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mardi 14 avril 2015

Quelques jours en Ecosse et à moto. Retour sur Edimbourg

Je poursuis bravement mon récit de cette courte ballade en moto dans les Highlands.

Statue sur la muraille d'enceinte du château d'Edimbourg

Au matin, réveil ensoleillé dans le petit relais de chasse.


Difficile d'oublier d'ailleurs que ce fut un relais de chasse. Un relais particulièrement cosy.




C'est parti !


L'étape doit être courte, notre prochain hôtel est tout proche, mais entre-temps, on aura visité le Loch Maree, sans doute le plus beau que nous ayons vu et la petite ville de Ullapool.

Départ (au milieu de la carte) dans le Glen Carron, arrivée au n°4.

Au début, jolie route ensoleillée entre loch et montagne.






 Prairie ou pelouse ? Difficile de faire la distinction.



On ne va pas malheureusement vers le beau temps.


Puis c'est la longue descente vers le Loch Maree.




Pas de route sur le côté nord du loch.



La route passe au sud et se détache ensuite du Loch pour serpenter entre les collines. Elle est très étroite mais on a envie de s'arrêter tous les kilomètres. 



Tout paraît doux aux pieds, mousse, herbe.


Mais après 200 m dans cette terre gorgée d'eau, on s'arrête, épuisé,  même si le paysage vous invite à marcher à l'infini.


La pluie nous rattrape quand nous arrivons à l'autre bout du Loch Maree.


Petit arrêt à Poolewe, au débouché du Loch Maree. Charmant coffee shop tenu par toute une famille, père, mère, et filles. Thé bien sûr, gâteaux impressionnants de couleurs criardes et de crème épaisse. En face, la droguerie-épicerie-poste.


Pour mieux voir la petite église et la charmante maison qui la jouxte, je me suis arrêté sur le côté droit de la route. En repartant, je flanque la frousse à une voiture , étonnée de me croiser du mauvais côté. J'avais repris mes réflexes français en démarrant.


On longe alors la mer, d'abord en direction de l'est, puis vers le sud.



Puis on s'enfonce dans les terres en remontant, plein sud, une vallée verdoyante que traverse un petit torrent.



...avant d'arriver à notre dernière étape dans les Highlands, à Aultguish Inn. C'est une sorte de grand refuge pour le ski de fond en hiver : boiseries, cheminées, photos de montagnes enneigées, grandes salles pour les pique-niques "hors sac". Le personnel est comme toujours charmant, la nourriture roborative, l'affluence nulle.



Après un verre, on laisse les bagages et l'on repart vers Ullapool, tout heureux de voyager léger. 

Petit détour par les chutes de Measach (Measach Falls), impressionnantes. Suffisamment en tout cas pour que je rate complètement mes photos. On descend dans une forêt moussue qui semble sortie d'une légende ancienne pour tomber sur une gorge étroite et profonde.





Ensuite, direction Ullapool. La route est particulièrement bucolique, le long du Loch Broom.








Ullapool est un petit port de pêche et le point de départ des ferries pour l'île de Harris.




La ville s'étend le long du loch, bien protégée des vents du nord.

Elle est sans prétention et le tourisme n'y est pas agressif. 



L'arrivée du ferry. 




De l'autre côté du loch, cette belle maison au pied de la forêt qui coule depuis la montagne. 



 Une petite coquetterie municipale

La maison du pasteur, typique des maisons en arrière de la mer.

Avant de repartir, je ne résiste pas à à quelques chromos animaliers.





Après une nuit paisible dans notre refuge de montagne,  la fin de la boucle vers  Edimbourg est sans histoire. Sans paysage spectaculaire non plus. Il aurait fallu pénétrer dans le parc national des Cairngorms Mountains au lieu de simplement le longer. Mais nous voulons arriver assez tôt à Edimbourg pour visiter la ville.

Les kilomètres défilent,les noms des ville font rêver : Inverness, Perth, Dundee que l'on laisse plus loin à l'est. Arrêt toutefois pour un dernier salut aux animaux typiques de l'Ecosse.

