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lundi 6 mars 2017

La Guyane : Petit intermède dans un grand pays.

J'ai cherché, je n'ai pas trouvé. Le pont sur l'Oyapock, le fleuve qui sépare la Guyane du Brésil est-il ouvert à la circulation ? La question peut sembler saugrenue. Mais quand on sait que ce pont  qui a coûté 50 millions d'euros est terminé depuis 6 ans et qu'il n'est toujours pas ouvert à la circulation, on peut légitimement s'étonner de cette bizarrerie.

L'auteur de cette photo raconte de manière amusante sa traversée en voiture avortée.
http://www.floetyo.com/blog/se-rendre-en-vehicule-au-bresil-de-cayenne-a-saint-george-doyapock/

En janvier 2017, RFO Guyane diffusait un reportage montrant le maire de Saint Georges traversant fièrement le pont en voiture. On apprenait que des essais avaient lieu portant sur les formalités de passage (douane, police). Il y avait de quoi sourire. Autant de temps pour tester des procédures ! Toutefois, la bonne nouvelle, c'était qu'on allait pouvoir emprunter le pont à la fin du mois. Depuis, plus d'infos sur internet. Je ne puis donc répondre à la question.


Ci-dessus la carte du nord de la Guyane. Vous pouvez y naviguer  comme bon vous semble

La seule fois où je me suis rendu, il y a près de 20 ans, à Saint Georges, la bourgade sur la rive française du fleuve, on venait d'apprendre le projet. Autorités et habitants se réjouissaient de trouver des voisins un peu plus proches que les habitants de Cayenne distante de 200 km avec pas grand chose entre.Mais c'était alors un rêve, qui avait le charme du rêve. Maintenant ils ont ce pont magnifique devant les yeux et se demandent ce qu'ils vont en faire. Quand on est un petit pays, on peut légitimement trembler devant l'immense Brésil et même seulement devant les 25 000 habitants d'Oyapoké, 10 fois plus nombreux que les habitants de Saint Georges. Je ne suis pas sûr qu'il y ait eu ouvrage public plus comique depuis les halles de la Villette qui n'ont jamais vu de vache, comme le pont n'a jamais vu de voitures.

Saint Georges tout en bas à droite.
Pour une meilleure définition, se reporter à la carte du début de la chronique.
IGN limite la défintion des exports de ses cartes, pour des raisons qu'on comprend.


Lors de cette visite, ce n'est pas le projet de pont qui m'attirait, mais celui, plus conforme à mon boulot d'alors, de nouer un partenariat avec une télévision brésilienne. La rencontre avait eu lieu côté brésilien. J'avais traversé en pirogue pour me retrouver dans une grande salle de réunion impersonnelle avec une dizaine de responsables, tous blancs, ce qui m'avait surpris à l'époque, car je croyais le Brésil plus métissé, particulièrement dans cette région amazonienne. Finalement il n'y eut pas de suite concrète et je n'ai pas gardé grand souvenir de cette visite, si ce n'est d'avoir vu ce fleuve au nom qui me faisait rêver depuis longtemps. L'Oyapock !

C'est toute la Guyane qui fait rêver, avec ce mélange de fascination et d'inquiétude que suscite l'immense forêt amazonienne. Ma 1ère impression confirma cette attente. Le vol arrivait de nuit, J'aperçus la mince bande de lumière de la côte puis plus rien. Le noir absolu. L'avion s'enfonçait dans les terres, au dessus de la forêt,  pour amorcer son virage et revenir vers l'aéroport. Spectacle rare que cette absence totale de lumières artificielles. Ce temps en suspens me parut très long, assez long pour susciter un peu d'inquiétude. Y avait-il un problème ? Et de revenir à l'esprit, ces images d'avion avalé par la forêt.

