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vendredi 4 octobre 2013

Le Fils prodigue

Petit intermède bourguignon dans la série, annoncée et à peine amorcée, sur mon expérience à RFO. Retour dans la France profonde, au cœur même de ce qui en fait l'essence, le patrimoine architectural, le vignoble et les paysages paisibles de l'arrière-Côte d'Or ? Peut-être. Surtout l'envie de partager, non les dégustations de vin ou les ripailles excessives qui les ont accompagnées, mais quelques détails qui m'ont amusé.

Château de La Rochepot. On le voyait autrefois, avant la construction de l'autoroute, quand on remontait par la N6 aujourd'hui piteusement déclassée en D906. Cette image résume bien la Bourgogne que j'aime : des collines, des bois et des prairies où paressent des charolaises, un château, une vigne. Manque l'église, en contrebas, dans le village.

Je n'étais pas retourné aux Hospices de Beaune depuis 40 ans, lors d'une traversée de la Bourgogne à vélo qui m'avait fait découvrir le polyptyque de Van Der Weyden, les magnifiques petites églises romanes de l'Auxois et le relief finalement tourmentée de cette belle province.





J'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir le fameux polyptyque, un peu dérouté par sa nouvelle présentation ( pas si nouvelle que ça, car elle remonte à quelques années seulement après mon périple cycliste). Dans mon souvenir, il trônait dans une grande pièce du 1er étage et l'on pouvait tourner autour, sans les protections, climatisation, qui en font un objet de musée inaccessible. Il faut se méfier des souvenirs, quand ils sont aussi lointains. J'ai peut-être reconstruit cette impression. Dans mon souvenir, par exemple, le polyptyque me semblait plus monumental. Comme un adulte qui revoie les lieux de son enfance.



Cette fois-ci, je fus surtout sensible à son côté anecdotique, comme si j'avais voulu m'abstraire de cette atmosphère aseptisée, de ces lumières parfaites qui vous envoient ce message un peu racoleur: Attention chef d'œuvre ! 



J'ai passé du temps à contempler la frise de l'Enfer et du Paradis si expressive. Maintenant que la religion qui en sous-tendait le message n'est plus qu'un souvenir patrimonial, un objet esthétique, je m'étonne de constater combien cette contrainte idéologique donnait de liberté aux artistes pour parler de la vraie vie, de ses plaisirs dans le moment même où l'on prétendait les y faire renoncer. Comme si la sévérité du message autorisait une plus grande liberté dans l'expression de ce qu'il condamnait. Vieille idée, idée banale. L'art nait plus de la contrainte que de la liberté, il a besoin de porter une révolte, insidieuse et masquée. Qu'il est triste le moment où tout est possible, où la provocation ne sait plus sur quoi prendre appui, où la "déconstruction"  a fait disparaître son antagoniste et se meurt de n'avoir plus d'ennemis.


 On notera, sans surprise, que c'est un "tonsuré" qui entre le 1er au Paradis, puis des femmes !

Cela s'appelle "s'en mordre les doigts". 

 L'Enfer est une bonne occasion pour se délecter de la violence.





Je ne verrai pas ce moment où toutes les églises seront devenues des musées ou bien des salles des fêtes de village, sans ces quelques fidèles qui marmonnent presque honteusement des paroles inintelligibles. On a tant envie qu'ils continuent ainsi éternellement, rappelant encore la fonction initiale du lieu sans gêner notre déambulation d'esthètes.

J'ai retrouvé ce même plaisir du récit religieux qui s'égare dans la contemplation des prestiges de ce monde devant la série des tapisseries mettant en scène la Parabole du Fils prodigue. Dans ces œuvres issues des ateliers de Tournai, un peu élimées après 6 siècles de loyaux services, j'ai surtout vu la description des charmes de la vie profane quand on a la chance d'être un jeune noble aux temps de la Renaissance.

Tableau final : le retour de l'Enfant prodigue


Elles développent fidèlement le très court récit de l'Evangile de Luc : le départ du fils cadet, son héritage en poches ; sa vie de débauche ; sa descente aux enfers quand, sa fortune épuisée, il ne peut plus tenir son rang et se fait chasser de la Cour par les femmes qui avaient partagé jusque-là sa vie dissolue en bénéficiant de ses largesses ; son retour enfin et l'accueil de son père.

