereur avant Claude et Aurélien], ni Aureolus [général usurpateur], ni les autres princes." La flatterie lui va mieux que la lâcheté.





Mais venons-en aux faits. Zénobie ne se contente pas du rôle d'auxiliaire de Rome qui suffisait à son loyal époux. Elle commence par se réclamer de Rome, y compris pour envahir l'Egypte en 270. Mais le succès et la faiblesse du pouvoir romain en but à l'anarchie militaire depuis la mort de Gallien la pousse à l'indépendance. Sur  les pièces qu'elle fait frapper à Alexandrie, elle proclame son fils empereur et se décerne à elle-même le titre d'Augusta, c'est à dire d'Impératrice. 

Malheureusement pour elle, un empereur énergique a pris le pouvoir entre temps, Aurélien, le général panonien (c'est à dire originaire de la Hongrie romaine)  qui va reconstituer à l'ouest contre Tetricus et à l'est contre Zénobie, l'unité de l’Empire. Il descend de Byzance à toute allure, bat les troupes de Zénobie une première fois en Anatolie puis près de Emèse (Homs). La description des troupes en présence mérite d'être citée tant ces armées évoquent l'univers cosmopolite de la fin de l'Empire romain (j'allais dire "américain").

"Quand Aurélien vit l'armée des Palmyréniens rangée dans une plaine hors d'Emèse, qu'elle montait à  70 000 combattants, qu'elle était composée tant de Palmyréniens que de toutes sortes d'étrangers qui avaient suivi leur parti, il rangea aussi la sienne dans laquelle il y avait des Dalmates à cheval, des Mésiens, des Panoniens, des Noriciens, des Rhéthiens [c'est à dire tous les peuples le long du Danube, depuis la Suisse jusqu'à la Hongrie et la Bulgarie], troupes entretenues dans les Gaules. Il y avait aussi des compagnies de l'empereur, parmi lesquelles il n'y avait que des hommes choisis. Il y avait des Maures à cheval, des troupes de Tyane [en Anatolie], de Mésopotamie [Irak], de Syrie, de Phénicie [Liban], de Palestine qui, outre les armes ordinaires, avaient des bâtons et des massues". Zozime a été frappé par ces bâtons et ces massues, il en reparle à nouveau ensuite.

Les provinces romaines au IIème siècle.
wikipedia

Après avoir vaincu, difficilement, Aurélien pourchasse Zénobie qui s'est réfugiée à Palmyre. Elle compte sur le désert pour ralentir le zèle des Romains. Il est vrai qu'on peine à imaginer les difficultés de ravitaillement d'une armée de plusieurs dizaines de milliers d'hommes, sans compter les chevaux et chameaux. Les Palmyréniens espèrent d'ailleurs que ces difficultés de ravitaillement amèneront  les Romains à lever le siège.



L'affaire n'est d'ailleurs pas évidente pour Aurélien qui a la réputation d'être un excellent général, un tacticien méthodique. Dans une lettre qui a été conservée, il s'inquiète de la difficulté de la prise de Palmyre.

"Les Romains disent que je fais seulement la guerre contre une femme, comme si Zénobie était toute seule à se battre contre moi, et avec ses seules forces personnelles ; or le nombre des ennemis est aussi grand que si je devais me battre contre un homme, sauf qu'ils sont placés sous le commandement d'une femme qui, par suite de sa mauvaise conscience et de la crainte qu'elle éprouve, est un adversaire bien pire. Il est impossible de préciser quelle quantité de flèches, quel appareil militaire, quelle quantité de javelots et de pierres se trouvent ici ; il n'est pas une fraction de mur qui ne soit occupée par deux ou trois ballistes ; il y a aussi des machines qui lancent des projectiles enflammés. Que dire de plus ? Elle est peureuse comme une femme mais combat comme un homme qui redoute le châtiment. J'ai néanmoins la ferme conviction que les dieux, qui n'ont jamais refusé leur assistance à nos entreprises, accorderont leur aide à l'État romain.»

