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mardi 31 janvier 2017

A moi Saint Denis !

En cette froide soirée d'hiver où les passants courent rentrer chez eux pour se réchauffer, on est tout heureux de se voir abordé par des jeunes gens, garçons et filles, souriants et joyeux. Ils vous tendent un tract, sans insistance mais avec conviction. Vous le prenez, plus pour leur permettre de rentrer au chaud, leur distribution faite, que parce que vous y portez un quelconque intérêt. 

La scène se reproduit plusieurs fois pendant que je contourne la place du Maréchal Juin (place Péreire dans mon enfance) pour rejoindre l'appartement d'un ami. Du coup, intrigué par ce déploiement de forces, je lis le tract. Il est signé de l'Action Française et invite les passants à se rendre dans 3 jours à la cérémonie commémorative de l’exécution de Louis XVI.

J'ai connu des royalistes, parfois moins "allumés" que d’autres partisans de causes politiques tout aussi étranges et la date du 21 janvier ne m'est pas inconnue. Mais de là à imaginer qu'il y avait autant de jeunes royalistes, se réclamant de plus de la vieille Action française (l'organisation revendique 3000 militants) ! J'étais étonné mais j'ai continué mon chemin et j'ai oublié cet incident mineur.

Toutefois, c'est sans doute cette rencontre fortuite avec l'ancienne monarchie qui m'a poussé à profiter d'un rendez-vous annulé à Saint Denis pour retourner visiter la basilique. D'ordinaire on ne se rend pas de gaieté de cœur à Saint Denis. la circulation automobile y est difficile et compliquée, le trajet en métro long. Tout ça pour se retrouver dans un ensemble hétéroclite, souvent délabré. Sans compter que depuis un an rôde dans ses rues le souvenir des terroristes de novembre 2015. La fac où je suis allé quelquefois faire des interventions ne ressemble guère à la Sorbonne de ma jeunesse. Et le passé monarchique ne m'attire guère. Mais puisque j'étais sur place, autant en profiter.

Difficile d'imaginer plus grand contraste que celui qui oppose la basilique, toute "neuve"de sa restauration récente et  la ville aux couleurs clinquantes et à la population cassée par la vie et la pauvreté. 


Les touristes ne sont pas nombreux, quelques groupes de personnes âgées, en ce jour de semaine. Leur cohorte noire ne donne guère envie de les suivre. En revanche, j'ai de la peine à m'arracher au spectacle multicolore de la place voisine, la place Jean Jaurès. Les couleurs sont criardes mais bien vivantes, à l'opposé du marbre blanc des cénotaphes.







Sur un coin de la place, une curiosité : cette porte sculptée qui semble bien incongrue dans son habit de gloire passé.


La graphie de l'enseigne du magasin est bien à l'image de cette ville : 
un nom arabe, une écriture qui imite les idéogrammes chinois.


De fait, les bâtiments les plus divers coexistent, aussi disparates que la population qui les longe. On dirait qu'on s'est ingénié méthodiquement à troubler le sens esthétique et le goût de l'harmonie.


Au fond, les magnifiques halles. Dommage qu'elles soient fermées à ce moment-là. Ce doit être quelque chose le dimanche matin.


Finalement je me dirige vers la basilique avec l'intention d'y faire un tour rapide.


Je n'ai aucun souvenir de la façade. Lors de mon précédent passage, elle était si noire qu'on n'avait qu'une envie, l'oublier.  Aujourd'hui on s'y attarde avec plaisir. Pour son portail central, notamment. Les phylactères de la parole du Christ sont désormais visibles.

Il faut cliquer sur la photo pour les voir.

Avec ses grosses bacchantes, et son sourire étonnamment béat, le Christ est, disons, inhabituel.


Comme toujours, le spectacle du péché est plus fascinant que celui offert par les bonnes âmes. Certes, les serviteurs du Malin sont bien effrayants. Mais ils culbutent les pécheurs et les pécheresses  avec un entrain qui doit rappeler à ces réprouvés leurs frasques orgiaques d'antan.


Le restaurateur du temps de Viollet-Leduc a laissé une signature, fort peu modeste, même si, curieusement il continue à se référer à son maître, alors qu'il est au terme d'une brillante carrière  : "S-J (Sylvestre-Joseph) Brun, élève de Lemot a restauré ce portail en 1859". Le rappel paradoxal de cette filiation est sans doute simplement destiné à le rapprocher en ce début du Second Empire de celui qui fut un célèbre sculpteur, aux temps de Napoléon 1er.