Pourtant, c'est la joie qui dominait : il y avait encore des endroits sur terre où la "fée électricité" n'avait pas pollué la nuit. Malheureusement je n'ai jamais retrouvé cette impression heureuse de temps suspendu lors de mes fréquents voyages en Guyane. Mon imagination enfiévrée par d'anciennes lectures expliquait sans doute cette dilatation du temps la première fois.

En revanche, j'ai toujours eu beaucoup de plaisir à retourner dans ce pays dont on ne voit qu'une toute petite partie. Les gens sont d'abord facile. Ils ne vous font pas sentir la plus petite hostilité alors que la vie n'est pas facile et que la coexistence des bidonvilles et du centre spatial a quelque chose de difficilement supportable. Il est vrai que la situation change. Elle avait même commencé à changer il y a 20 ans . Les gens de mon âge racontaient qu'autrefois on ne fermait jamais sa porte. Aujourd'hui, les vols et les meurtres sont nombreux.

 Cela n'enlève rien au charme de ce pays qui tient, pour moi, tout au moins, au fait qu'il se présente tel qu'il est, sans fard et sans faux semblant. Le ciel est souvent couvert, la mer n'est pas bleue, mais jaunâtre des alluvions de ses grands fleuves. Il faut se protéger des moustiques et du paludisme. Mais il y a quelque chose d'honnête et d'authentique que je n'ai jamais ressenti sous les tropiques, aguicheurs mais aussi un peu traîtres comme une femme trop belle.

La Guyane demande votre participation, que vous vous engagiez, comme quand on a décidé d'être gai parce que le contraire n'est pas gentil pour les autres.

Sans doute Cayenne n'est pas la meilleure introduction à la Guyane. Sorti de sa place des Palmistes, de son café, et de quelques vestiges de l'époque coloniale, je n'en ai pas gardé grand souvenir. Il faut dire qu'il est difficile d'éviter de colorer la ville du souvenir du bagne.



Je ne suis d'ailleurs allé assez rarement à Cayenne, sauf pour les inévitables visites au préfet, jamais très agréables pour celui qui devaient endosser ses critiques acerbes visant les journalistes de la chaîne publique de radio et de télé.

L'hôtel, "le Grand Hôtel" comme il s'appelle toujours, est au bord de la mer. De l'aéroport on n'a pas besoin de passer par la ville, ni pour se rendre à la station. C'est un hôtel sans charme. Paradoxalement, j'ai toujours aimé son odeur d'humidité un peu écœurante. Quelque souvenir inconnu doit expliquer ce bizarre attrait, car je ne vois pas comment on peut trouver du plaisir dans cette senteur. Pour aller jusqu'à l'océan, on traverse un petit cordon de palmiers secoués par le vent. Lors d'un de mes séjours, il fallait faire attention pour ne pas marcher sur les innombrables crapauds qui grouillaient dans l'herbe.

L'océan n'est pas très ragoûtant, ce qui ne m'a pas empêché de me baigner, au moins au début. Par la suite, j'ai surtout fréquenté la piscine plus rassurante.



Les lumières sont souvent étonnantes. Il est vrai que le soleil change tout.



Je n'ai jamais vu personne sur cette plage, ni dans l'eau ni sur le sable.


Quand j'ai eu la direction de l'entreprise, je ne voyais de la Guyane que ce petit bout d'océan, le matin et le soir ainsi que la station,  avec de courtes sorties à la préfecture ou à Saint Laurent du Maroni, la 2ème ville du pays. C'était déjà un beau dédommagement aux peines du voyage et du travail.

Il y eut aussi 2 lancements de fusée qui sont l'occasion d'une sorte de fête mondaine pendant que les ingénieurs s'activent dans l'inquiétude.



Ce soir-là, le lancement ayant été retardé, j'étais venu admirer l'océan au lieu de siroter du champagne dans l'atmosphère surréaliste de cette "party" aussi incongrue que si elle s'était déroulée sur Mars.


 Quelques officiels ont fait de même. Au fond les îles du Salut.


