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mardi 17 septembre 2013

Mes années RFO. Saint Pierre et Miquelon

Quand on a la chance de pouvoir succomber à ses envies sans attendre, ce serait un crime de ne pas s'y laisser aller dans l'instant tandis que ceux qui travaillent sont obligés de les refréner jusqu'à leur premier moment de liberté. Ils attendent de nous qui avons ce privilège de la retraite, que nous en profitions vraiment pour faire ce qui nous plait. C'est presque un devoir de bonheur que nous devons à leur labeur  qui paie de leurs efforts (et de leurs cotisations !) notre oisiveté. 

J'écoutais distraitement France Inter tout en déjeunant rapidement. Fin du journal. Jean Lebrun annonce le sujet du jour de son émission "La marche de histoire" : Saint Pierre et Miquelon. Je ne sais pourquoi ce jour-ci, une vague de reconnaissance envers tous ces gens d'outre-mer (et pas seulement les habitants de Saint Pierre) m'envahit alors, avec l'envie de leur dire d'une manière ou d'une autre, merci pour ces 10 années passées auprès d'eux et pour ma plus belle expérience professionnelle à leurs côtés. 

Peut-être suis-je enfin mûr pour pouvoir évoquer cette période, intense et douloureuse, douloureuse parce qu'elle se finit, à mon point de vue, par un échec, un double échec d'ailleurs, celui de mon départ (ça ce n'est pas une catastrophe !) et de la fin de ce que j'avais voulu bâtir, échec aussi, car il ne me restait plus à vivre professionnellement que 5 ans de semi-retraite en tant que contrôleur d'Etat, fonction largement inutile dans laquelle on foure tous les "has been" en fin de parcours. Je serais bien ingrat de critiquer cette dernière période. Les privilèges attachés à l'exercice au sein du ministère des Finances m'ont permis de bien améliorer le niveau de ma retraite. Mais la vie active était terminée.

En évoquant ces 10 années passées au sein de la chaine de radio et de télévision de l'Outre-mer (RFO), j'espère que j'éviterai le ton grincheux comme les piques revanchardes qui accompagnent souvent ce genre d'exercice. Si mon récit peut présenter quelque intérêt pour d'autres, c'est à la condition de décrire avec sincérité ce qui s'est passé et comment la machine fonctionne. Je vais essayer. Ne retenez pas vos commentaires, si je dévie de cet objectif.

L'invité de Jean Lebrun, Eugène Nicole, saint-pierrais qui enseigne la littérature française à l'université de New York, m'apprends que Chateaubriand est passé par Saint Pierre et qu'il a consacré une page à cette courte visite imprévue tandis qu'il se rendait en Amérique. J'avais lu les Mémoires d'outre-tombe bien avant d'entrer à RFO et je n'avais gardé aucun souvenir de cet épisode.

"Nous gouvernâmes vers les îles Saint-Pierre et Miquelon, cherchant une nouvelle relâche. Quand nous approchâmes de la première, un matin entre dix heures et midi, nous étions presque dessus ; ses côtes perçaient, en forme de bosse noire, à travers la brume.
Nous mouillâmes devant la capitale de l'île : nous ne la voyions pas, mais nous entendions le bruit de la terre. Les passagers se hâtèrent de débarquer... Je pris un logement à part ; j'attendis qu'une rafale, arrachant le brouillard, me montrât le lieu que j'habitais, et pour ainsi dire le visage de mes hôtes dans ce pays des ombres."  Mémoires d'outre-tombe.

Il faut quelqu'inconscience pour citer dans un article de blog la prose magnifique de Chateaubriand, notamment ces Mémoires qui sont un des plus beaux textes que j'ai jamais lus, alors que le personnage m'est si peu sympathique.


Photo Patrick Boez

Je n'y ai malgré tout pas résisté parce que le fier voyageur me semble décrire l'impression que j'ai ressentie, près de 2 siècles après, en débarquant à Saint Pierre. Sans doute n'était-ce pas d'un navire ballotté par une mer peu accueillante, mais du petit bi-moteur qui assure la liaison entre Montréal et l’île française.