Le texte est beau dans sa concision et mérite qu'on le relise :

[Jésus] leur dit encore : " Un homme avait deux fils, dont le plus jeune dit à son père : "Mon père, donne-moi la part du bien qui me doit échoir." Ainsi, le père leur partagea son bien. Et peu de temps après, ce plus jeune fils ayant tout amassé, s'en alla dehors dans un pays éloigné, et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche. Après qu'il eut tout dépensé, il survint une grande famine en ce pays-là ; et il commença à être dans l'indigence. Alors il s'en alla, et se mit au service d'un des habitants de ce pays-là, qui l'envoya dans ses possessions pour paître les pourceaux. Et il eût bien voulu se rassasier des carouges [le fruit du caroubier] que les pourceaux mangeaient ; mais personne ne lui en donnait. Etant donc rentré en lui-même, il dit : Combien y a-t-il de gens aux gages de mon père, qui ont du pain en abondance ; et moi je meurs de faim ! Je me lèverai, et m'en irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes domestiques. Il partit donc, et vint vers son père. Et comme il était encore loin, son père le vit, et fut touché de compassion ; et courant à lui, il se jeta à son cou et le baisa. Et son fils lui dit : "Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils". Mais le père dit à ses serviteurs : "Apportez la plus belle robe et l'en revêtez ; et mettez-lui un anneau au doigt et des souliers aux pieds ; et amenez un veau gras et le tuez ; mangeons et réjouissons-nous ; parce que mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, mais il est retrouvé.
Et ils commencèrent à se réjouir. Cependant son fils aîné, qui était à la campagne revint ; et comme il approchait de la maison, il entendit les chants et les danses. Et il appela un des serviteurs, à qui il demanda ce que c'était. Et le serviteur lui dit : "Ton frère est de retour et ton père a tué un veau gras, parce qu'il l'a recouvré en bonne santé". Mais il se mit en colère, et ne voulut point entrer. Son père donc sortit, et le pria d'entrer. Mais il répondit à son père : "Voici, il y a tant d'années que je te sers, sans avoir jamais contrevenu à ton commandement, et tu ne m'as jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis. Mais quand ton fils que voici, qui a mangé tout son bien avec des femmes débauchées, est revenu, tu as fait tuer un veau gras pour lui". Et son père lui dit : "Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi. Mais il fallait bien faire un festin et se réjouir, parce que ton frère que voilà, était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu , et il est retrouvé." Luc 15

Le récit en images suit assez fidèlement le récit évangélique, avec des ellipses et des redondances. On ne voit rien de la 1ère scène du partage de l'héritage et du départ du cadet. Peu spectaculaire et les contemporains connaissaient suffisamment l'histoire pour ne pas avoir besoin du prologue.

Ce sont sans doute les mêmes raisons qui expliquent que le récit se termine sur l'accueil du père et non sur la révolte du fils qui pourtant donne tout son sens à la parabole. On peut penser aussi que l'auteur du carton voulait peut-être insister plutôt sur le  pardon du Père. Là encore, on perçoit une vision irénique. On privilégie l'amour et le pardon qui réconfortent, au détriment de la critique qui blesse.

Autre contraction que nécessite le langage de l'image : le Père ne se contente pas de donner des ordres à ses serviteurs ; c'est lui qui remet en personne à son fils l'anneau qui symbolise la réconciliation, pendant que, derrière, on tue le veau gras.


D'autres interprétations visent à renforcer le caractère dramatique de l'histoire. Ainsi le fils n'est pas réduit à se louer comme gardien de pourceaux, parce qu'une grande misère s'est abattue sur son pays d'adoption.Il est chassé de la cour parce qu'il est, lui seul, ruiné. Chassé par les femmes dont il se croyait aimé.


Le visage de ces mégères déçues est particulièrement expressif.