Il me semblait évident alors qu'il aurait été inconvenant de profiter de ces voyages professionnels pour mon agrément personnel. J'avais vu trop de gens considérer l'outremer comme un moyen de gagner plus d'argent et de se balader. Sans parler d'autres plaisirs..

Avant cette période, lorsque je n'étais que le numéro 3 de l'entreprise, je ne me sentais pas obligé d'adopter cette attitude rigoriste et par 2 fois, je pris des congés, la mission de travail terminée. Ce fut particulièrement le cas en 1998 où je fis du tourisme pendant près d'une semaine. Pour aller, d'abord, aux îles du Salut, en souvenir du bagne et du capitaine Dreyfus.

Le départ avait été particulièrement laborieux. Et même inquiétant. Ce jour-là, il y avait affluence et le capitaine avait accepté plus de monde qu'il n'y était autorisé. L'embarquement avait duré très longtemps. Des marins circulaient parmi nous qui étions à bord pour compter et recompter les passagers. Ce n'était pas très rassurant. Quelques passagers préférèrent redescendre à terre de leur plein gré. Mais, devant l'impossibilité de faire redescendre tous ces touristes récalcitrants, le capitaine leva l'ancre. Peu après le bateau, surchargé, talonna sur un banc de sable et s'échoua. Le poids n'était pas le seul responsable. On était parti plus tard que prévu et la mer avait commencé à redescendre. On nous demanda de nous porter de l'autre côté du bateau et l'on lança les moteurs à plein régime. La manœuvre réussit et l'on oublia les requins et le risque de chavirage pour accoster une petite heure plus tard à l'île Royale. J'ai vu sur internet qu'on a remplacé ce quillard par des catamarans. Je comprends pourquoi.



L'île du Diable, où fut incarcéré le capitaine Dreyfus pendant 15 ans ( durée qu'on oublie,  tout à la joie de sa réhabilitation) est toute proche mais inaccessible. Il n'y a pas de débarcadère, la mer est toujours agitée et le courant très fort entre les 2 îles.



J'ai vu une fois, cette fois-ci ou une autre, tout un banc de marlins (c'est ce qu'on m'a dit, je serais bien incapable de reconnaître ces poissons) passer entre les 2 îles et l'eau semblait bouillir.

A une autre occasion, une réunion quelconque que j'ai oubliée, j'avais profité d'une pause pour piquer une tête dans l'eau calme du port de l'île. Puis, pour faire le malin et aussi parce que j'aime bien m'éloigner en nageant, je suis sorti de l'abri de la jetée dans un crawl tranquille. A chaque fois que je tournais la tête vers la droite pour respirer,, je voyais des gens du coin postés sur la digue me faire de grands gestes.



J'ai dû penser qu'il me saluait avec exubérance et je continuai. Finalement, étonné que la gesticulation se prolonge, je me suis arrêté pour écouter ce qu'on tentait de me dire. Je me suis fait copieusement enguirlandé. J'avais quitté la protection du port et les requins étaient fréquents. Je crois bien  avoir atteint ma vitesse maximale pour rentrer, honteux de m'être conduit comme un imbécile.



La maison d'un responsable du bagne. Lui aussi était derrière des grilles !
Je n'ai pas eu envie de photographier les ruines du bagne.

La petite église est toute rénovée.
On imagine que, croyants ou non, les bagnards y trouvaient sinon du réconfort, au moins une distraction. 



Autre virée à ne pas manquer, le village de Cacao, au sud de Cayenne. C'est là que les Hmongs se sont installés en 1977 après avoir quitté leur Laos natal.

Cacao est tout en bas au milieu de la carte



Toute l'agriculture vivrière dépend d'eux. Leur production est écoulée sur les marchés par des commerçantes noires. Une curieuse séparation ethnique des fonctions économiques.


Je n'ai pas réussi à retrouver les photos les plus spectaculaires que j'avais prises de ces dessins brodés où ils racontent leur histoire : la guerre, l'exil en Thaïlande puis en Guyane.