Il essaie de faire plier Zénobie qui lui répond une lettre ironique qui pique sa vanité d'homme. Voici l'échange de correspondance où se devine à nouveau le caractère de Zénobie.

"Aurélien, empereur du monde romain et nouveau conquérant de l'Orient, à Zénobie et à tous ceux que lie à elle une entente militaire. C'est de votre propre initiative que vous auriez dû faire ce que ma lettre vous impose maintenant. Je vous ordonne en effet de vous rendre en vous offrant en échange la vie sauve, à la condition, Zénobie, que tu ailles vivre avec les tiens, dans le lieu que je t'assignerai, en accord avec le très noble Sénat. Vous devrez verser au Trésor de Rome pierreries, or, argent, soie, chevaux, chameaux. Les Palmyréniens conserveront leur statut."

"Zénobie, reine d'Orient, à Aurélien Auguste. Jamais personne avant toi n'a demandé par lettre ce que tu réclames. C'est par la seule valeur que tout doit se régler en matière de guerre. Tu exiges ma reddition comme si tu ignorais que Cléopâtre a préféré mourir en reine plutôt que de continuer à vivre dans un rang quelconque. Les renforts perses ne nous manquent pas : nous les attendons incessamment ; nous avons de notre côté les Sarrasins et les Arméniens. Des brigands syriens ont eu raison de ton armée, Aurélien. C'est tout dire ! Lorsque arriveront donc ces forces dont j'attends la venue de toutes parts, tu abandonneras sûrement cette morgue avec laquelle tu m'intimes l'ordre de me rendre, comme si tu étais vainqueur sur tous les fronts."



Finalement la situation évolue en faveur des Romains (si l'on peut qualifier de romaine, cette troupe hétéroclite) et Zénobie s'enfuit sur des chameaux "plus rapides que les chevaux" pour chercher de l’aide auprès des Parthes, les anciens adversaires de son mari. mais les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Elle est rattrapée alors qu'elle franchit l'Euphrate [à 200 km de Palmyre] sur un bac. Nous sommes en 272, 6 ans après sa prise du pouvoir.

La ville tombe et Zénobie est emmenée à Rome où elle est montrée enchaînée au triomphe d'Aurélien qui fête sa victoire sur les 2 séditions qui menaçaient l'unité de l'Empire, à l'ouest celle de Tétricus en Gaule et en Espagne et celle de Zénobie à l'est. On sent que ce parallèle , est / ouest, homme / femme, plait aux Romains amoureux de périodes alternées depuis Cicéron. 

Zozime fait mourir Zénobie sur le chemin de Rome, son fils à la tête d'une petite principauté orientale à la demande d'Aurélien. Je préfère la version de l'Histoire Auguste qui en donne cette magnifique description. La scène se passe à Rome en 274 :

"Aurélien donc, maître de l'univers après avoir pacifié l'Orient, les Gaules et le reste du monde, se dirigea vers Rome pour célébrer sous les yeux des Romains son triomphe sur Zénobie et Tétricus, c'est- à-dire sur l'Orient et l'Occident. Il n'est pas hors de propos de savoir comment se déroula le triomphe d'Aurélien : il fut en effet particulièrement somptueux. 
I1 y avait trois chars royaux : le premier, celui d'Odénath, était d'un beau travail et rehaussé d'argent, d'or et de pierreries ; le second, que le roi des Perses avait offert à Aurélien, était d'une facture tout aussi ouvragée ; le troisième était celui que Zénobie s'était fait fabriquer avec l'espoir de l'utiliser pour voir la ville de Rome. Cet espoir ne fut d'ailleurs pas déçu puisqu'elle fit bien son entrée dans la ville, mais vaincue et traînée en triomphe. II y avait un autre char, tiré par quatre cerfs , qui passe pour avoir appartenu au roi des Goths. C'est sur ce dernier, comme beaucoup d'auteurs l'ont rapporté, qu'Aurélien monta au Capitole pour y immoler les cerfs qu'il avait, dit-on, voués à Jupiter Très Bon Très Grand lorsqu'il les avait capturés en même temps que le char. 
Ouvraient la marche vingt éléphants, des fauves de Libye apprivoisés et deux cents animaux variés de Palestine, dont Aurélien fit aussitôt présent à des particuliers pour ne pas alourdir le fisc du coût de leur entretien ; suivaient, rangés par espèces, quatre tigres, des girafes, des élans et autres bêtes du même genre ; huit cents paires de gladiateurs, sans parler des prisonniers originaires des pays barbares : Blemmyes [nomades de Nubie, au sud de l'Egypte], Axoumites [Ethiopiens], gens de l'Arabie Heureuse [le Yémen, heureux d'être moins sec que l'Arabie proprement dite], Indiens, Bactriens [originaires d'Afghanistan], Ibères, Sarrasins et Perses portant chacun leurs présents, Goths, Alains, Roxolans [groupe de nomades sarmates au nord du Danube], Sarmates [autre nom des Scythes, nomades des steppes], Francs, Suèves [Celtes vivant dans la Souabe qui tirent de là son nom et qui ont émigré en même temps que les Vandales jusqu'au Portugal], Vandales, Germains, les mains liées puisqu'ils étaient prisonniers. Dans ce groupe de tête figuraient également les notables de Palmyre qui avaient survécu et des Égyptiens pour les punir de leur rébellion".