Je comprends d'ailleurs mieux l'interprétation de l'artiste de Tournai que le texte de Luc : si le pays est ruiné trouverait-il facilement à s'employer, même comme gardien de troupeau ? Pourquoi ne cherche-t-il pas à manger lui-même les carouges et attend-il qu'on lui en donne ? Dans la tapisserie, le message est plus clair. Tu te croyais aimé et respecté pour toi-même, alors que tu n'es rien sans ton argent, un argent qui te vient d'ailleurs de ton père. 

La comparaison entre l'image et le texte est plus intéressante quand on remarque que la partie la plus développée dans les tapisseries concerne la période de "débauche" du fils. Elle offre l'occasion d'une peinture plus attrayante, celle de la vie d'un riche noble.

Une tapisserie dépeint la déchéance du fils. Elle était nécessaire pour articuler le récit. Mais l'auteur ne s'y appesantit pas : sur le même panneau, l'artiste a juxtaposé la scène des pourceaux et celle du départ du fils, en route pour le domaine de son père, comme s'il était pressé de quitter le spectacle de la misère.

Au centre, le fils gardiens de pourceaux, à gauche son départ empressé.
En haut à droite, une jolie évocation d'un paysage de l'époque.

En revanche, que de détails sur la période d'opulence, des détails qui m'ont ravi et qui fondent mon goût pour les tapisseries (ou les enluminures) de l'époque.

Voici les parties champêtres où l'on lutine les jolies femmes.


Une jolie femme de passage dont on a arrêté la chevauchée en déclamant des poèmes.


Tandis qu'à côté, un de ses compagnons de beuveries empêche une servante de s'occuper de son maître, avec l'empressement d'un noble qui se sait tout permis.


Une autre tapisserie détaille, sans que le récit biblique ne l'impose, une scène de chasse au faucon.


J'aime particulièrement le regard déterminé de notre chasseur : les femmes, c'est bien, mais la chasse, c'est mieux.


Enfin, l'on se permet quelques fantaisies qui n'ont rien de biblique : ce faune nous rappelle que nous sommes en pleine Renaissance.


Je partage ce goût de l'artiste pour l'anecdote. Je le retrouve aussi dans cette autre tapisserie, d'un atelier de Bruxelles, admirée dans la même salle. Je ne vois que l'a scène de genre, d'autant plus que son contenu biblique m'est totalement inconnu, contrairement sans doute aux contemporains.J'y vois la magnifique description d'un caravansérail tourbillonnant.


...plus que la transposition du récit suivant : Jacob, devenu définitivement monothéiste après son combat avec l'Ange (cela me rappelle la superbe fresque de Delacroix dans une chapelle de Saint-Sulpice que j'ai souvent contemplée quand j'habitais au chevet de l'église), impose à sa femme Rachel de jeter les idoles qu'elle avait gardé jusque là car elles lui venaient de son père.


Ce goût pour l'anecdote dans l'art religieux, j'en ai trouvé un autre exemple dans la même salle. Une sculpture, cette fois-ci.


Je n'avais jamais observé jusque-là une représentation de la Vierge Marie en toute jeune femme qui semble s'amuser des gestes maladroits de son Divin Fils pour essayer d'atteindre son sein bien enveloppé dans le tissu de sa robe. Plaisir de l'anecdote mais aussi plaisir des sens à contempler ce visage d'une toute jeune femme.


Ce sont naturellement les vitraux qui fourmillent de détails de ce genre. 

Le grand vitrail qui ferme le choeur de la chapelle de la grande salle des "Pôvres" présente plusieurs traits amusants dans ses 3 registres superposés.


Le chancelier Rolin et sa femme Guigone de Salins sont représentés dans les deux panneaux principaux. Dans celui du haut, Ils sont vêtus de leurs plus beaux atours, lui en homme de guerre, elle en dame de cour.


Juste en dessous, ils ont vieilli. Ils ont renoncé aux plaisirs de ce monde, pour ne se consacrer qu'à Dieu et aux pauvres. Mais on ne renonce pas à tout. Des fois qu'on irait jusqu'à les prendre pour ce qu'ils ne sont pas. Au dessus de leur tête, on ne peut manquer leurs armoiries : les 3 clefs d'or pour Nicolas, la tout crénelée pour Guigone, une authentique noble, elle, qui succède aux deux précédentes épouses, toutes deux des bourgeoises.


