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vendredi 28 avril 2017

Journal de printemps

Près de Villeneuve d'Entraunes, le 8 avril 2017. au milieu de ce mois de printemps

20 mars.

Voici le jour de l'équinoxe, 1er jour du printemps dont je vais suivre l'éclosion pendant un mois.

La petite famille des passereaux se réveille. La nourriture est encore rare. Raison de plus pour marquer son territoire en prévision des futures agapes conjugales et familiales.

Les mésanges bleues sont les plus nombreuses. Elles continuent de fréquenter assidûment le chêne encore dénudé qui fait face à la table de jardin d'où je les observe en prenant mes repas ou en lisant (cf http://www.leschroniquesdemichelb.com/2016/12/aupres-de-mon-chene.html). Mais elles ne dédaignent pas d'autres perchoirs, plus inhabituels, afin de proclamer leur volonté hégémonique.


Dès qu'elle me voit la regarder, elle bondit, comme propulsé par un ressort. Telle est la dure loi du photographe. Je te vois et donc tu peux me voir te regarder. Et les oiseaux ont bien meilleure vue que moi.


Toutes aussi nombreuses mais plus discrètes, les mésanges charbonnières affectionnent le noyer de mes voisins. Aussi dénudé que le chêne. Le printemps n'a pas commencé, même s'il est officiellement déclaré.


Dans le mûrier, juste à côté se dissimule le roitelet huppé. les premières feuilles commencent à offrir un relatif abri pour ce minuscule oiseau particulièrement craintif, malgré sa crête de loubard ou de footballeur millionnaire.



De tous les oiseaux chanteurs de cette première journée de printemps, le pinson est incontestablement le plus mélodieux. Heureusement que tout à ses vocalises et à ses roucoulades, il oublie un temps le sentiment d'insécurité qui semble l'habiter de manière constante. 



Dans ce tableau bien banal (mais dont je ne me lasse pas), surgissent deux hôtes inattendus. Ils viennent s'agiter fébrilement juste devant la clôture, ce qui n'est pas très sympa pour la qualité de l'arrière-plan. Mais quel plaisir de voir enfin ces oiseaux venus d'Asie et qui ont colonisé les forêts françaises. On m'en avait parlé. Ils sont venus me rendre une courte visite fébrile. Je ne les ai jamais revus. Ils sont en effet discrets, contrairement aux perruches, autre espèce invasive, qui, heureusement, ne sont pas encore arrivés jusqu'ici. Ce sont des leiothrix, appelés parfois rossignols du Japon.


21 mars.

Je ne peux me livrer à mon plaisir d'innocent voyeur qu'en fin d'après-midi. La lumière n'est pas terrible. les oiseaux préfèrent, sans aucune considération pour le photographe, la pénombre protectrice de l'aube et du crépuscule. 

Brève apparition d'une sitelle torchepot à la tombée de la nuit. Elle fréquentait souvent mon chêne cet hiver. Je ne l'ai pas revu depuis. Pourtant, c'est un oiseau sédentaire. Mais elle doit avoir mieux à faire ailleurs.


En revanche, les mésanges bleues sont toujours aussi présentes. Elles viennent d'abord picorer les bourgeons qui commencent à apparaître. A se demander comment des feuilles pourront s'y développer, tant elles mettent d'entrain à les fouailler. 




Elles caquettent frénétiquement et manifestent une impatience qui leur en fait oublier le photographe et les lois de la pesanteur, tels des acrobates aux agrès.




Elles alternent dévorations frénétiques et chants de conquête.




Puis elles m'aperçoivent, me fixent un instant du regard et s'envolent brusquement. 


Il est naturellement impossible de les photographier s'envolant, si l'on appuie sur le déclencheur quand on voit le mouvement s'amorcer. Mon temps de réaction plus celui de l'appareil, et elles sont au loin. Parfois, j'ai de la chance et je déclenche juste au moment d'un départ que je n'avais pas prévu. Du coup, le cadrage est approximatif. Je devrais plutôt éviter de parler de cadrage. C'est la mésange qui a décidé de passer devant l'appareil sans que j'y sois pour grand chose.