Blackfaces terrorisés 

Vaches Angus de couleurs diverses 

Blackfaces sur fond de Cairngorm Mountains 


 Vanneau surveillant ses 2 petits



Véritables Black Angus, noirs comme des taureaux camarguais. Mais sans cornes.

Surtout, nous sacrifions à la sympathique coutume de l'arrêt dans une distillerie, celle de Dalwhinnie,. Marque peu connue en France car  mal distribuée. Son petit motif de vanité : être la distillerie la plus haute d'Ecosse.




Visite guidée avec un charmant monsieur au teint fleuri, dégustation, achat. Le tout naturellement avec modération. Il nous explique ce qu'est "la part des anges", cette évaporation de l'alcool dans les tonneaux de chêne. On prend l'air initié de qui a vu la comédie de Ken Loach.

L'arrivée à Edimbourg avec le Forth Bridge en premier plan est magnifique. Malheureusement, il est impossible de s'arrêter quand on est sur l'autoroute.

http://photoeverywhere.co.uk/

Édimbourg s'est révélée une ville très différente de l'image que j'en avais. 

Pour avoir vu quelques images, notamment de son château, je pensais bien qu'elle aurait une géographie tourmentée. Je ne fus effectivement pas déçu sur ce point.






On monte et on descend tout le temps. On tourne et retourne. 





Si bien qu'il est difficile de s'y repérer et bien agréable de s'y perdre.

En revanche, j'imaginais une ville un peu froide, sombre, enfermée dans son passé et son patrimoine. Toute entière semblable à cette vue depuis ma chambre d'hôtel.



Or, la première chose qui m'a frappé, c'est la présence permanente de la nature. Dans la ville, autour de la ville. On voit toujours un bout de verdure.



Photos prises depuis l'esplanade devant le château.

Au bas de l'artère centrale de la vieille ville, le Royal Mile, on tombe sur le Holyrood Park et le "Arthur's seat", le trône d'Arthur" dont la falaise domine la ville.


La ville a une structure complexe, avec ses collines, sa vallée centrale. Quand on descend le Royal Mile, on a l'impression d'être au cœur d'une ville ancienne très dense.



En fait, la rue suit une étroite bande de terre surplombante qui descend du château vers la mer. Vue depuis le nouvelle ville, la vieille ville se limite à une simple rangée de maisons, comme dans ces villes construites à la hâte pour quelque visite royale ou impériale mais qui sont vides derrière leurs façades aguicheuses.




De part et d'autre de cette artère, on est dans la verdure, celle des petits jardins et des cimetières.

Descendons le Royal Mile. La nature se rappelle à nous dans les endroits les plus improbables.







Toutes ces photos ont été prises en plein centre de la vieille ville.

Depuis le cimetière on aperçoit les frondaisons de la pente opposée où s'est établie la ville nouvelle.



Mais c'est bien sûr tout en bas , vers le Holyrood Castle et son park qu'on se retrouve en pleine campagne.  Le nouveau Parlement écossais est tout à côté.

Le Parlement écossais 

Les jardins du Parlement avec son mobilier urbain original. 

Il n'y a pas que le mobilier qui soit original. Une sémillante drag queen attire les regards avec ses facéties.





Edimbourg n'est pas aussi guindé que je l'imaginais.

D'ailleurs, le nouveau bâtiment du Parlement a sûrement plus choqué les Ecossais, par son architecture et par son coût (10 fois l'estimation initiale). La réalisation de l'architecte catalan Enric Miralles est étonnante. Impossible de l'embrasser d'un regard. Tous les volumes sont volontairement déstructurés.







C'est amusant de penser que le vieux rêve d'indépendance des Écossais s'est vu concrétisé, cette fois-ci jusqu'au succès, par une alliance avec l'Espagne comme au XVIIème-XVIIIème siècles. Qui plus est, l'Espagnol vient d'une Catalogne qui rêve aussi d'indépendance. Nous étions alors, en juin 2014, à 3 mois du référendum sur l'indépendance, un événement qui inquiétait beaucoup l'Espagne castillane. On voyait, pas très souvent je dois dire, des mâts portant fièrement le drapeau écossais avec un gros "Yes" dessiné sur la hampe. Pas de démonstration, ,en revanche, pour le "No". 