3 enfants dans un baquet ? !! Ce sont les 3 enfants que Nicolas Rolin a eu de sa 3ème épouse, Guigone, épousée à 20 ans alors qu'il en avait 47. On reconnait 2 filles et, enfin !, le dernier, un garçon. Ils semblent bénéficier d'une grâce particulière, juste sous la tête du Christ décrucifié. On dirait même que son regard tombe sur eux.


Je n'avais pas fait attention à ces 3 enfants. Le vitrail est placé haut et loin mais ils m'ont intrigué lorsque je les aperçus sur ma photo agrandie. J'ai eu la confirmation qu'il s'agissait bien des 3 enfants du couple grâce à la magie d'internet. En tapant "hospices de Beaune vitrail 3 enfants dans un baquet" je suis tombé sur le bulletin municipal qui donnait cette précision.

En revanche, impossible de trouver une explication à cette scène curieuse, tout en haut du vitrail.


Que représente cet enfant emporté par un ange ? Est-ce le souvenir d'un enfant mort, l'âme du Bon Larron qui s'envole vers le ciel ? Je ne sais.

Un morceau de vitrail dont j'ai oublié la provenance est posé sur le sol de la chapelle. La scène décrite, la naissance du Christ, est souvent représentée. Elle est émouvante malgré tout (surtout si l'on pense à tous les morts-nés et à toutes les mères décédées en couches, à l'époque).





Dans le coin gauche, une scène d'horreur dont je ne connais pas non plus la signification.



J'aime beaucoup ces vitraux de la Renaissance en grisaille. Je me rappelle encore l'émotion ressentie dans l'église de Saint Florentin (Yonne) lorsque j'en vis pour la 1ère fois de magnifiques, il y a très longtemps. Charme des premières fois...

La collégiale de Beaune en donne quelques exemples malheureusement refabriqués au XIXème siècle, avec une raideur toute saint-sulpicienne. La comparaison ne leur est pas vraiment favorable !

.


Un vitrail, très abîmé, provient tout droit du XVIème siècle. C'est sa détérioration même qui m'a amusé. Figurant sainte Véronique recueillant l'image du Christ sur son voile, on ne voit pratiquement  plus que l'image du visage de Jésus : seule subsiste l'image dans l'image (et aussi, pour dire le vrai, d'un ange).



En faisant quelques recherches sur l'imagerie de Véronique, j'ai appris l'histoire curieuse de cette légende. Les évangiles canoniques ignorent cette anecdote mais parle d'une femme, inconnue, qui aurait été guérie, en touchant la robe de Jésus. Premier rapport avec un tissu. Puis, au IVème siècle, apparaît une Véronique qui aurait peint une image du Christ avec laquelle elle aurait guéri l'empereur Tibère.Cette fois-ci, on a le tissu et l'image du Christ.  La légende sous sa forme actuelle n'est vraiment née qu'au XIIIème siècle. Une "Véronique", aurait recueillie, du vivant du Christ,  son image en l'essuyant avec son voile. Son nom, par une étymologie fantaisiste qui mêlait le latin et le grec, le  prouvait, pensait-on : Véronique = Vera icon.

Mais je m'égare complètement. J'ai quitté les Hospices sans en avoir terminé avec mon Fils prodigue. Je retourne dans la salle des tapisseries car je voudrais vous faire partager 2 œuvres, sans rapport avec mon propos décousu, mais parce qu'elles sont belles.

Cette tête d'ermite qui prêche la pauvreté en 1er lieu :


Ensuite et surtout, ce magnifique portrait de sainte dont j'ai tout oublié, jusqu'à son nom :


Voici un magnifique pendant aux tapisseries de Tournai. Le renoncement face à la richesse arrogante du Fils prodigue.

Jusque là, je ne me suis intéressé qu'aux images. Mais il faut bien dire un mot du message de la Parabole. Je l'ai dit, l'auteur des tapisseries ne s'intéresse qu'à une partie du message : le pardon du Père devant le repentir sincère de son fils cadet.