Les mésanges charbonnières sont plus paisibles. Avec leur tête toute noire et leur ventre tout rond, on dirait quelque notaire heureux de montrer son embonpoint, les mains croisés derrière le dos pour bomber encore un peu plus une brioche qu'elle estime devoir faire envie.


Cela ne les empêchent pas de nous casser les oreilles avec leurs stridulations monotones qu’elles échangent avec quelque lointain congénère.


22 mars.

Je retrouve avec plaisir une fauvette à tête noire. Je ne profiterai pas longtemps de son oeil malicieux. Dommage. J'aime bien sa discrétion toujours légèrement apeurée, comme si elle s'excusait d'exister. La tension devient rapidement trop forte et la voilà partie.



Pendant tout l'hiver, j'ai bénéficié des modulations sophistiquées du rouge-gorge mais aujourd'hui c'est un chant d'adieu qu'il m'adresse. Je le vois pour la dernière fois, alors qu'il y en avait jusqu'à 4 cet hiver.  Ils se disputaient les quelques miettes que je leur jetais au pied des buissons où ils logeaient. Comment arriver à croire qu'ils vont voler sur des centaines, des milliers de kilomètres ? En ce 22 mars, qui rappelle à jamais pour ma génération le 22 mars 1968, je ne savais pas encore que c'était notre dernière rencontre. L'aurais-je su que j'aurais passé plus de temps à l'écouter. A l'année prochaine donc. Reviens !



23 mars.

Bercé toute la nuit par le bruit apaisant de la pluie, je me réveille dans la brume. On devine à peine les montagnes dans toute cette ouate duveteuse.




Le printemps, c'est aussi cette humidité qui dégouline de partout, sur les premières fleurs comme sur les arbres qui n'ont pas encore décidé de sortir de leur torpeur hivernale.



Ce n'est pas très sympa pour les oiseaux. Ils ont beau disposer du meilleur imperméable qui soit, ils font quand même grise mine. Ils vont même jusqu'à s'abriter, qui sous une branche, qui au couvert d'une haie.



Monsieur le merle se tient dans l'arbre , madame dans le buisson au dessous.







La merlette n'ira pas bien loin. Elle reviendra pour grappiller sa nourriture dans la pelouse. Car il faut continuer à prendre des forces pour la prochaine couvée...


... continuer de marquer son territoire...


... et surtout continuer à surveiller inlassablement les alentours. La pluie, c'est une rigolade, à côté des griffes des chats qui ne sont jamais très loin.




24 mars.

La pluie continue. Même les petits ruisseaux se prennent pour des torrents impétueux.



26 mars.

Le soleil est revenu. Au matin, une buée légère monte de la terre détrempée.



L'hiver n'a pas dit son dernier mot. Il veut montrer que lui aussi peut-être splendide. Les montagnes qu'on ne devinaient qu'avec peine, il y a 3 jours, s'affichent avec cette traquille assurance de celles qui se savent magnifiques.



Dans mon petit monde d'en bas, on est aussi magnifique. Et heureux de cette douce chaleur qui enveloppe chaque être de notre bonne vieille terre. Mon roitelet huppé me fait même l'honneur de rester un bon moment pratiquement immobile, alors qu'il est si sautillant d'habitude. Aussi je ne résiste pas à l'envie de vous en asséner plein de photos.


 Avec son bas de visage remonté vers une bouche méprisante, je lui vois une cruelle ressemblance avec une vieille ganache d'extrême droite




Premier indice que l'on est lancé dans la fabrication urgente d'un nid pour ses futurs petits, je vois un brin de mousse dans le bec de cette mésange (vous pouvez, vous le savez, agrandir l'image en cliquant dessus).



Mais il fait trop beau pour rester le derrière sur sa chaise. J'ai vu la veille, en rentrant des courses au village voisin, de curieuses vaches dans un pré qui jouxte la route. Je saute sur ma moto pour aller y voir de plus près.

Les prairies sont bien vertes et tenteraient n'importe quel bovidé mais c'est un bateau qui s'y est échoué. Les vaches seraient-elles parties vers des cieux moins étranges, juste au moment où je venais m'intéresser à elles ?



Je finis par trouver la petite troupe sous le couvert d'un bois de chênes. Il fait chaud et c'est l'heure de la sieste.