La vie heureuse d'avant.

 La fuite du fait de la guerre

Enfin, l'arrivée en occident symbolisé par la télé !

Au bas du village, l'atmosphère au bord de la rivière (les Guyanais utilisent le beau mot de "crique") est plus paisible. C'est même un endroit enchanteur.



Cette rivière est relativement étroite. Mais parfois, les criques sont bien plus impressionnantes.


Cette photo me rappelle une autre anecdote ridicule. Décidément la Guyane me mettait dans un état d'excitation joyeuse où je ne me contrôlais plus. Cette fois-ci, je promenais des journalistes métropolitains. Eux venaient se distraire et en échange écrivaient des articles généralement sympathiques. On traversait un fleuve plus large que celui-ci. Brusquement, obéissant à une impulsion soudaine, je me levai, me mettais en maillot  (j'espère que c'était un maillot) et je plongeai pour atteindre la rive opposée à la nage malgré les protestations de notre pilote. Je dois dire que j'ai été suivi peu après par une journaliste. Était-ce elle que j'avais voulu impressionner ? Je ne sais plus mais de toute façon, c'était raté.

 Au dessus de Cacao, commence  le plateau guyanais qui ondule à l'infini. C'est la même impression, de la même immensité inhumaine, que l'on a depuis le haut de la dune de Thagith à 800 km au sud d'Oran. Du  sable, du sable, des arbres, des arbres... Pas de route, pas de pistes, pas même de chemins mais des sentiers et surtout un réseau dense de rivières, de criques, pour se déplacer en pirogues.



J'ai mis cette photo personnelle car le contraste du citadin avec la "forêt vierge" m'a fait rire.

Le clou de ce séjour avait été une descente dans la forêt.jusqu'aux chutes Voltaire, non loin du camp militaire du même nom. De Cayenne, on prend d'abord la route côtière en direction de l'est. On voit des petites villes adorables, des boutiques colorées.

Une partie de la route côtière avec Iracoubo à droite.
La route qui remonte le Maroni s'arrête à Apatou, tout à gauche, en bas.
A Apatou, j'ai mangé du serpent et je ne sais plus quel mammifère bizarre.







A Iracoubo, il y a un monument aux morts spectaculaire, avec son enthousiasme excessif, qui rappelle qu'être français n'est pas toujours drôle.


Quand le glaive est là, le goupillon n'est jamais loin. L'intérieur de l'église est aussi dépaysant que la statue patriotique.


Le Christ est au plafond, d'où la curieuse perspective.

Sur le bord de la route, on aperçoit un village indien moderne où l'on a installé des tribus pour leur donner des conditions de vie plus décentes. J'espère que depuis on en a construit plein d'autres.





Les créoles se moquaient facilement des indiens qui cherchaient à profiter de la République sans en comprendre le fonctionnement. Ceux qui venaient de très loin, de la partie méridionale qui leur est réservée et est interdite aux touristes, venaient à Saint Georges (c'est là qu'on me l'a raconté) pour rencontrer l'ami Rémi (le RMI,  prédécesseur du RSA).

J'ai vu sur les bords du Maroni des cases neuves de ce type, mais aussi des bidonvilles peu reluisants.




Près de ces femmes qui lavent leur linge dans le fleuve, un atelier de fabrication de pirogues traditionnelles, dont certaines sont creusées directement dans un tronc d'arbre.




Ces pirogues à la proue élancée m'évoque Venise. Ce n'est pas la seule ressemblance à laquelle on pense  quand la nuit tombe (à 18 h, car ici les nuits et les jours ont décidé depuis longtemps de ne plus se faire la guerre. Ils sont d'égale durée tout au long de l'année).