Je m'arrête quelques instants sur ce Lemot, pour une anecdote trouvée sur le site de la Fondation Napoléon. Lemot qui a continué sa carrière de sculpteur officiel sous la Restauration, est l'auteur du Louis XIV de la place Bellecour à Lyon et, autre statue équestre, du Henri IV qui vieille sur le Pont Neuf à Paris. Voici l'anecdote qui m'a fait beaucoup rire :

Dans le socle [de la statue de Henri IV], on déposa le procès-verbal de l'inauguration, la charte de 1814, des pièces de monnaies ou médailles… Ironie de l'Histoire : pour faire contrepoids, le ciseleur Mesnel, ouvrier chez le fondeur, fervent bonapartiste, introduisit dans le bras droit d'Henri IV une statuette de Napoléon et dans le ventre du cheval un ballot d'écrits, de chansons et de libelles anti-royalistes qui, depuis, y sont restés… L'inauguration solennelle de la statue eut lieu le 25 août 1818, jour de la Saint-Louis et de la fête du roi. Six buffets abondants, où coulaient douze fontaines de vin, furent dressés place Dauphine (J. Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, 6e éd., tome 2, p. 176).

On ne se moque jamais assez de la Restauration et je suis en cela un fidèle disciple de Stendhal.

Le portail de gauche ne manque pas d'intérêt non plus.



Je me suis amusé à détailler les petits reliefs qui décorent les pilastres avec des scènes de la vie de tous les jours et la représentation des métiers d'autrefois. La signification de certaines de ces activités m'est restée obscure.






Dans une chapelle latérale, on retrouve ce thème de la mise en tonneau du vin dans une mosaïque du XIIème siècle.



A l'intérieur, on est toujours aussi frappé par l'impression de hauteur de la basilique, soulignée par la belle lumière qui traverse ses immenses fenêtres. Dommage que les vitraux, pompeux et à la facture raide, datent du XIXème siècle, suite à la destruction des originaux par les révolutionnaires pour qui les verrières n’étaient qu'une mine de plomb à ciel ouvert.





J'ai été particulièrement ému par le chœur qui remonte aux débuts de l'art gothique et qui me rappelle mon engouement pour l'histoire de l'art quand j'étais jeune étudiant, dévorant les Emile Mâle, les Focillon ou les Faure, me précipitant à Laon, Soissons ou Saint Denis pour percevoir de visu l'évolution de ces techniques de construction. Peut-être cette émotion venait-elle aussi, en ce jour, de cette lumière brillante qui traversait la basilique et colorait le présent des teintes plus vives de la jeunesse d'autrefois.




Depuis la nef, on aperçoit quelques tombeaux mais il faut acquitter un droit d'entrée  pour pénétrer dans le chœur qui sert de mausolée.

Je n'ai pas cherché à faire une visite savante, historique ou esthétique. Je me suis attaché à l'anecdote, à la bizarrerie, au détail, comme si je refusais de prendre au sérieux toutes ces histoires de rois et de princesses. Plus certainement, je cherchais les arguments qui pourraient convaincre tout un chacun de venir là et de ne pas se contenter d'observer de loin la basilique comme quand on quitte Paris par l'autoroute du nord et qu'on la voit dressé fièrement au dessus d'un urbanisme informe. Un peu comme ce que j'avais écrit sur les carrières de marbre de Carrare  que l'on voit de loin depuis l'autoroute quand on descend vers Florence ou Rome  et qu'on néglige d'aller admirer (http://www.leschroniquesdemichelb.com/2016/07/noir-de-monde-blanc-de-marbre.html). Ici aussi, je vais en voir du marbre de Carrare venu à grand frais de la lointaine Italie !

Juste en entrant, un sourire vous vient malgré la majesté du lieu, en détaillant le visage étonnamment réaliste de Du Guesclin. Son petit nez en trompette et son visage rond me fond penser à Antoine de Saint Exupéry. Comment être un héros quand on a le nez en trompette ?



Rien à voir avec la majesté raide de son voisin d'éternité, le comte Louis de Sancerre avec lequel il combattit pendant la guerre de Cent ans.