Le docteur Aly-Abbah qui a créé un site très documenté sur l'histoire du Moyen Orient (www.aly-abbara.com) cite un texte plus précis dont je n'ai pu retrouver la trace. Je le cite donc sans garantie :

"Elle figura donc au triomphe, au milieu d'un tel faste que le peuple romain n'avait jamais rien vu de plus somptueux : elle était d'abord parée de pierreries si énormes qu'elle croulait sous le poids de ses joyaux. Elle dut en effet, dit-on, s'arrêter très fréquemment, en dépit de son énergie, en se plaignant de ne pouvoir supporter le fardeau de ses pierreries. Elle avait d'autre part des entraves d'or aux pieds ainsi que des chaînes d'or aux mains ; même son cou était ceint d'un lien d'or que soutenait un bouffon perse". 

Dans ce défilé, Zénobie n'est pas la seule femme. Il y a des combattantes Goths. On sait que les femmes jouaient un rôle important dans les tribus germaines, mais rien à voir avec Zénobie, elles ne sont pas reines :


"On fit défiler également dix femmes qu'Aurélien avait capturées tandis qu'elles combattaient, en vêtement d'homme, au milieu des Goths. Beaucoup d'autres avaient été tuées. Une pancarte les présentait comme descendantes des Amazones : on portait en effet devant les prisonniers des pancartes indiquant le nom de la peuplade à laquelle ils appartenaient. Au milieu du cortège figurait Tétricus, revêtu d'une chlamyde écarlate, d'une tunique jaune et de braies gauloises, et flanqué de son fils qu'il avait proclamé empereur en Gaule. Puis s'avançait Zénobie, parée de joyaux et chargée de chaînes d'or".

Avec ce défilé de nations précédés de pancartes, le triomphe ressemble étrangement à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques modernes. 

Aurélien fut, d'ailleurs accusé par la vieille aristocratie romaine du Sénat d’avoir mal traité (au sens propre), une femme en la faisant figurer dans son triomphe. Il doit s'en expliquer dans une lettre aux sénateurs rapportée par l'Histoire Auguste :