Juste à côté de ce monument au modernisme tapageur, on retrouve  la tradition la plus conservatrice.

Le Holyrood Castle tout d'abord où la Reine loge lorsqu'elle monte en son Royaume d'Ecosse.


....mais aussi ces charmantes maisons anciennes



...où la tonte du gazon est matière à dessin, comme pour une antithèse absolue avec le jardin à la française.


Pour résumer, je dirais que c'est une ville facétieuse comme ces vieilles dames indignes qui cachent sous leurs dehors austères, une vivacité de jeune fille espiègle. Vous en voulez quelques exemples ?

Regardez la façade de cette classique demeure du XVIIIème.


Vous ne me direz pas que quelqu'un n'a pas voulu faire une blague en positionnant ces 2 ventilateurs comme deux yeux interrogatifs ?


Voici l'Hôtel de Ville et sa curieuse statue frontale.



N'allez pas croire que cette originale disposition des gouttières est propre à cet immeuble. Elle est au contraire très fréquente. 

Il faut bien regarder pour comprendre que la gouttière n'empêche pas l'ouverture de la fenêtre : cette dernière est à guillotine. N'empêche, c'est plutôt troublant comme disposition.

Ai-je raison de classer dans cette rubrique farfelue, ces nombreuses effigies de cerf ?

Ici, devant la cathédrale Saint Gilles, on peut en douter. Après tout, l'Ecosse est un grand pays de la chasse au cerf. Dans le superbe roman de Peter May, "l’Île du serment", le héros, un jeune paysan pauvre est obligé d'émigrer vers le Canada pour avoir tué un cerf appartenant au noble propriétaire de la région :



... mais au frontispice d'une église, comme l'emblème païen de quelque rite sanglant ?


Je ne sais si, emporté par ma métaphore, j'ai raison de voir la croix plantée dans sa nuque comme le pieu qu'un chrétien de Transylvanie planterait dans le cœur d'un vampire.


Pas étonnant que Harry Potter soit né de l'imagination d'une romancière écossaise JF Rowling. Pendant ce voyage, on parlait beaucoup du don d'un million de livres qu'elle avait fait pour soutenir le non au référendum sur l'indépendance de l'Ecosse.

Des voyages sont organisés pour que les groupies du héros aux petites lunettes rondes puissent retrouver dans le réel la trace de ce qui n'est qu'imaginaire. 


Dans le même registre un peu étrange, je rangerais volontiers, les statues que l'on croise dans les rues, comme de vivantes résurgences du passé :


Les enseignes sont aussi gratinées



Enfin, j'ai une tendresse particulière pour cette arrière cour. Tant de couleurs contrastées ne peuvent résulter du hasard mais d'une "main invisible" digne d'Adam Smith.


Ces couleurs animent Edimbourg et remplacent peu à peu la monotonie de la pierre sombre dont la ville est bâtie, elle qui se dresse fièrement sur un volcan éteint depuis des millions d'années.




C'est un choix rationnel dans un pays où le soleil n'est pas si fréquent que cela. Mais rien n'y fait. Même le rationnel paraît étrange au pays d'Ossian et de Walter Scott. Ces simples marcheurs dessinent un ballet que je trouve  fantastique.



Pour échapper à cette atmosphère, je remonte vers la nouvelle ville, la ville du XVIIIème, la ville des Lumières, "l'Athènes du Nord".


On y trouve des monuments néo-classiques et surtout le cimetière où David Hume sommeille, lui qui, aux dires mêmes du philosophe de Koenigsberg, avait réveillé Kant de "son sommeil dogmatique".

Quand on étudiait la philosophie dans les années 60, en France, David Hume n'existait que comme faire valoir de Kant. Avec l'âge, je me sens de plus en plus attiré par cet empirisme solidement terrien qui se moquait des constructions métaphysiques.



La tombe du noble David Hume.



De ce cimetière de la ville nouvelle on a d'ailleurs une jolie vue sur la ville ancienne. Encore de la verdure !




 C'est dans cette vieille ville que David Hume trône en majesté devant la cathédrale presbytérienne Saint Gilles.





