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dimanche 25 septembre 2016

Les visiteurs du soir

Ce ne devait être, à l'origine, qu'un court article en forme de plainte photographique, de regret de la nature foisonnante de mon petit sud à moi dans la grande ville grise où je venais d'arriver. L'idée m'en était venue en remarquant ce corbeau tout dépenaillé qui était venu se poser juste en face de mes fenêtres, sur la branche d'un de ces platanes faméliques qui bordent ma rue. N'était-il pas le symbole de cette nature rabougrie qui vivote dans les gaz d'échappement et la grisaille ?


Il essayait de porter beau mais ne pouvait cacher son délabrement dû à l'âge ou à une sérieuse raclée reçue dans le parc voisin.

Je pencherais volontiers pour la 2ème hypothèse tant il prit soin de son plumage, le lissant et le re-lissant soigneusement sans parvenir à un résulta satisfaisant.





Rien à voir avec ce congénère aperçu parmi d'autres 2 jours plus tard. Le regard est franc et direct, le plumage soigneusement ordonné et le bec digne de celui d'un rapace.


En ce tout début d'automne, les platanes sont rarement fréquentés par les oiseaux,contrairement au printemps où les pigeons viennent y roucouler, les mésanges se régaler de jeunes pousses et les corbeaux y chercher des branchettes pour leur nid, branchettes qu'ils sont souvent obligés de laisser tomber 4 étages plus bas, faute d'avoir pu les faire passer entre les branches.

Ce corbeau pitoyable, échoué en face de moi en cette soirée tristounette, me fit souvenir d'un autre visiteur du soir que je guettais tous les soirs après le coucher du soleil.

Ce petit animal, vif comme l'éclair, m'intrigue. Loir ou écureuil ? En faveur de la 1ère hypothèse, la couleur de son pelage, ses petites oreilles. Mais il est un peu gros pour un loir. Il a, de plus, une magnifique queue digne d'un écureuil.


Et puis, on ne l'entend pas crier. Il n'attend pas la nuit comme ses supposés congénères (j'en ai même aperçu un semblable sur la route, en plein après-midi, serrant craintivement une noix trop grosse pour sa gueule).  Je l'aperçois aussi le matin tôt. Drôle de loir.

En revanche, sa couleur est improbable, même s'il existe, parait--il, des écureuils noirs dans les Alpes maritimes. Peu importe après tout, même si mes voisines en disputent sur FaceBook. Cet été, il adorait les mûres du grand mûrier de ma voisine. Maintenant c'est son noyer qui reçoit sa visite bi-quotidienne. Il est drôlement adroit pour choisir, détacher et emporter des noix de belle dimension. Le tout si rapidement que le photographier n'est pas commode, surtout avec la faible lumière du crépuscule.

Il se faufile entre les feuilles....


...repère et attrape avec ses longs doigts, une jolie noix....




...ça y est, il l'a mais m'aperçoit qui le regarde et convoite peut-être son nouveau bien...


....alors il se retire à couvert et fille trop vite pour que j'ai le temps d'immortaliser sa fuite.


Rien à dire, c'est plus amusant que de s'attrister sur le piteux état d'un corbeau. 

Heureusement, il y a, à quelques dizaines de mètres, le parc. Même avec le triste temps que je subis depuis mon arrivée, il réserve des surprises. Ce jour-là, au ciel pourtant bien plombé, j'ai la joie de voir ce héron qui semble presque irréel tant les reflets dans l'eau peu profonde semblent le faire sortir d'un tableau du Douanier Rousseau.



Malheureusement, je dois trop m'agiter pour ne pas l'inquiéter. Il me fixe droit dans les yeux, me jauge et préfère ne pas prendre de risques : ce gros tube noir dirigé vers lui a quelque chose de réellement inquiétant. Il s'envole.



Depuis, j'y suis retourné plusieurs fois. Le temps s'est mis au beau et, il faut bien le dire, c'est un enchantement que seul un parc aménagé peut procurer.


Sans doute faut-il choisir ses jours et ses heures (et aussi ses cadrages !) pour y trouver un peu de sérénité, dans le halètement des souffles trop courts et le martèlement des pieds trop lourds. Heureusement il n'y a pas plus routinier qu'un jogger parisien. J'avais déjà constaté cela lorsque je me livrais dans le temps à cet exercice au Luxembourg. Il suffisait de s'écarter de l'allée qui en suivait les grilles, pour échapper à la meute. Ici aussi, on peut s'éloigner du bruit.



Ce qui est étonnant, c'est que les hérons semblent ignorer toute cette agitation humaine. 

Voyez-vous le héron en train de pêcher ? Peut-être si vous agrandissez l'image en cliquant dessus (comme vous pouvez le faire pour toutes).

Ici vous le verrez mieux.



Bien plus étonnant encore, il ne se préoccupe absolument pas de ces badauds qui, comme moi, s'arrêtent pour le dévisager.  Les années passées, il fallait vraiment être attentif pour remarquer les hérons qui se cachaient la plupart du temps dans les arbres de l’île centrale du parc.

Je vois une explication à se comportement téméraire : ils sont jeunes et comme les marmottes ou les petits humains, ils ont confiance dans la vie et leur bonne étoile (ou cette lune que l'on devine dans le ciel limpide).


Leur jeunesse se déduit non seulement de leur comportement mais aussi de l'absence de ces plumes noires qui pendent de la tête des plus âgés, m'évoquant toujours le bérets des parachutistes. On la voit bien sur la tête de ce héron photographié en avril 2014...


...alors que nos amis d'aujourd'hui en sont dépourvus.