"Il existe une lettre d'Aurélien où il rend témoignage en faveur de sa captive. Voyant, en effet, qu'on trouvait à redire de ce qu'un homme aussi vaillant que lui avait mené en triomphe une femme, comme si c'eût été quelque grand général vaincu, il se justifia ainsi dans une lettre adressée au sénat et au peuple: « J'apprends, pères conscrits, que l'on me reproche, comme une action indigne d'un homme, d'avoir triomphé de Zénobie. Certes, ceux qui me blâment, ne manqueraient pas de me louer, s'ils savaient quelle femme est Zénobie; quelle est sa prudence dans le conseil, sa constance dans l'exécution, sa fermeté envers ses soldats, sa libéralité dans l'occasion , sa sévérité lorsqu'elle est nécessaire. Je ne crains pas de dire que c'est à elle qu'Odenat a dû de vaincre les Perses, de mettre Sapor en fuite et d'arriver jusqu'à Ctésiphon. Je puis assurer que, si les Arabes, les Sarrasins, les Arméniens n'ont pas remué, c'est grâce à la crainte qu'elle inspirait aux peuples de l'Orient et de l'Egypte. Je ne lui aurais point laissé la vie, si je ne savais qu'elle a rendu un grand service à la république romaine, lorsque, soit pour elle, soit pour ses enfants, elle a conservé intact l'empire de l'Orient. Qu'ils gardent donc pour eux le venin de leurs censures, ceux qui se plaisent à tout dénigrer ; car s'il n'est pas beau de vaincre une femme et de triompher d'elle, que diront-ils donc de Gallien, à la honte duquel cette femme a si bien gouverné l'empire? Que diront-ils du divin Claude, ce prince vertueux et vénérable, qui, occupé de la guerre des Goths, ferma, dit-on, volontairement les yeux sur son usurpation, suivant en cela une politique sage et prudente? En effet, tandis qu'elle conserverait en Orient les frontières de l'empire, il pouvait lui-même, avec plus de sécurité, conduire à fin son entreprise".



Les règles de bonne conduite sont claires : respecter une femme, c'est refuser de l'exposer en public. La femme appartient à la sphère privée. En revanche, ne pas traiter un homme comme un adversaire, c'est l'humilier. Aurélien refusera de mettre à mort Antiochus qui se révolta en 273,juste après son départ , obligeant l'empereur a revenir sur ses pas. Il massacrera une partie de la population mais laissera la vie sauve à Antiochus, pour son humiliation définitive.

La répression fut terrible et la ville ne chercha plus jamais à jouer un rôle politique d'envergure.

"Il est rare, je dirais presque impossible, que les Syriens restent fidèles à leur parole. C'est ainsi que les Palmyréniens, qui avaient déjà été vaincus et écrasés, profitèrent de l'engagement d'Aurélien en Europe pour déclencher une révolte, et non des moindres. Ils tuèrent en effet Sandarion qu'Aurélien avait laissé là pour commander la place, ainsi que six cents archers ; puis ils offrirent le pouvoir à un certain Achilleus, parent de Zénobie [Zozime se trompe. Il s'agit d'Antiochus et il n'est pas parent avec Zénobie]. Mais Aurélien, qui était toujours sur ses gardes, revint du Rhodope [montagne bulgare] et, comme la ville méritait ce sort, il la détruisit. Finalement, la cruauté d'Aurélien ou, comme disent certains, sa sévérité alla si loin qu'on cite de lui une lettre qui confesse ostensiblement sa sauvage fureur. En voici la copie : « Aurélien Auguste à Cerronius Bassus [lieutenant d'Aurélien]. Il n'est plus nécessaire que les épées des soldats continuent leur œuvre. On a déjà mis à mort et exterminé suffisamment de Palmyréniens. Nous n'avons pas épargné les femmes, nous avons tué les enfants, étranglé les vieillards, massacré les paysans. A qui laisserons-nous désormais le territoire de la ville ? Il faut faire grâce aux survivants. Nous croyons en effet que leur si petit nombre s'est amendé en voyant les supplices infligés à tant d'autres. Quant au temple du Soleil de Palmyre qu'ont pillé les porte-aigle de la troisième légion, ainsi que les porte-enseigne, le porte-étendard, les sonneurs de cor et les sonneurs de trompette, je veux absolument qu'on le restaure dans son état primitif. Tu as à ta disposition trois cents livres d'or tirées des coffres de Zénobie, mille huit cents livres d'argent provenant de la fortune des Palmyréniens, ainsi que les joyaux de la reine. Emploie tout cela pour restituer au temple son éclat : tu te rendras ainsi très agréable tant à moi qu'aux dieux immortels. De mon côté je vais écrire au Sénat en lui demandant d'envoyer un pontife pour consacrer le temple. » Cette lettre, comme nous le voyons, montre que ce prince inflexible avait assouvi sa cruauté." Zozime Histoire nouvelle.