Elles sont 2, de la race des Highlands, à coté de 2 autres vaches noires et d'un petit veau . Lors de mon voyage d'il y a 2 ans en Ecosse, je n'en avais jamais rencontré, seulement des Angus, beaucoup moins spectaculaires avec leur tête sans corne. Celles-ci ont gardé quelque chose de l'auroch.


Celle-ci, qui me tournera toujours le dos, sans la moindre curiosité, s’avérera la plus jeune,
sous la coupe de la première.

C'est vraiment la grosse flemme. Elles n'ont même pas le courage de ruminer.



Elles cohabitent aussi avec des ânes qui ne cessent de se peloter et de se gratter l'un l'autre.


Je suis resté longtemps à admirer ces superbes animaux qui semblaient si bien ignorer la présence humaine, heureux de ce qu'ils sont et de ce qu'ils ont, sans attendre quoi que ce soit de l'homme, contrairement à la plupart des animaux dits domestiques. Je voulais qu'ils se lèvent pour pouvoir juger de leur taille et de leur sexe. Car leur allure préhistorique me les laissait imaginer taureaux plus que vaches Aussi étais-je content d'être séparés d'eux (ou d'elles) par une barrière électrique. Je m'aperçus plus tard que cette précaution était dérisoire quand je les vis piétiner allègement la clôture. Tant il est vrai que l'herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin.

Puis, mon premier highland étendit une patte avant, comme pour indiquer une importante décision à venir. Ensuite, il fallut bien encore un bon 1/4 d'heure pour qu'il se mit debout, me montrant sans équivoque avec son pis velu qu'il s'agissait bien d'une demoiselle. Ce sont des bêtes trapues, courtes sur pattes même.



Difficile d'accrocher leur regard derrière cette toison hirsute.



La grande affaire, au sortir de la sieste, c'est de se gratter de partout, en utilisant successivement plusieurs arbres, en s'arrangeant, parfois pour se gratter sur les 2 côtés à la fois.



Cette cérémonie, dont on comprend qu'elle soit indispensable avec une fourrure pareille, est si agréable que le regard en devient comme fou de bonheur.



Enfin, il est temps de se mettre au boulot, c'est à dire d'aller rejoindre les vaches noires qui n'ont pas eu besoin de toute cette gymnastique, pour faire ce qu'on attend d'elles, c'est à dire paître.



Entre-temps, le soir a commencé sa lente descente....


... et je suis content de retrouver mes petites mésanges. Après les aurochs, retour vers les descendants des dinosaures et fin de cette plongée dans le passé.


29 mars.

Ce matin, le choc d'avec la modernité est rude. Le chant des oiseaux est couvert  par un vrombissement sourd. Un avion apparaît au ras de la crête puis fait plusieurs passages au dessus de moi (et de mes petits passereaux) avant de repartir en direction de la mer.





La photo n'est pas inversée. Par un effet d'optique, l'avion semble monter en chandelle. Il en serait bien incapable.

Ce bombardier d'eau de la Sécurité civile est un Grumman SF2 Turbofirecat, construit en 1958 (il a donc près de 60ans !) et utilisé pendant plus de 20 ans par la Marine américaine. Puis, à la fin des des années 70, il est retiré du service et parqué dans le désert de l'Arizona avec des milliers d'autres avions. La firme canadienne Corsair le récupère avec quelques autres pour les transformer en bombardier d'eau. La France achète 20 de ces appareils à partir de 1982 parce qu'ils coûtent 8 fois moins cher qu'un Canadair neuf. Cet avion, le numéro 11, a été acquis en juin 1987 et ses nouveaux propriétaires le dotent de moteurs turbocompressés en 1998. Il est spécialisé dans la lutte contre les feux naissants et la surveillance. Contrairement au Canadair, il se ravitaille en eau ou en produits dispersants, à sa base (le pélicandrome). Il y fait le plein en 2 minutes.