Ce court trajet m'avait mis en joie : le spectacle du Saint Laurent qui commençait à dégeler en charriant d'énormes glaçons, la lecture du seul journal de l'île, distribué à bord, L'Echo des caps, un hebdomadaire de 4 pages, dont le format et le contenu étaient une fidèle introduction à ce qui nous attendait et surtout l'inimitable hôtesse de l'air qui nous accompagnait. Elle ne correspondait pas exactement à l'image rêvée que l'on se fait, nous les 
mâles un peu grossiers, des hôtesses de l'air qui arrivent à vous faire penser que leur sourire commercial ne s'adresse qu'à vous. Plus que plantureuse, le teint cramoisi de celles qui s'exposent au terrible vent de la région, la démarche lourde mais assurée de qui descend d'une longue lignée de marins. Au décollage, pendant que les 2 turbocompresseurs vrombissaient, elle descendait sans hâte la courte allée entre les sièges (descendre est le mot juste, tant la carlingue est inclinée lorsque l'avion est à terre), insensible aux regards interrogatifs de ceux qui découvraient cette brusque manœuvre insolite. Elle branchait un magnétophone au fond de l'avion, puis remontait l'allée, à bonne allure cette fois-ci, pour arriver à temps, face à nous tous, afin de mimer en silence les gestes de sécurité décrits par la voix mécanique. Oserais-je dire que j'imaginais alors ce qui se serait passé si, retardée par quelque obstacle, elle se désynchronisait  de l'appareil. Comique de situation assuré. Je me suis toujours demandé, car j'ai revécu la scène plusieurs fois, pourquoi elle ne disposait pas au moins d'une télécommande pour lui éviter de se transformer en marionnette manipulée par un magnétophone, à défaut de pouvoir installer celui-ci à l'avant.


Au 1er plan Saint Pierre, puis Langlade et, relié par une bande de sable, Miquelon au fond.


Mais je m'éloigne de Chateaubriand. Arrivé dans le petit aéroport sombre, après avoir été soumis à tout l'apparat qui sied à un vol international, on débouchait dans une petite salle, Je peinais, moi aussi, à discerner "le visage de mes hôtes dans ce pays des ombres". L'impression de débarquer sur une planète minuscule, presque inquiétante, m'est restée, même si je n'ai jamais plus éprouvé, depuis, le même sentiment. Mon imagination, préparée par l'Echo des caps, et surprise après le rutilant aéroport de Montréal, m'avait sans doute joué un tour.

Saint-Pierre par Calamity Jane


Le petit aéroport, finalement plein de charme quand je le revis au jour, a été remplacé par un grand aérogare pompeux, où je devais accueillir le couple présidentiel, Jacques Chirac et son épouse, quelques années plus tard, retour d'une visite chez les Inuits et en partance pour quelque conférence internationale. Fatigué et bonhomme, oubliant de cacher sous son veston un petit ventre tout rond, il était arrivé avec son Falcon et non dans quelque gros avion. La piste rallongée l'aurait permis. Je doute toutefois que cela se produise souvent.


Photothèque Aviation civile

L'Etat français excelle à réaliser ces investissements inutiles ou peu utiles, alors qu'il a tant de peine à imaginer les moyens d'une prospérité économique que l'on retrouve avec stupeur, à quelques dizaines de kilomètres de là, à Saint Jean de Terre Neuve. L'archipel recèle une autre manifestation de ce terrible penchant. Je dis bien, l'archipel, puisqu'il convient d'adopter ce vocabulaire pour rassembler les 3 îles qui le compose : Saint Pierre, la minuscule où se concentre l'essentiel de la population, Miquelon, ses pâturages  ses chevaux, son petit bourg qui rêve d'atteindre un jour le millier d'habitants et enfin Langlade, de loin la plus grande île  pratiquement inhabitée, sauf à la belle saison car elle est le lieu de villégiature des Saint Pierrais. 


Les chevaux de Miquelon. Photo  http://eva.kolibria.com/sites/bodha

On chasse les cerfs dans sa forêt épaisse, on trempe un doigt de pied dans l'eau glacée de la mer qui s'étend devant sa petite maison de bois, le doux ronronnement des groupes électrogènes masqué par le souffle de la mer (on peut ainsi s'éclairer bien sûr, mais aussi regarder les émissions de RFO, car il ne faut pas couper le contact avec sa "lointaine" patrie de Saint Pierre.