Quant à Zénobie, elle aurait fini sa vie dans une villa,  de Tibur ou de Tivoli, selon les auteurs.

La vallée des tombeaux à Palmyre

L'aventure de Zénobie fut très courte : de 266 à 272. Pourtant elle a laissé un souvenir bien plus vivace que d'autres car elle incarnait un personnage de femme à la fois admiré et craint. Elle connut ce qu'il faut de succès pour qu'on se souvienne d'elle, mais finit dans l'échec ; la gent masculine pouvait être rassuré.

A l'époque de cette visite, je n'avais pas lu tous ces auteurs antiques. Je ne connaissais même pas le nom de ces auteurs. Dommage, ma visite n'en aurait été que plus piquante. Je ne veux d'ailleurs pas quitter Palmyre sans évoquer l'auteur de l'Histoire Auguste. Après plus d'un siècle de controverse, il semblerait qu'il y ait un accord des historiens sur le nom de Nicomaque Flavien (334-374). S'il m'intéresse, c'est parce qu'il a participé à la dernière tentative, après celle de Julien l'Apostat, de restauration de l'antique religion romaine contre la religion chrétienne. Haut fonctionnaire, il travaille à Rome et à Byzance auprès de Théodose, l'empereur d'Orient, farouchement chrétien.

Rentré à Rome, il est nommé préfet du prétoire, c'est à dire chef de la garde prétorienne de l'empereur Valentinien II, l'empereur d'Occident (dont la soeur Galla est l'épouse de Théodose ; on connait les fantastiques mosaïques de Ravenne qui les représentent). A la mort de celui-ci (à 21 ans ; suicide ou plus vraisemblablement assassinat), il fomente un complot, avec le chef des armées, un Franc du nom d'Arbogast, pour nommer un empereur favorable à la religion païenne, Eugène. Ils sont battus par Théodose lui-même  venu à leur rencontre jusqu'en Italie et se suicident tous les 3. De ce jour, il n'y aura plus de tentatives pour restaurer la religion qui deviendra péjorativement le religion païenne. 

Ce n'est pas un hasard si les historiens qui ont raconté l'histoire de Zénobie étaient tous Païens. Zozime vers les années 500 l'était encore et l'on pense qu'il ne put publier son ouvrage de son vivant, c'était beaucoup trop dangereux à l'époque. Les auteurs chrétiens avaient d'autres intérêts que l'histoire séculière. mais surtout, l'aventure de Zénobie était exemplaire pour les tenants de la religion qui avait vu la gloire de Rome. Gallien, sous le règne duquel Zénobie commença son ascension était chrétien et même un chrétien fanatique. Pas étonnant que des prodiges, comme l'avènement d'une reine chef de guerre, ne se produisent.



Son vainqueur, Aurélien, avait voulu réconcilier tout le monde en instituant le culte d'un dieu unique, le Soleil (sol invictus) pour lequel il fit bâtir un temple à Rome comme à Palmyre. Il fallait que Zénobie soit une adversaire particulièrement coriace pour montrer à la fois la corruption des moeurs qu'engendrait le christianisme et la supériorité des dieux païens sur ce dieu unique venu du Moyen-Orient.

Cette religion chrétienne, j'allais la retrouver sous une de ses formes paroxystiques lors de la dernière étape de ce voyage en Syrie, lors de la visite des ruines de la basilique Saint Siméon le Stylite. 

C'est d'Alep que l'on peut rejoindre la Syrie du Nord. Nous y fîmes une halte très agréable. C'est une ville universitaire avec de nombreux monuments très élégants. Le souk est pittoresque et animé. Mais si je me souviens aussi bien d'Alep, c'est pour un petit évènement qui me paraît aujourd'hui incroyable, au point de me faire douter de ma mémoire. Pourtant, je suis certain de mes souvenirs qui sont précis et très visuels.

L'antique maison du consul de France.