Il y a d'autres grands capitaines dans la basilique qui évoquent d'autres souvenirs de l'Histoire telle qu'on la racontait autrefois, héroïque et sommaire. Ainsi, ce Léon de Lusignan, dont le nom évoque les Croisades. Celui qui fut enterré ici  n'est pas le Guy de Lusignan, l'époux de la belle Sybille, le beau-frère donc du roi lépreux Baudouin IV. Cette histoire de la fin du Royaume de Jérusalem tombé sous les coups de Saladin aidé par la bêtise agressive de Guy de Lusignan et de son digne allié Renaud de Chatillon a été racontée de manière inoubliable  par Ridley Scott dans The Kingdom of Heaven. Comment oublier, par exemple, l'arrivée au grand galop de Sybille,, incarnée par Eva Green venue asticoter le héros du film ?

Ce Lusignan-ci se prénomme Léon et il fut le dernier roi latin d'Arménie. Je l'ai photographié à cause de son nom et du curieux accessoire qu'il tient dans sa main gauche : une paire de gant. Incongru pour un guerrier !


Rentré chez moi, j'ai voulu en savoir plus popur le situer dans la saga de cette famille qui après la chute de Jérusalem gouverna un temps Chypre et cette curieuse Arménie occidentale qui survécut pendant 250 ans, bien loin de son berceau historique : sous la poussée des envahisseurs Turcs, une partie des Arméniens emmena sa patrie à la semelle de ses souliers jusqu'aux bords de la Méditerranée. Pour les Turcs, ce n'était que partie remise, le dernier match se joua en 1915.

 L'aventure de ce dernier roi d'Arménie valait mieux que sa paire de gant (qui évoque, parait-il la chasse, alors qu'il tenait dans son autre main un sceptre, aujourd'hui cassé). Après bien des péripéties, il est nommé roi d'Arménie, un royaume réduit à sa capitale et à son port. Il réussit malgré tout à entrer dans sa capitale assiégée, qu'il doit quitter juste un an plus tard, prisonnier des Mamelouks. Une fois racheté, il passera les 10 dernières années à la cour du roi de France, bien tranquillement (d'où sans doute la paire de gants, la chasse ayant remplacé la guerre)

J'ai toujours été fasciné par ces villes assiégées pendant des années, restes dérisoires de royaume ou d'empire : Saint Augustin qui ne sut jamais que les Vandales prendraient finalement sa ville d'Hippone, Constantinople enfermé dans ses remparts pendant 50 ans... Il n'est pas difficile d'imaginer quelles peurs d'aujourd'hui se cachent derrière cette fascination pour les longs sièges d'antan.

Tous les chefs de guerre ne sont pas aussi prestigieux que ce roi d'Arménie et leur tombe est plus modeste. Pour celui-ci, dont je n'ai conservé le nom, on limita la dépense en réservant le marbre pour le seul visage ; le reste du gisant est de calcaire et non de marbre.




Non loin de là, le groupe de Louis XVI et de Marie-Antoinette n'inspire pas vraiment le respect. Louis XVI avec sa culotte bouffante à la Henri IV (costume de son sacre, parai-il) et Marie-Antoinette en coquette ne sont pas grandis par cette sculpture de 1830. 





J'avoue ne pas bien saisir la signification du geste de la reine, si ce n'est qu'on a voulu échapper au lieu commun des mains jointes. Le sculpteur mit près de 15 ans à terminer son oeuvre comme si on avait changé d'époque et perdu le sens de ces rites anciens.


C'est comme ces vitraux de la même époque qui tentent d'inscrire la Restauration et la Monarchie de Juillet dans la tradition royale. Ils font provinciaux et ridicules.


Heureusement, l'ample mouvement du manteau de la reine vue de dos et qui la transforme, à nos yeux tout au moins, en humble pénitente, redonne un peu de majesté à cette partie du chœur.



Tout ceci n'a rien à voir avec la beauté, nette et sans contorsion, des tombeaux sculptés du XIIème au XVème siècle, particulièrement le magnifique cénotaphe de Louis XII et d'Anne de Bretagne.





Cette sympathique vision d'un couple uni n'a, bien entendu, pas grand chose à voir avec la réalité historique. L'un comme l'autre ont été mariés 3 fois. Tous deux devront obtenir l'annulation d'un premier mariage.