J'ai recueilli toutes ces informations sur le site netpompiers grâce à l'immatriculation de l'avion. Je suis fasciné par la possibilité ainsi offerte d'individualiser avions et bateaux et parfois, comme on le verra ci-dessous, de reconstituer leur histoire. L'avion qui passe au dessus de nos têtes, le cargo qui vogue au large sont ainsi des individus que l'on peut suivre à la trace. Des sites d'accros renseignent les internautes intéressés et l'on sait que tel cargo aperçu dans un port français est en train d'emprunter le détroit de Malacca après une escale à Amsterdam ou ailleurs. J'avais découvert ce petit monde de passionnés à l'occasion d'une chronique sur le Havre :

(http://www.leschroniquesdemichelb.com/2014/11/le-havre-77-ans-plus-tard.html)

Quel rapport avec le printemps me direz-vous ? Tout simplement, c'est maintenant que les pilotes reprennent l'entrainement avant l'été des incendies de forêt. La région est idéale pour cela, montagneuse, peu habitée, avec une vallée bien dessinée. Le Trakker est passé plusieurs fois, diminuant son altitude à chaque passage. A d'autres occasions, j'ai vu des Canadair pratiquer le même circuit.

3 avril.


Cet Airbus 319 de la Swissair en provenance de Genève va atterrir à Nice. C'est un des plus vieux avions de la Compagnie (20 ans).

En rédigeant cette chronique, je prends conscience que je trouve sans doute le même plaisir à ce petit jeu du repérage des avions et des bateaux que mon père avec les trains. Il étudiait avec une extrême attention le Chaix, cet annuaire des trains que j'ai pratiqué aussi, toujours à l’affût d'un meilleur itinéraire, de correspondances plus faciles.  Je le soupçonne aussi de se livre à cet exercice par jeu, au delà de toute utilité. Un de ses triomphes, quand on était arrêté à un passage à niveau, consistait à nous stupéfier en nous disant : vous allez voir passer le Lyon - Bordeaux  qui va entrer en gare de Limoges à 17 h 30. Parfois,le train roulait suffisamment lentement pour qu'on puisse déchiffrer le panonceau fixé sur le flanc des wagons.  Sans bien comprendre ce qui l'intéressait dans ce modeste succès, on était de sa réussite.

4 avril.

J'entends très souvent crier les rapaces qui nichent au dessus de la falaise qui surplombe ma maison. Il est rare de les voir. Ce soir, la buse me fait ce plaisir. Un plaisir de courte durée car dès qu'ielle m'aperçoit, immobile, et la tête dressée dans sa direction, elle file derrière la crête.



La lune continue de s'arrondir. Bientôt la pleine lune.



8 avril.

Petite escapade dans la montagne. C'est un moyen facile de remonter le temps en prenant de l'altitude. Plus bas, le printemps bat son plein alors qu'ici il commence à peine.

 C'est le Var qui dégringole ainsi du Mercantour

Je redescends pour retrouver le vrai printemps. A Guillaumes, c'est jour de marché. Presque l'été.


La jolie niçoise printanière n'est  plus qu'une image sur une camionnette de socca.



A Péone, les arbres fruitiers sont en fleur


Mais plus haut, sur la route de Valberg, je constate, comme à chaque passage, la dégradation croissante de cette ferme abandonnée. Il n'y aura sans doute pas de nouveau printemps pour elle. 




10 avril.

Belle rencontre cette nuit, la Lune, enfin pleine et Jupiter, tout minuscule. Le monde à l'envers. 

Malheureusement, impossible de les voir vraiment ensemble. Si la Lune est correctement exposée, Jupiter disparaît. Cruel destin pour le roi des dieux.

Jupiter est tout en bas à droite, dans une éclaircie entre les nuages 


La même lune, correctement éxposée.

16 avril.

En une semaine, tout a changé. Tous les arbres, mêmes les chênes, se sont couverts de feuilles, des feuilles aux couleurs changeantes, d'une espèce à l'autre.



Un nouvel arrivant, dans notre petit univers, le chardonneret élégant.





Mais toute cette verdure présente un inconvénient pour le photographe. Il devient difficile de repérer les oiseaux. Même une fois qu'on les voit, il y a toujours une feuille qui vient brouiller l'image.






Un pinson 


Un avantage toutefois, en contrepartie. La lumière crée des effets intéressants en se diffusant au travers des feuilles.


Plus bas, le monde commence à s'animer aussi sur les lilas en fin de floraison.


Ce syrphe (je crois)  rend visite à grand porte-queue

Voici la première cétoine que je vois cette année. Dans peu de temps elles seront légion.
Les aléas de l'optique semblent l'avoir privée de son aile gauche.