J'annonçais "une autre manifestation de ce penchant terrible" de l'Etat français à investir inutilement. A Miquelon, on voit encore un ensemble de bâtiments abandonnés en bordure de mer. Ce sont des étables qui devaient accueillir les fiers taureaux français venus rehausser le niveau du cheptel américain. Ils devaient  subir, avant de débarquer sur le continent américain, une quarantaine sanitaire. Pourquoi n'en pas profiter pour apporter un peu d'activité dans l'île ? Malheureusement les étables ne résonnèrent jamais du moindre beuglement d'un taureau excité par la joyeuse perspective de ce qui l'attendait. Avant même que tout ne soit finalisé, on inventait le moyen de transporter le sperme congelé du bel animal plutôt que l'animal tout entier.

Nous sommes un peuple de paysans. Comment se fait-il que l'on ait aussi peu de réussite dans nos investissements périphériques à notre élevage si performant ?, à Miquelon comme à La Villette où un abattoir ultra-moderne n'a jamais été utilisé et se voit transformé aujourd'hui en musée. Est-ce une métaphore de notre avenir, la France transformée en une gigantesque réserve d'Indiens ?

Je me moque à bon compte et il faudrait sans doute plus d'un article pour énumérer toutes les absurdités dont je me suis rendu coupable tout au long de ma carrière administrative. D'ailleurs, j'y pense, je suis, moi aussi, responsable d'un investissement inutile à Saint Pierre. 

De Saint Pierre on peut voir, les jours sans brume, et ils sont nombreux quoiqu'en dise les grincheux, les côtes du Canada. Le signal TV émis par RFO y est reçu dans de bonnes conditions, si bien qu'un opérateur de câble canadien avait eu la bonne idée de reprendre ce signal pour en faire bénéficier ses abonnés, tout heureux de voir l'essentiel de France 2 et de France 3, voire de TF1, en sus des émissions produites localement. Les producteurs français qui comptent beaucoup sur leurs homologues canadiens pour monter des coproductions ou réaliser des ventes estimaient que celles-ci devenaient impossibles dès lors que les émissions étaient disponibles au Canada. Ils avaient alerté les diffuseurs français qui m'avaient écrit des lettres comminatoires pour que je fasse cesser ces émissions qu'ils considéraient comme pirates, bien que totalement conformes au droit canadien

Carte de Saint-Pierre et Miquelon près de Terre Neuve

Je savais l'attachement des Saint Pierrais à cette reprise canadienne qui leur donnait une sorte de rôle international dans la diffusion de la culture française, eux qui sont si souvent blessés par les remarques désobligeantes des "métropolitains" qui trouvent que cette présence française est "une aberration de l'Histoire". C'est peut-être une aberration, mais eux se sentent français et pas du tout canadiens, même si leur mode de vie, leurs maisons et leurs voitures font penser plus au Canada qu'à la campagne bretonne. Je traînais donc les pieds, accumulant études et contre-études techniques et juridiques.

Le Gouvernement s'en était finalement mêlé et j'avais dû m'incliner car il existait un dispositif technique susceptible de dégrader suffisamment le signal vers le Canada sans gêner les autochtones : l'installation d'une cage de Faraday. La voilà assemblée, expédiée sur l'île et bientôt montée au sommet d'un monticule, face à "l'ennemi". Je me faisais une idée excessive de l'objet jusqu'à ce que je la vois dans une vidéo tournée par les habitants : de grands panneaux alvéolés.

Cette vidéo avait été tournée lors de la manifestation organisée en grande pompe par les élus de l'archipel, pour une fois unis. Écharpes tricolores, foule, discours. Sur ce fond institutionnel, on voit 3 solides gaillards déterrer la fameuse cage et partir en courant, la cage sous le bras comme l'échelle du film Hellzapoppin. On ne sut jamais où elle fut cachée. Il est vrai que personne ne s'est donné le mal de la rechercher. Il suffisait qu'on fait la démonstration de notre bonne volonté à régler le problème. Le problème resta pendant et les plaintes cessèrent à défaut d'avoir fait cesser le scandale. Cette vidéo fut visible pendant plusieurs années. Je ne l'ai pas retrouvée. Dommage.