Si l'on choisissait la durée  comme critère de sélection entre les épouses, c'est Jeanne de France, la fille de Louis XI et la 1ère épouse duroi, qui devrait se trouver sur la dalle de marbre. Après 22 ans d'union, Louis XII obtint l'annulation de ce mariage. Il est vrai qu'il avait été projeté lorsque les 2 tourtereaux avaient 2 ans. Jeanne de plus était laide et boiteuse et elle n'eut pas d'enfant. L'un des 3 motifs d'annulation  put être ainsi la non-consommation du mariage (après 12 ans de vie commune !), malgré les protestations impudiques de la reine. Il est vrai aussi que le pape qui prononça l'annulation était Alexandre Borgia et que le prix de cette entourloupe fut la cession du Valentinois à César Borgia, le fils du pape.

Pour Anne de Bretagne on dut aussi obtenir l'annulation de son premier mariage conclu par procuration avec Maximilien d'Autriche (une manœuvre des Bretons pour échapper à la réunion de la Bretagne au Royaume de France) afin qu'elle puisse épouser Charles VIII, autre figure de l'Histoire de mon enfance : c'est lui qui mourut pour avoir violemment heurté le linteau d'une porte du château d'Amboise. Suite à ce décès, elle dut, malgré ses efforts en sens contraire, épouser Louis XII pour que le dûché de Bretagne reste uni (avant d'être absorbé) à la courronne de France

A sa mort à 36 ans, le roi se remaria dans la précipitation (9 mois plus tard) avec Mary Tudor, la jeune soeur de Henry VIII, âgée de 18 ans. Les mauvaises langues de l'époque affirmaient que l'enthousiasme de cette union fut la cause du décès prématuré du roi, 3 mois plus tard.

Quoiqu'il en soit le tombeau est magnifique, de vie et de simplicité.








Le plus touchant, ce sont naturellement les "transis" du roi et de la reine, c'est à dire la représentation de leurs corps morts, au centre de ce monument qui célèbre la vie.

La tête est rejetée en arrière dans un dernier spasme. Les pieds nus, le corps aussi dévêtus que le permet la bienséance, symbolisent l'égalité de tous devant la mort. Un message religieux qui ne devait pas occulter pour les contemporains le message politique sur la grandeur incommensurable de la royauté.





Les transis de François 1er et de Claude de France (décédée à 24 ans en laissant 7 enfants sans parler des fausses couches), oeuvre de Philibert Delorme, sont encore plus impressionnants. Chacun est seul dans la mort, dans une souffrance solitaire qui se détourne de celle de l'autre.




Sur le socle, des bas reliefs rappellent les victoires terrestres.  Le monument de Louis XII comme celui de François 1er, est donc conçu, sur une distinction claire des différents moments de la vie : en bas, la vie terrestre, faite de gloire et de victoires, puis la mort et tout en haut les rois et reines en prière dans l'attente de la vie éternelle.


Le passage des Alpes



Les guerres d'Italie de Louis XII

La bataille de Marignan de François 1er

Entourant ces deux grands cénotaphes, de très nombreux gisants individuels sont soigneusement alignés, la tête regardant vers l'est, vers Jérusalem. On se prend à songer au Nosferatu de Murnau juste avant que les tombes ne s'ouvrent. Mais, après tout, n'est-ce pas précisément ce que croyaient les commanditaires de ces tombeaux, la survenue à un moment inconnu, de la résurrection des morts dans une scène qui serait plus effrayante que tous les films d'horreur ?


Heureusement, personne ne bouge et l'on peut s'amuser sereinement de la variété des sculptures, beaucoup plus grande que dans mon souvenir. Certains de ces gisants sont réalistes comme celui de Catherine de Médicis dont la spectaculaire couronne ne peut faire oublier les traits bouffis.


Les plis de sa robe s'animent mais je préfère la roide simplicité des gisants plus anciens.


D'autres sculptures  sont, en effet, très épurées.



Ces princesses dont le gisant a été sculpté à la fin du XIVème siècle sont encore plus couvertes que les femmes voilées que je croiserai en sortant de la basilique.