A Saint Laurent, le Maroni est large comme la mer. Il y a plus de 2 km jusqu'à la rive du Suriname. On a vraiment une impression de bout du monde même si les habitants ne font guère de différence entre la rive droite et la rive gauche du fleuve, ce qui est d'ailleurs le problème permanent des douaniers, avec notamment, à l'époque, un trafic intense de produits pétroliers.

Je suis allé d'ailleurs dans un village indien du Suriname un peu en amont. Je n'ai pas pris de photo, sans doute par respect puisque j'étais doublement un intrus.

J'ai adoré ce fleuve, regrettant de n'avoir jamais eu le temps de le remonter jusqu'à Maripasoula, là où les rapides interdisent de poursuivre la remontée.

Quand on agrandit la photo non compressée, on peut lire son nom : Indochine.
Un peu troublant pour cette pirogue officielle comme en témoigne le drapeau. 
Deux des passagers  portent des gilets de sauvetage. Bien inhabituels sur le fleuve.


La photo n'est pas bonne mais elle donne une idée de la taille de certaines pirogues.

Pour aller à la chute Voltaire, il faut faire 80 km de piste, celle-là même que nos beaux militaires empruntent pour rejoindre leur camp d'entraînement, juste avant les chutes.

Tracé de la piste pour les chutes Voltaire, juste au dessous du camp du même nom.

La piste est magnifique et même si l'on ne fait que pointer le bout de l'orteil dans la forêt, on a l'impression de s'y être avancé jusqu'en son cœur. C'est l'avantage des pistes, mêmes bonnes, elle ralentisse la progression et dilate l'espace.


A un moment, notre cicérone et conducteur s'arrête brutalement. Il a vu un serpent traverser la piste. Et là, nouvelle bêtise de votre serviteur. Toujours ces impulsions irréfléchies que l'équateur semble susciter en moi. J'ouvre le coffre, prend la manivelle du cric et m'apprête à l'abattre sur le serpent immobile qui cherche à se faire oublier. Le vrai aventurier qui nous accompagne hurle contre le petit citadin inconscient. C'est un serpent corail, magnifique avec ses anneaux de couleur jaune, noir et rouge. Il est très venimeux, voire mortel mais peu dangereux. Il ne mord que si on lui cherche noise. Sera-ce la dernière leçon nécessaire ?

Il faut marcher quelques kilomètres. Le sentier est aménagé avec des troncs d'arbre pour servir de petits ponts sur les nombreux petits cours d'eau. On n'avance pas très vite car c'est glissant et boueux, mais toujours magnifique, avec une lumière tamisée par les feuilles et partout de l'eau translucide. On me montre sur une souche une toute petite grenouille rouge qu'on me conseille de laisser tranquille, car elle est venimeuse. La photo que j'ai prise est floue, allez savoir pourquoi.


Voici enfin la cascade avec ses airs de paradis terrestre. Il n'y a personne (on n'a d'ailleurs vu personne depuis notre départ. Même si le sentier est aménagé, même si le site reçoit des visites, on croit être le premier homme à voir le spectacle.




Au retour, on a fait une halte dans un carbet, ces cases en bois, ouvertes à plein vent. J'avais mal fixé mon hamac et le matin je me suis réveillé les fesses par terre. Aucun insecte n'en a profité.


Un oiseau bizarre se promenait dans le jardin.


Je n'ai pas pris beaucoup de photos d'animaux, dans une nature où pourtant ils foisonnent. Le soir, le tintamarre est assourdissant. Ils ne sont pas faciles d'approche et je n'avais qu'un petit appareil.  Et puis, soyons franc, ils ne sont pas toujours sympathiques, comme ces caïmans vus dans une réserve.


Leur soigneur leur balance des poulets entiers (plumés quand même). Certains font, parait-il, jusqu'à 5 m de long.




Ces perroquets sont plus rassurants.



Il me restait une grande joie à vivre. La découverte des tortues luth venues depuis l'Afrique pondre leurs œufs dans le sable des plages de Guyane. Elles arrivent complètement épuisées, montent péniblement sur le sable et se mettent à creuser un grand trou avec leurs pattes arrière avant d'y pondre leurs gros œufs blancs.