Tout semble paisible et beau, tout frémit d'une vie joyeuse.mais le malheur n'est jamais loin. Il faut cohabiter avec la menace permanente de notre couple de buse. 



En fait, elle n'a pas d'intention agressive sur mon petit peuple. C'est elle qui est agressée et elle défend son territoire. J'ai vu foncer vers la falaise deux corbeaux, en formation serrée comme 2 chasseurs d'attaque, croassant à qui mieux mieux. L'attaque a été trop brutale pour que j'ai le temps de prendre mon appareil. Dommage, c'était vraiment spectaculaire car ils semblaient me foncer dessus.

La buse les a mis en déroute rapidement puis elle est retournée sur sa falaise. Les corbeaux sont repartis tout penauds, chacun de son côté, leur beau dispositif d'attaque complètement désorganisé.



18 avril.

Le temps semble immobile, l'instant suspendu, comme pétrifié par sa propre perfection.

Le paulownia est en fleurs.



On retrouve les mêmes personnages, toujours aussi beaux. Pourquoi ne pas les photographier, encore et encore. Est-ce qu'un paparazzi cesse de shooter une star, sous prétexte qu'il a fait des centaines de photos d'elle ?




Il s'apprête à partir 


Il est parti.

Il m'a vu, il va filer dans la seconde. 

Lui ne semble pas bien réveillé avec sa tignasse hirsute.

En fait, tout à changé. Finis les gentils gazouillis, les repas interminables. Enfin, pas tout à fait. Mais quelque chose de plus important prend le dessus sur toutes ces tâches, hélas nécessaires. Mais l'essentiel est ailleurs.




Le nouveau job, c'est la construction du nid. Une étape essentielle mais dangereuse. Si la merlette est habituée à descendre au sol pour y chercher sa nourriture, ce n'est pas le cas de la plupart des passereaux qui se savent en danger dès qu'ils quittent le couvert des arbres. Mais il le faut pourtant bien.


Alors, pour ces mésanges charbonnières, la solution, c'est de travailler ensemble, à deux. Pendant que madame ramasse mousses et brindilles, monsieur surveille. Un coup d’œil vers le haut pour s'assurer qu'aucun prédateur ne menace ; un coup d’œil en bas  pour vérifier qu'aucun chat ne se tapit dans l'ombre. Et entre les deux, un coup de gueule pour bien réaffirmer qu'on est ici chez soi.




Puis la lune se couche et bientôt tous vont aller se reposer aussi même si le nid est loin d'être terminé.



19 avril

Qui l'aurait imaginé ? Après la journée magnifique d'hier,  de la neige  est tombée dans la nuit au dessus, de 1000 m.


Mais le soleil est déjà revenu et la neige aura bientôt disparu.

Les arbres sont couverts de graines qui nous semblent appétissantes mais ces coquines de mésanges préfèrent le bourgeons. Je dois dire qu'elles ne les abîment pas. Les feuilles sont sorties depuis tout à fait normalement.




La fauvette semble toute timide....


....mais quand elle me regarde, je ne voudrais pas être un moucheron.



20 avril.

Le printemps est bien là ! les hirondelles sont de retour. Les hirondelles ou les martinets, je ne suis pas sûr de bien savoir les distinguer. Plusieurs fois par jour, elles viennent tournoyer au dessus de la rivière pour manger les petites bestioles délicieuses qui s'y trouvent.







21 avril.

Fait rarissime, un geai se pose près de la maison. Peut-être parce qu'il est chargé de brindilles et qu'il a besoin de faire une étape. Cela ne dure que le temps de la photo.



Autre surprise,le retour d'une mésange à longue queue que je n'avais pas vue depuis longtemps. Je l'accueille comme une vieille amie et lui réserve un bonne place sur mon blog.


Elle saisit une graine avec une élégance particulière.




Je continue de la complimenter, tout en la regardant droit dans les yeux.


On dirait que mes compliments la gênent. Elle semble se détourner, confuse, en me disant "Michel, vous exagérez, vous n'êtes qu'un vil flatteur"


Notre duo est interrompu par un discret vrombissement. un petit monomoteur passe dans le ciel. La photo prise, je bondis sur mon ordinateur pour l'identifier.