En nous promenant dans les rues de la ville, nous remarquâmes un cinéma qui jouait un film français en version originale. Je revois clairement l'affiche du film : la Modification de Michel Worms avec Maurice Ronet et Emmanuel Riva, un film sorti peu avant, en 1970. Je n'ai gardé aucun souvenir du film sur lequel se sur-impose le souvenir du livre de Michel Butor que j'avais beaucoup aimé. C'est sans doute ce qui m'a poussé à entrer dans la salle ainsi que l'amusement d'aller voir un film français dans une salle syrienne, bien éloignée de son univers.

Une entrée du souk.

La séance correspondit aux canons de l'époque. Il y avait un balcon où nous prîmes place. Il y avait une 1ère partie, un entracte et enfin le film. On pouvait fumer et  pendant l'entracte, tout le monde mangeait furieusement. Nous avons dû échanger quelques mots un peu trop fort, ce qu'entendant, nos voisins se mirent à parler en français. De proche en proche, j'ai eu l'impression que tout le balcon se mit à l'unisson, comme il m'est arrivé de le vivre au Portugal dans les cafés et les restaurants. Tout le monde change de langue, abandonnant la portugaise pour la française. Mais au Portugal c'est moins étonnant qu'à Alep.




Il est vrai qu'il s'agissait de la projection d'un film français diffusé en français, ce qui impliquait une sélection sévère des spectateurs. J'ai oublié si le film était sous-titré, en arabe ou en anglais. Il reste que cette actualité du français était étonnante dans un cinéma de quartier qui n'avait rien d'un ciné-club.Nous étions en 1972, le mandat français ne s'était terminé que depuis 25 ans. Je suppose que la même aventure est désormais impossible (indépendamment de la période terrible que traverse cette région).

J'ai un souvenir inoubliable de cette journée de ballade dans la Syrie du nord pour aller visiter Saint Siméon. Nous avions pris, une nouvelle fois, un taxi et j'aurais voulu m'arrêter à tous moments pour admirer le paysage fait de collines verdoyantes, les villages à l'architecture souvent étonnante, les paysannes multicolores dans leurs champs minuscules. Je ne sais pourquoi je ne l'ai pas fait alors que nous étions les seuls passagers, comme nous fûmes les seuls visiteurs de la basilique.

Photo prise depuis le taxi, en roulant.

La basilique ne détonait pas dans ce paysage de rêve et c'est un des plus beaux monuments que j'ai jamais vus. C'est ce que je me suis dit à l'époque, c'est ce que je puis redire encore aujourd'hui. Peut être parce qu'il y avait une harmonie perceptible entre la terre et la basilique, parce qu'il y avait un silence incroyable, peut-être parce que j'avais décidé qu'il devait en être ainsi.

Au milieu, la base, dit-on, de la colonne de Saint Siméon.

Pour admirer la basilique, qui a été construite après la mort de l'anachorète (395-459), il vaut mieux ne pas penser aux supplices que s'est infligé le moine en restant au sommet d'une colonne où il ne pouvait se tenir qu'assis ou couché. Voulant fuir le monde, il se retrouva envahi par des foules de pèlerins. Cruelle déconvenue. 



Cette basilique du Vème siècle a un plan tout a fait original et même unique avec un octogone central, autour de la colonne du saint et 4 nefs qui en partent, avec chacune une nef principale et 2 collatéraux. L'ensemble parait d'autant plus monumental qu'il est érigé au milieu d'une campagne déserte.



Difficile de ne pas penser aux temples abandonnés de Palmyre sous la fureur de l'anathème des chrétiens en parcourant les ruines de cette basilique sans fidèles et sans prêtres. Rien n'est plus transitoire que les différents modes de la croyance en l'éternité. 




 La décoration toute simple des fenêtres est merveilleuse 
en ce qu'elle veut évoquer la réconciliation de la ligne droite et de la courbe.

Elle est aussi somptueuse dans ses chapiteaux.

Il ne me restait plus qu'à plier bagage et à rentrer pour quelques mois encore en Iran, avant de clore par un retour en France cette lumineuse parenthèse au Moyen Orient.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire