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vendredi 13 février 2015

Le Parti communiste français s'affiche. Il était temps !



Il était temps ! ou plutôt il est encore temps, mais c'est juste ! L'exposition organisée autour des affiches de Claude Baillargeon dans ce qu'on appelle maintenant l'Espace Niemeyer (comme on dit l'Espace Cardin) et que je continue d'appeler le siège du PCF, se termine le 15 février.

Je regrette d'avoir traîné à poster cette chronique. J'y suis allé 2 fois il y a une quinzaine de jours, et pas seulement parce qu'elle est gratuite (!), mais aussi parce qu'elle vaut le détour, pour les œuvres de Claude Baillargeon mais aussi pour la possibilité qu'elle offre de visiter le bâtiment de Niemeyer. 

Le samedi j'avais pu visiter la grande salle du Comité central (je crois qu'aujourd'hui cette institution a, elle aussi changé de nom), ce qui ne fut pas le cas le lundi suivant.

J'ai mis plusieurs jours avant de découvrir que ce bâtiment que je longe au moins une fois par jour abrite autre chose que les restes du PCF. L'accrochage (le mot est, en l'occurrence, particulièrement juste) est pourtant suffisamment suggestif  dans cette symbiose entre la forme, le fond et le support.


L'affiche accroche l’œil également. Ce verre, vide d'un côté, plein de l'autre, ne pourrait-il pas symboliser le fameux "globalement positif" de Georges Marchais parlant de l'Union soviétique ?


Souvent arrêté en moto par le feu rouge de la place du Colonel Fabien, j'aime bien regarder le bâtiment qui tranche sur son environnement sans l'agresser. Il est un peu en retrait avec son esplanade fermée par des grilles, un peu au dessus du commun des mortels sur ses pilotis...





....séparé de ses voisins.

Une mauvaise pensée : cette modeste barrière du parking me rappelle
 une sorte de Check Point Charlie, même si la guérite qui la jouxte a un aspect rondouillard moins inquiétant.

Personne dans la guérite, mais une autorisation de travaux placardée avec  une amusante faute d'orthographe qui montre que les multiples relectures des notes administratives sont encore en nombre insuffisant.

Voici un ou une Dominique qui ne connait pas moyen mnémotechnique qui fait la gloire des habitants du siège : Place du Colonel Fabien, comme PCF.

Malgré cela, l'oeuvre de Niemeyer est à échelle humaine avec les courbes douces de sa façade et de son dôme. Comme si la beauté se faisait modeste et "casual".

Quand on s'en approche, on est déjà dans l'ambiance : même s'il n'a aucun lien avec le PCF, ce vendeur de livres semble tenir un comptoir de l'Huma.





De plus, à tous moments, elle se fait miroir du quartier dans un reflet changeant qui le magnifie.





A chaque moment de la journée, le spectacle est beau.

Le matin, quand le soleil lance quelques spots de lumière sur la coupole.



...à la mi-journée, lorsque le soleil se cache...



...jusqu'à la nuit tombée...



... et même quand l'orage mence et que le monde devient gris.






Les grilles qui l'entourent ne sont pas là pour éloigner l'oeuvre d'art d'une pauvreté qui ne cesse de croître dans la ville...



Un gag visuel, que je suppose involontaire ,nous assure qu'elles n'ont pas toujours été là.

Un point de rassemblement inaccessible derrière un "rideau de fer", 
voilà de quoi expliquer la chute des effectifs.

Non, c'est clair, la fermeture n'avait pas été voulu mais des impératifs de sécurité bien compréhensibles l'ont rendue nécessaire. Il faut sonner à l'accueil pour entrer et sortir, mais ce n'est qu'une formalité quand on se présente sans vociférer des slogans insultants.

Dès l'entrée, on est séduit par une grande douceur. Les pentes herbeuses sont douces. Douce la rencontre du dôme avec le sol, douce la courbe de la seule sculpture.



Un peu de roideur pour entrer comme dans un tombeau mycénien. Il faut bien marquer qu'on change d'univers.


Mais on retrouve la douceur à l'intérieur. Accueil tout rond.



 ...pente douce du plancher...



(Cette pente, on la ressent avec plaisir dans ses pieds quand on se laisse glisser, mais elle est, visuellement, mieux perceptible en son contraire : la douce montée de la grande salle vers la sortie).



...arrondi des tables de béton...


... courbes engageantes des couloirs...


... délicate pénétration de la coupole dans le plancher...


...douce lumière zénithale...


....portes sans arrêtes qui s'escamotent dans les parois...


pour permettre d'entrer dans la grande salle. 

C'est dans cet espace où il fait bon flâner que les affiches de Claude Baillargeon sont exposées. Comme de bonnes affiches, ce qu'elles sont, elles se passent de commentaires.