Je ne suis pas sûr qu'il aurait beaucoup aimé la dévotion dont les étudiants entourent son gros orteil dans l'espoir d'absorber ainsi son savoir, alors qu'il avait en horreur toutes les superstitions. Pire, se retrouver, lui le presbytérien déiste, suçoté comme le Saint Pierre des papistes ! Quelle dérision ! 

Autre source d'étonnement : cette statue d'un sculpteur écossais, Alexander Stoddart, a été exécutée en 1995, alors qu'on la daterait volontiers du début du XIXème siècle.


La cathédrale mérite une visite.




J'avoue avoir été séduit par ses vitraux néoclassiques, comme celui-ci qui honore la mémoire du commandant de la Brigade écossaise qui fut écrasée par les Boers lors de la bataille de Magersfontein en 1899.


Détail du même vitrail. 
Curieuse représentation d'une bataille qui  opposa les Martini-Henry britanniques (fabriqués par BSA) aux Mauser des Boers.

Il règne pourtant dans cette église une atmosphère particulière qui tient à ses larges baies vitrées mais aussi à tout son mobilier. C'est une église habitée.





La tombe du marquis de Montrose qui semble dormir paisiblement ne donne aucune idée de la vie et de la mort de ce fier guerrier écossais. Son parcours politique fut particulièrement sinueux pendant la guerre civile anglaise. Il fut finalement pendu, dépecé, sa tête au pilori, ses membres dans 4 villes d'Ecosse différentes et son torse enterré hors de tout cimetière. Il semble qu'on ait récupéré tout cela 10 ans plus tard. Le puzzle reconstitué fut alors solennellement inhumé dans la cathédrale Saint Gilles. Reste dans la nature, paraît-il, son coeur que sa nièce aurait réussi à subtiliser à ses bourreaux. Le coeur enfermé dans un reliquaire aurait transité par un doge de Venise, se serait retrouvé à Naples et aurait disparu dans la tourmente de la Révolution anglaise. Quel macabre jeu de piste ! Quand je vous dis qu'ici tout est étrangement extraordinaire pour ne pas dire extraordinairement étrange.

Quoi qu'il en soit, le marquis était devenu, en 1661,  un héros national maintenant que l'Ecosse s'était ralliée à la monarchie anglaise. Lui, avait eu le tort d'avoir raison trop tôt. Qu'il repose en paix.



En sortant de la cathédrale, on rencontre une autre gloire nationale, Adam Smith.


J'avoue que j'ignorais qu'il était écossais comme son contemporain David Hume. Cela me donne envie de relire, sinon les grands classiques de l'économie, tout au moins le Journal d'un de ses élèves, James Boswell que je dois avoir quelque part parmi tous mes livres. Cet Écossais qui a rencontré Voltaire et Rousseau, s'est passionné pour l'indépendance de la Corse. On se serait peut-être évité ainsi un Napoléon 1er et donc un Napoléon III. Quelle enjambée parmi les temps et les lieux !

Mais il est temps de terminer tous ces tours et détours. Je quitte définitivement la nouvelle ville.




Il suffit alors de retraverser le North Bridge en passant au dessus de la gare 



et l'on se retrouve à temps pour l'apéro sur cette petite terrasse du Royal Mile, sous son horloge qui indique 9h pm.


9h vraiment ? la lumière est encore belle et j'en profite pour croquer quelques habitants de cette ville sympathique, décontractée, pleine d'étudiants de toutes origines et de passants de tous styles, dans un patchwork qui donne une petite idée de sa diversité et de son humeur facétieuse.









 

















Je termine ma série de portraits par ce couple amusé de me les voir prendre en photo. Peut-être ne comprennent-ils pas pourquoi. Il est pourtant normal de clore avec eux cette galerie. Ils semblent échappés d'un film de Ken Loach !

Le lendemain, c'est le retour. Au départ, on a presque honte de rouler en moto.



 Mais on est vite sur la grande transversale qui coupe l'Angleterre du nord au sud le long de la côte est : Newcastle upon Tyne, Leeds, Leicester. Rien de spécial à en dire : il n'a pas plu.

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