J'espère que personne n'est en train d'imaginer que je me moque de Saint Pierre et Miquelon. J'y repense avec tendresse car j'ai passé de bons moments avec les Saints-Pierrais, les professionnels de RFO comme les habitants ou leurs élus.


En 2004, lors de mon dernier voyage, peu avant mon départ de RFO.
On a l'impression d'y retrouver toute la mythologie d'Astérix. Le petit camp retranché face aux géants américains, fiers de leur culture et de leur passé, attachés à défendre un statut de français que tout le monde, à commencer par la mère-patrie, raille et moque. On sent aussi une violence rentrée sous les dehors amènes, celle des terreneuvas qui alimentaient la terre entière de leurs morues, celle aussi des contrebandiers d'alcool lors de la prohibition américaine. Il n'en faut pas beaucoup pour que cette violence se déchaîne. Verbalement, dans les bagarres politiques homériques qui les passionnent, Physiquement aussi parfois quand on touche à leur honneur. Un ami, ancien collaborateur, avec qui je ravivais mes souvenirs, me rappelle qu'un malheureux expatrié, plus imbécile que méchant, avait consigné dans un écrit qui devait rester personnel, toutes les calomnient qui courent sur leur compte. L'écrit avait finalement circulé et le préfet avait dû organiser une évasion immédiate devant une foule déchaînée.

A côté de ça, de la franchise, de l'énergie et du courage pour se battre contre une nature et un environnement hostiles. Il n'est pas si facile que cela de vivre en harmonie dans un monde clos où tout le monde connaît tout le monde, où tout le monde est parent avec tout le monde. Comment mettre à distance les querelles familiales inévitables dans tout groupe humain, quand le territoire est si petit, et qu'on ne peut y échapper qu'en se jetant à l'eau ? Je trouve qu'ils s'en sortent pas mal. On prend le gros pick up pour parcourir quelques centaines de mètres, faire les courses ou aller chercher les enfants. Le week end on roule sur les quelques kilomètres de route de l'île.

Il y a une vie collective étonnante et, contrairement à ce qu'on pourrait penser, RFO n'a pas de peine à faire des journaux quotidiens et des magazines hebdomadaires. De mon temps, s'il avait été possible de leur donner plus d'argent, ils auraient pu faire du bon boulot notamment dans leur région (Canada, US). La discussion a toujours été facile, y compris avec les syndicats. C'était, de loin, la station la plus commode à gérer.

Pourrais-je y vivre ? J'ai coutume de dire que je pourrais vivre n'importe où à condition d'être avec celle que j'aime. Mais, justement, Saint Pierre et Miquelon, n'est pas n'importe où (et la dite personne ne supporterait sûrement son caractère finalement campagnard). Pourtant j'y ai nommé plusieurs directeurs régionaux pour des périodes de 3 ans. Aucun ne l'a regretté même si l'un d'entre eux m'a répondu, comme en plaisantant : "C'est vrai qu'on rencontre un peu toujours les mêmes personnes. Alors quand on aperçoit au loin quelqu'un qu'on a déjà vu dans la journée, on change de trottoir et on fait comme si on ne l'avait pas vu. C'est une forme paradoxale de politesse envers autrui".

Saint-Pierre-et-Miquelon © Martin Ospitaletche
Photo Martin Ospitaletche

Restent l'immensité du ciel, l'immensité de la mer, un peu de nostalgie, et du temps pour rêver.

"Je dînai deux ou trois fois chez le gouverneur, officier plein d'obligeance et de politesse. Il cultivait sous un glacis quelques légumes d'Europe. Après le dîner, il me montrait ce qu'il appelait son jardin.
Une odeur fine et suave d'héliotrope s'exhalait d'un petit carré de fèves en fleurs, elle ne nous était point apportée par une brise de la patrie, mais par un vent sauvage de Terre-Neuve, sans relation avec la plante exilée sans sympathie de réminiscence et de volupté. Dans ce parfum non respiré de la beauté, non épuré dans son sein, non répandu sur ses traces, dans ce parfum chargé d'aurore, de culture et de monde, il y avait toutes les mélancolies des regrets, de l'absence et de la jeunesse....