J'avais de nombreuses photos de ces différentes opérations mais je ne les retrouve pas. Peut-être ai-je voulu protéger la pudeur de ces dames que j'avais ennuyées avec mon flash. Car tout ceci se passe de nuit naturellement.

Le spectacle de ces monstres préhistoriques (450kg, parait-il) est fascinant. Du coup, je ne suis pas déçu de cette semaine en Guyane lors de la saison des pluies car c'est aussi la saison de la ponte des tortues luth. Des pluies, j'en ai vécues des prodigieuses à ne pas voir le bout du capot de la voiture, comme si le père éternel utilisait un seau plutôt qu'un arrosoir pour mouiller les humains.

Il me reste un regret toutefois, je n'ai pas assisté au moment le plus émouvant, la sortie des petites tortues qui filent rejoindre la mer. Mais pour ça, il faudrait y retourner.

J'ai manqué le faire pour me rendre à la convocation du tribunal car j'avais été mis en examen dans le cadre de ma responsabilité de "directeur de la publication". Un surveillant de la prison de Cayenne avait porté plainte parce que RFO Guyane avait diffusé un reportage où on le voyait tirer avec son arme depuis un mirador, lors d'une émeute ou une évasion, je ne me souviens plus. S'il s'était agi d'un direct, il n'y aurait pas eu de problème. Mais la scène avait été enregistré avant diffusion, permettant à la rédactrice en chef locale comme au président parisien de ne pas le diffuser. Or le surveillant avait subi, d'après lui, un préjudice. Il avait dû quitter la Guyane,pour rentrer en métropole, car il avait, disait-il, reçu des menaces.

Ce n'était pas la 1ère fois que j'étais mis en examen dans le cadre de mes fonctions. Cela arrive constamment aux patrons de presse pour des accusations de diffamation. Les condamnations sont rares car le droit de la presse est tortueux. Seule conséquence, je devais me rendre au tribunal de Nanterre où un juge d'instruction se contentait de me faire confirmer que j'étais bien le directeur de la publication en tant que président de la chaîne. Et cela s'arrêtait là, avec quelques frais d'avocat pris en charge par l'entreprise.

Cette fois-ci la chose semblait plus sérieuse. Je risquais une condamnation pénale personnelle sans que je puisse me dégager sur la société (seuls quelques  hommes politiques savent faire supporter le poids de leurs erreurs par leur parti). J'avais passé un moment fort désagréable avec une juge d'instruction de Nanterre qui ne semblait guère s'intéresser au fond de l'affaire mais me tenait des propos inacceptables : qu'est-ce que vous êtes allé faire dans cette entreprise, avec ces gens, alors que vous n'avez aucun contrôle réel sur leur travail, etc...

Les sous-entendus racistes mis de côté, j'étais d'accord avec elle au moins sur un point : dans mon cas, la législation était absurde. Comment contrôler, en temps réel, 9 stations réparties sur la planète avec des décalages horaires allant de 4 à 12 h ? J'avais déjà suffisamment d'occasions d'être réveillé en pleine nuit en période de crise, le systématiser était impossible sauf à découvrir comment ne jamais dormir.

Mais la loi, c'est la loi et, pour une fois, l'affaire suivit son cours. Elle continuait encore lorsque je quittais l'entreprise en juillet 2004. Une date de jugement fut fixé. J'obtins de pouvoir m'y faire représenter. Je n'en voulais pas à la Guyane ni aux Guyanais qui n'y étaient pour rien, mais je ne souhaitais pas payer un voyage pour, en plus, me faire condamner. Finalement, 6 mois plus tard, je fus mis hors de cause. J'ai oublié le motif, cela n'avait plus d'importance.

Et voilà pourquoi, malgré tout, je ne suis pas retourné dans ce beau et grand pays.

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