Mais la force scandaleuse de la Parabole tient dans l'opposition entre le repentir du cadet et la colère de l’aîné devant ce qu'il considère comme une injustice intolérable. Comment ? tu pardonnes à mon cadet qui t'a abandonné, qui a dilapidé avec des femmes de mauvaise vie ce que tu lui as donné ; tu tues pour lui le veau gras, alors que moi qui ai toujours travaillé à ton service, tu ne m'as jamais rien donné, pas même un chevreau pour festoyer avec mes amis.

On comprend bien un premier niveau du message religieux : mieux vaut le cœur pur de celui qui se repent vraiment, plutôt que la stricte observance des rites par un pharisien au cœur sec. Mais la parabole va plus loin, dans la veine d'autres paraboles du Christ ("les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers"). Elle choque le sens commun. Elle peut d'ailleurs devenir la justification de toutes ces vies médiévales de violence et de rapine qu'on pensait racheter d'un coup, en entrant au couvent à la fin de sa vie.
Scandaleuse, car elle fait fi des actes au profit u sentiment. Tout le contraire de l'adage "il n' y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour". Pour le Jésus des Évangiles, c'est tout le contraire : il y a d'abord l'Amour ; les actes sont, au sens strict, secondaires.

Cela me rappelle, moi l'athée convaincu depuis mes 17 ans, une conférence où je m'étais retrouvée pendant mes études, pensant ainsi gagner les faveurs de la jeune fille qui m'y avais entraîné. Je ne me souviens plus de la suite de l'aventure amoureuse. Ce témoignage de ma bonne volonté avait-il suffit ?

En revanche, je me souviens très bien, non des paroles, mais du sens général de l'homélie de ce jeune jésuite ou dominicain sur l'amour de Dieu tel que le définissent les Évangiles. Un amour absolu, complètement anti-humain, tout à l'opposé de la sagesse populaire, mais aussi des Eglises, de leurs rites et de leurs prières. Tu abandonneras ton père et ta mère, tu aimeras ton ennemi plus que tes amis et tes proches, etc.

J'ai retrouvé quelque écho de cette spiritualité dans le livre lu il y a fort longtemps, de Petru Dimitriu, Incognito, magnifique fresque sur la Roumanie des Gardes de Fer et des nervis du communisme à la soviétique qui se termine dans un amour indissociable du Bien et du Mal ainsi que de l'Autre sous ses formes les plus hideuses. Si cette chronique vous donne envie de lire ce livre, elle n'aura pas manqué son but.

Vision grandiose, in-humaine au sens propre, bien éloignée des religions institutionnelles. Morale invivable sans doute. Mais ces excès ont de l'allure. Tant qu'à croire, autant croire jusqu'à cet horizon ultime.

Personnellement, je me sens aux antipodes d'une telle exigence.

Aussi, permettez-moi de redescendre sur terre,  cette terre qui voit pousser  la vigne. Pourquoi même ne pas s'enfoncer encore un peu plus, jusque dans la fraîcheur des caves de Bourgogne ?

29 septembre 2013, 1er jour des vendanges au bas de Pommard. 
Les coteaux n'ont commencé à vendanger que plusieurs jours plus tard.

PS. Encore un mot sur le livre de Dimitriu qui fait partie de ces lectures qui marquent une vie. Le héros, ancien Garde de Fer (nazi donc) est emprisonné dans un camp tenu par les communistes arrivés au pouvoir dans les bagages de l'Armée Rouge. Leurs gardiens les obligent souvent à sortir nus, dans la nuit glaciale de l'hiver. Ils se serrent les uns les autres pour se tenir chaud. Sans qu'une parole n'ait besoin d'être échangée, le petit groupe est agité d'un lent mouvement brownien. Ceux qui se sont réchauffés au centre, cèdent leur place à ceux qui les ont enveloppés, pour qu'ils retrouvent un peu de chaleur au centre. Sans ce mouvement, les bienheureux du centre auraient perdu peu à peu leur couverture humaine, tombée sous la morsure du froid. Pour survivre, il fallait partager. Belle parabole sur la morale. Générosité ou intérêt ? Solidarité de fait, poussée par la nécessité, sans avoir besoin d'en prendre même conscience, ou acte réfléchi ?

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