...Un matin, j'étais allé seul au Cap-à-l'Aigle, pour voir se lever le soleil du côté de la France. Là, une eau hyémale [couleur d'hiver. J'ai moi aussi cherché dans le dictionnaire] formait une cascade dont le dernier bond atteignait la mer. Je m'assis au ressaut d'une roche, les pieds pendants sur la vague qui déferlait au bas de la falaise. Une jeune marinière parut dans les déclivités supérieures du morne ; elle avait les jambes nues, quoiqu'il fît froid et marchait parmi la rosée. Ses cheveux noirs passaient en touffes sous le mouchoir des Indes dont sa tête était entortillée ; par-dessus ce mouchoir, elle portait un chapeau de roseaux du pays en façon de nef ou de berceau. Un bouquet de bruyères lilas sortait de son sein que modelait l'entoilage blanc de sa chemise. De temps en temps, elle se baissait et cueillait les feuilles d'une plante aromatique qu'on appelle dans l'île thé naturel . D'une main elle jetait ces feuilles dans un panier qu'elle tenait de l'autre main. Elle m'aperçut : sans être effrayée, elle se vint asseoir à mon côté, posa son panier près d'elle, et se mit comme moi, les jambes ballantes sur la mer, à regarder le soleil.
Nous restâmes quelques minutes sans parler ; enfin je fus le plus courageux et je dis : " Que cueillez-vous là ? La saison des lucets [?] et des atocas [airelles] est passée. " Elle leva de grands yeux noirs, timides et fiers, et me répondit : " Je cueillais du thé. " Elle me présenta son panier. " Vous portez ce thé à votre père et à votre mère ? - Mon père est à la pêche avec Guillaumy. - Que faites-vous l'hiver dans l'île ? - Nous tressons des filets, nous pêchons les étangs, en faisant des trous dans la glace ; le dimanche, nous allons à la messe et aux vêpres, où nous chantons des cantiques ; et puis nous jouons sur la neige et nous voyons les garçons chasser les ours blancs. - Votre père va bientôt revenir ? - Oh ! non : le capitaine mène le navire à Gênes avec Guillaumy. - Mais Guillaumy reviendra ? - Oh ! oui, à la saison prochaine, au retour des pêcheurs. Il m'apportera dans sa pacotille un corset de soie rayée, un jupon de mousseline et un collier noir. - Et vous serez parée pour le vent, la montagne et la mer. Voulez-vous que je vous envoie un corset, un jupon et un collier ? - Oh ! non. "
Elle se leva, prit son panier, et se précipita par un sentier rapide, le long d'une sapinière. Elle chantait d'une voix sonore un cantique des Missions." Mémoires d'outre-tombe

Je n'ai jamais rencontré de belle marinière cueillant du thé sauvage. Je n'avais pas le temps, lors de mes passages forcément brefs, vu la durée du voyage aller et retour. Pour moi, c'était, comme Tahiti ou Fort de France, une escale professionnelle. D'ailleurs, j'y pense, n'avais-je pas annoncé un article racontant mon expérience à RFO ? Quel rapport cette carte postale entretient-elle avec les le récit des grèves houleuses, les antichambres ministérielles, etc. ? Aucun, j'en conviens. Mais ce n'est que partie remise. Promis.

Pour l'heure j'ai envie de clore avec, encore, une historiette. On rêve toujours, dans ces longs voyages, de pouvoir bavarder avec un compagnon ou, mieux encore, une compagne d'occasion. Un rêve rarement réalisé. On tombe plus souvent sur des individus sans gêne, ou des dormeurs invétérés. Cette fois-là, je rentrais de Saint Pierre et pris l'avion à Montréal pour Paris. C'était un vol de nuit. A côté de moi, une jeune femme, fille d'un ministre français, universitaire, mariée à un canadien. Jolie et surtout intelligente. Nous avons passé la totalité du vol, sans la moindre interruption, à bavarder. Au matin, nous nous sommes séparés à Roissy d'une bise sur la joue. Un précieux souvenir d'une rencontre rare, d'autant plus belle qu'elle fut sans lendemain. Et, je l'espère mais n'en ai gardé aucun souvenir, sans conséquence sur mon travail de la journée

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