Parfois le réalisme prête à sourire. On croit voir ici une petite "dinde" en la personne de Béatrice de Bourbon qui fut reine de Bohème. J'ai quelque peu honte de ce jugement. Comme beaucoup de ces princesses et reines, c'était une victime de la nécessaire reproduction au service des mâles. Elle aurait été la 1ère femme opérée par césarienne depuis l'Antiquité et ayant survécu, ainsi que l'enfant. Elle n'en eut pas d'autres. D'ailleurs ce dut être suffisamment traumatisant pour qu'elle quitte peu après la cour de son royal époux et retourne dans sa famille en France.



Des spécimens sont totalement uniques. Ainsi ce gisant peint qui représente le jeune frère de Saint Louis, Philippe de France.


Que dire de cet enfant, neveu du même Saint Louis, si ce n'est que notre perception est parasitée par le souvenir des robots de Star Wars.



Ainsi la promenade que je craignais monotone s'avère pleine de surprises et pourrait se poursuivre encore sans ennui, le modelé des formes changeant au gré des éclairages.

D'ailleurs, alors que je m'apprêtais à sortir, le soleil vient créer une dernière surprise en illuminant le visage de la pauvre Anne de Bretagne.


Dehors, il règne un calme presque semblable. Dans les cafés, les déjeuners sont terminés. Les groupes de jeunes traînent calmement. Les passantes se dépêchent de rentrer avec leurs courses. J'entre dans un café pratiquement vide. Un café royal puisqu'il se prétend "roi du marché".




Puis brusquement, à travers les vitres qui ont gardé leur décoration de Jour de l'An, je vois une foule qui se rassemble près du café. L'athlétique serveuse noire interdit l'entrée à une bande excitée. Je ne comprends pas bien la scène. Un jeune homme est menotté les mains dans le dos à côté d'un grand type qui doit être un flic en civil. Ça discute ferme mais la violence reste verbale. J’apprends que le flic en civil vient d'arrêter un pickpocket en flagrant délit. Tous ces gens veulent-ils défendre leur camarade, faire pression sur le flic pour qu'il le relâche ? Cela me reste incompréhensible.


Cela me rappelle une scène un peu semblable, vécue à Manhattan vers la fin des années 70. Entendant de la musique dans la rue, nous descendons de l'appartement prêté par un ami. Un petit groupe de musiciens jouent effectivement devant 20 à 30 personnes. Au bout d'un moment, la porte d'un garage souterrain devant lequel on se tient s'ouvre mais la voiture qui cherche à sortir s'arrête car personne ne fait mine de lui laisser le passage. Encore un moment et une voiture de police arrive, sans doute appelée par le conducteur. En descend un gros flic, comme on en voit dans les films américains. Imposant, plus par sa masse que par ses muscles. Seul. Il fait dégager lentement le passage puis se retourne pour regagner sa voiture. Quelqu'un fait alors valser sa casquette. Le petit Français que je suis est médusé. Pourtant rien ne se passe. Le flic ramasse sa casquette et s'en va comme si de rien n'était. Le groupe d'auditeurs s'est refermé derrière la voiture enfin libérée. Je n'ai plus envie d'écouter de la musque et nous remontons derrière la porte de notre immeuble sécurisé par un portier haïtien à la tenue chamarrée.

A Saint Denis; le flic a pu embarquer son jeune délinquant. La plupart des gens restent un bon moment sur place, discutant par petits groupes. Dans le café, les clients sont plutôt contents de l'arrestation. Puis la place retrouve son calme et les clients regagnent leur splaces.

Je n'ai plus envie de rester et je reprends mon métro. L'Ecran, cinéma d'art et d'essai  qui surmonte la bouche de métro, a une programmation intéressante qui colle à ses publics divers. Un film américain sur une jeune black, primé à Deauville, un film israélien sur une communauté palestinienne, 3 films français de qualité.


Ce cinéma existe depuis 30 ans. Voilà qui est bien. Mais quand on pense à ce qu'il faudrait faire pour "retisser le lien social" à Saint Denis, on s'effraie. Alors, quand quelques jeunes gens veulent renouer le lien mystique entre le roi et son peuple pour en dépasser les divisions, on n'a même pas envie de sourire.

PS. Mon titre "A moi Saint Denis" peut sembler bien prétentieux. C'est simplement une variation sur le cri de ralliement des armées royales "Montjoie Saint Denis".


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