 Dans les cartouches : Pétain père : 1942 Vel d'Hiv ; Pétain mère : 1962 Charonne ; 
Pétain enfant : 1992 : Paul Touvier (non-lieu).
Mais, comme dirait Jafar Panahi, ceci n'est pas un commentaire.




Ici, un commentaire serait bien nécessaire mais je ne puis que faire des suppositions. Je ne pense pas que l'on fasse allusion au remplacement de Georges Marchais par Robert Hue (quoique !), ni à la victoire de Bernard Tapie sur Michel Rocard aux élections européennes (quoique !) mais plutôt aux manifestations contre le CIP (contrat d'insertion professionnelle). 




Ma photo ne rend pas compte de l'accrochage : les 2 affiches de droite sont vues à travers 2 petites lucarnes découpées. 

Voici l'une des deux  en entier :






Je n'ai pas non plus d'explication sur cette curieuse graphie : le Théâtre du Tiroir de Laval s'orthographie bêtement avec un "h". Cela ne m'empêche pas de trouver cette affiche magnifique.



D'autres graphistes sont affichés. Un style plus relâché où l'allusion sexuelle remplace la poésie.





D'autres m'ont laissé perplexe, compte tenu du lieu.



D'une manière générale, on n'y retrouve pas cette poésie simple et tendre de Baillargeon.



Le thème religieux ne m'intéresse guère et je n'ai pas envie d'essayer de comprendre ce qui se cache derrière ces images de patronage. Rentrons plutôt, pour rester dans la même veine sémantique, dans le Saint des saints.

Le nouveau siège du PCF a été commandé du temps de Waldeck Rochet, à l'inimitable accent bourguignon, mais ce fut Georges Marchais, à l'inimitable faconde, qui en profita pendant plus de 20 ans. Lorsque la 1ère tranche est livrée en 1971 (le bâtiment principal), le PCF  tourne autour de 20% de l'électorat. Lors de l'inauguration du dôme et du hall, juste avant son succès avec le Programme commun et le changement de majorité de 81, le PCF est passé derrière le Parti socialiste  (pour la 1ère fois aux cantonales de 74) et depuis la descente ne s'est pas arrêtée malgré le flirt avec le Front de gauche. Et maintenant son siège est en partie sous-loué et souvent occupé par de grands événements médiatiques, notamment des défilés de mode et autres manifestations à la gloire du  du Grand Capital. Sic transit gloria.

Il reste pourtant tel qu'en lui-même Oscar Niemeyer le voulut et il est certain qu'il tient une partie de son aura de sa gloire politique passée. En venant du hall, on entre sur le côté de la salle par des portes creusées dans l'épaisseur de la coupole.




En face, les cabines techniques dont la forme ovoïde est particulièrement originale pour ce genre d'équipements.





A droite, la tribune sous une sorte de dais stylisé qui rappelle celui de l'entrée.



La coupole étonne par sa luminosité irréelle et ses motifs qui changent quand on se déplace. Je n'ai pas réussi à traduire cette impression qu'il faut donc vivre par soi-même.


Cet effet étonnant est obtenu avec des moyens simples : des lamelles de plastique masquent de simples tubes néon.


De fait, la lumière, la disposition des éléments de décor, la courbure de l’espace font que l’œil s'égare souvent, incapable de comprendre tout de suite le volume qui se déploie devant lui.



Le mobilier est très simple. Aucun apparat, même quand on se prend pour l'orateur.


Je suppose que pendant les réunions du Comité central, les portes étaient fermées, mais en jouant les touristes solitaires, je m'amuse des rencontres qu'elles ménagent.


J'ai conservé cette photo même si ce rapprochement du blanc, du rouge et du noir 
rappelle d'autres sigles effrayants.



Allons-y effectivement.


Pour sortir , il faut emprunter l'escalier raide qu'on a descendu pour entrer. Quelles idées cette remontée vers la lumière du jour peut-elle susciter ? Retour au quotidien ? A l'agitation d'un monde qui change et devient incompréhensible ? A une réalité bien décevante pour qui a cru aux lendemains qui chantent et les voient portés de plus en plus haut et de plus en plus fort par ces ennemis extrémistes combattus depuis si longtemps.

Quoi qu'il arrive et quels que soient les horreurs commises par certains au nom de cet idéal, je n'oublierai jamais ces militants communistes croisés dans ma jeunesse.


Post scriptum (on ne saurait dans cette chronique utiliser l'abréviation PS) : Vu les délais trop courts, je n'ai pu ajuster plus finement la balance des blancs de mes photos d'intérieur. Je vous prie de m'en excuser. Venez voir la réalité.
En revanche, j'ai pris le temps de faire un saut jusqu'à l'expo avant de poster ma chronique, pour élucider cette curieuse image de 1994. L'explication, c'est qu'il n'y a pas d'explication : Claude Baillargeon a réalisé cette affiche pour dater une série qui était effectivement de l'année 1994.

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