C'est un Socata Rallye 180T de 180 chevaux, un appareil très répandu dans les aéro-clubs, modèle Galérien, c'est à dire équipé pour tracter les planeurs. Il date de mai 1978. Basé à Grenoble, appartenant à l'aéro-club de Valberg, il est maintenant basé à Cannes-Mandelieu et appartient à l'aéro-club d'Antibes. 168 € de l'heure en solo, 203 € avec instructeur.

On peut tout savoir ! Y compris l'accident qu'il a eu le 27 février 2005, en ratant son décollage à cause de la neige. L'avion avait décollé de Cannes-Mandelieu avec un pilote et un instructeur pour effectuer des reconnaissances de plusieurs altiports. Au dessus de celui de Valberg (on est en plein hiver), le moteur a des ratés. L'instructeur  prend les commandes et décide de se poser.  Avant de redécoller, il "effectue, à pied, une reconnaissance de la piste sur environ cent cinquante mètres. Celle-ci est en grande partie recouverte de neige. Il remarque cependant que la partie gauche est moins contaminée et décide de décoller sur cette bande. Au cours de la première partie du roulement au décollage, l’avion accélère normalement. L’instructeur précise qu’il « soulage le train » avant vers 60 km/h. Alors que l’avion aborde une portion enneigée, il ressent un effet de freinage important. Il décide alors d’interrompre le décollage. Il plaque au sol le train avant qui se brise. L'avion s'arrête à une centaine de mètres de l’extrémité de la piste." www.bea.aero

Comme c'est un peu frustrant de ne voir que le dessous de  l'avion, voici une photo de club :

Photo Tagazous.free.fr

A partir de là, je me suis lancé dans plein de recherches sur les avions Morane-Saulnier (devenus Socata), sur Morane le pilote, sur Roland-Garros pilote sur Morane-Saulnier. Plusieurs records d'altitude, et surtout la 1ère traversée de la Méditerranée en septembre 1913, entre Fréjus et Bizerte. J'ai été particulièrement ému par son destin malheureux lors de la Première Guerre. 

Il met au point en 1915 le 1er chasseur armé d'une mitrailleuse qui tire dans le champ de l'hélice (l'hélice reçoit des pièces de blindage qui dévie les balles ! on inventera plus tard la synchronisation de l'hélice et de la cadence de tir). Il remporte 3 victoires début avril, est fait prisonnier fin avril. Réussi à s'évader en 1917 (il sera un des modèles de la Grande Illusion). Se bat pour redevenir pilote, remporte une 4ème victoire le 2 octobre 1918, est abattu le 5, un mois avant la fin de la guerre, à 30 ans.

Mais, au fait, voici un mois que je suis l'avènement du printemps.Il est temps de m'arrêter. Lui se poursuit avec ses alternances de soleil et de pluie. Toutes les feuilles sont sorties. Elles gardent cette couleur vert tendre qu'elles perdront peu à peu en s'homogénéisant. Mon petit monde continue sa vie éternellement recommencée. les nids vont bientôt se peupler, sous le couvert d'ombrages difficilement pénétrables pour le photographe amateur.

Il me suffit de savoir que désormais la vie se perpétue non loin de moi, dans ce cadre immuable. Tout en haut la lune et les planètes, puis les avions de tailles  diverses, les rapaces, enfin les passereaux et tout en bas, les humains qui ne volent, trop peu souvent, que dans leurs rêves.

2 commentaires:

  1. Bonjour Michel,

    Encore une fois vous nous régalez !! pas l'estomac (quoique vous puissiez être très bon cuisinier) mais plutôt l'âme !!!
    Savez vous si la ferme abandonnée est à vendre ? je l'achèterais peut être pour me faire un pied à terre !!!
    En tout cas me permettez vous de mettre un lien sur votre blog sur le site que je suis en train de me construire ..
    Cordialement

    Votre dévouée

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  2. Ces envols, ces repos, ces regards … tout cela est bien rafraîchissant dans ces temps où l'esprit est ailleurs, disséminé dans les ondes médiatiques, perdu dans les conjectures, englué dans les dystopies…

    Me reviennent ces quatre vers de Paul Vincensini :

    "Poings fermés sur le fil
    Qui relie l'oiseau à son cœur
    D'un point du ciel
    Aux racines de l'arbre"

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