Pendant, ces 2/3 jours de beau temps, je les ai beaucoup observés. Je dis "les", parce qu'ils sont 2. J'en suis certain, même s'il n'est pas facile de les voir tous les 2. A côté l'un de l'autre, cela ne m'est arrivé qu'une seule fois, et encore ce fut le temps d'un cliché. Un cliché pas terrible, en fin de journée. Quelques secondes plus tard, le héron de gauche s'envolait.


J'allais écrire "elle s'envolait", car je suis persuadé qu'il s'agit d'un couple. Mon hypothèse se fonde sur une légère différence de taille. Ce n'est qu'une hypothèse, vraisemblable, car les oiseaux vivent, contrairement à beaucoup de mammifères, en couple. et en couple stable.

Ce qui est certain, c'est que je peux distinguer les 2 individus facilement, aux couleurs différentes qu'ils arborent au coin de leur bec. Chez elle, on remarque du bleu, chez lui, seulement du jaune. Le cou de la femelle est aussi plus gracile.



A partir de cette constatation, je me suis embarqué  dans un véritable roman, persuadé de retrouver dans les attitudes et les comportements des différences liées à leur sexe.

Ainsi, elle me paraît plus gracieuse et même un peu coquette. Regardez comme elle jette un coup d’œil en arrière, l'air de rien, comme pour s'assurer qu'on la regarde.


 ...puis déambule  comme on arpente des ramblas en laissant traîner négligemment sa patte.


Et quelle élégance  !


Je veux bien croire que je fabule au delà du raisonnable. Mais mes 2 tourtereaux ont des comportements objectivement différents, qu'il est facile de rapporter à l'un ou l'autre sexe.

Je ne l'ai pas vu, lui, faire sa toilette et je ne puis en inférer qu'elle est plus coquette que lui. Pourtant, à y regarder de près, on voit bien qu'elle y prend un plaisir extrême, les yeux mi-clos de bonheur.





Je veux bien que mon exemple ne soit pas totalement convaincant puisque je n'ai pas de contre-exemple. Voici donc maintenant l'argument décisif : elle et lui ne pêchent pas de la même manière. Plus exactement ils n'ont pas le même comportement après le succès de leur prise.

Pour lui, la séquence est toujours la même : observation, plongée, avalement, petite gorgée d'eau pour faire passer le tout, puis, une curieuse mimique de fierté, toute masculine.

On attrape...

...on se rengorge pour avaler...


 ...et on fait le beau.



J'ai observé cette mimique à chaque fois. C'est bien un comportement habituel. 

Suivons maintenant notre femelle. La pêche est identique mais le comportement final complètement différent. Le butin est sans doute petit, mais on avale délicatement et l'on s'en va discrètement, avec l'air de ne pas y toucher. On perçoit même un peu d'affectation dans cette désinvolture.





Pour le reste, je n'ai pas remarqué de comportement différent. Ils occupent indifféremment 4 lieux, proches les uns des autres : quand l'un pêche, l'autre surveille du haut d'un cèdre, tout à côté d'un restaurant. d'où personne ne le remarque.Enfin, ils vont et viennent d'un rocher jusqu'aux arbres proches.Une vie bien réglée et paisible.

Le lieu de pêche, c'est cette petite partie du lac où de petites digues sous-marines leur permettent de se tenir dans l'eau à hauteur de genoux.





Ils sont capables de rester ainsi immobiles très longtemps, sans se soucier des passants pourtant si proches que leur image se reflète en surimpression sur eux.


Ensuite, brusque coup de bec dans l'eau, si rapide que l'eau ne gicle en l'air que bien après qu'ils aient attrapé leur poisson.







Je suis bien trop lent pour saisir un mouvement si rapide. Je n'ai pu prendre cette image, où pourtant toute la tête est déjà dans l'eau, que parce que j'ai remarqué qu'il (c'est bien de lui dont il s'agit,) adoptait toujours la même attitude quand il pêchait en marchant : il se détournait légèrement sur le côté gauche. Avec un peu de chance, j'ai pu déclencher avant le démarrage du mouvement. Temps de réflexe et de réponse de l'appareil, le drame était déjà joué.

Cette attitude veut dire : je vais frapper !

Le mouvement peut être plus ou moins violent et parfois on se demande comment il garde l'équilibre sur son petit perchoir.



Après il faut faire passer le petit poisson du bout du bec au fond du gosier. Cela ne semble pas lui poser de problème. Il le fait glisser je ne sais comment mais je ne lui ai jamais vu perdre une proie comme un pêcheur à la ligne maladroit.



Puis vient son petit "cocorico" à lui, crête dressée comme le coq qu'il est.


Elle, elle est là haut et ne perd rien du spectacle.


Quand c'est elle qui se nourrit, les rôles s'inversent.



Il surveille avec attention et je me sens visé par son regard sévère.



Il lui arrive aussi un bref instant de s'assoupir.



Autre lieu fréquenté, le petit rocher qui surplombe le lac. Je ne sais pas quelle est son utilité pour eux mais j'ai constaté dans d'autres lieux, que les hérons aimaient bien rester ainsi près de l'eau mais les pattes au sec.

Voici la femelle qui le rejoint dans une superbe envolée où, un temps, elle évoque quelque Sphinx antique.









On ne reste jamais bien longtemps en ce lieu surplombant et l'on repart dans l'autre sesns.











Et on repart dans l'autre sens...



Le couvert des arbres enfin est un lieu de refuge, un refuge que l'on atteint avec précaution quand on doit se faufiler avec une telle envergure. Mais, une fois arrivés, il faut savoir qu'ils sont là pour les voir.



On peut imaginer qu'ils vont y dormir car le soir tombe rapidement et ce ne sont pas eux, "mes visiteurs du soir".




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