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mercredi 6 septembre 2017

Les volets clos de Manosque ou la Disparition des Lucioles

En 2014, la collection Lambert dût quitter son musée avignonnais. Il devait être rénové. Une partie de la collection fut alors exposée, sous le titre emprunté à Pasolini de "La disparition des lucioles" dans l’ancienne prison Saint Anne d'Avignon, désaffectée depuis plus de 10 ans. Je ne suis pas un fanatique d'art contemporain. Le concept, l'idée, y prend trop le pas sur l'esthétique de la représentation, au point qu'à mes yeux, l'art contemporain est, dans son ensemble, un art conceptuel qui a besoin du discours pour exister. Mais cette opinion n'a guère d'intérêt, j’en conviens. 

D'ailleurs j'avais été touché par cette exposition. Le cadre, une prison où tant d'hommes avaient souffert, y était pour quelque chose, sans doute. Ainsi que le relatif silence qui y régnait : le musée de mon cœur, c'est un musée de province, un dimanche matin, quand on n'entend que le craquement du plancher sous ses pas. Il est alors, comme l'église,  le lieu d'une rêverie plus ou moins attentive, un ersatz de méditation qui me convient parfaitement. Ce jour-là d'août 2014, la prison ressemblait à ce lieu de recueillement.

J'ai repensé à cette exposition en déambulant dans les ruelles de Manosque, attentif aux détails plus qu'aux perspectives générales. Qu'est-ce qui est intentionnel ou simplement  la marque du temps qui passe, qu'est-ce qui est oeuvre créatrice humaine ou simple hasard ? 

En revoyant ces photos d'il y a tout juste 3 ans, je me pose ces mêmes questions. Il est parfois difficile de distinguer l'oeuvre de son cadre contingent. Où s'arrête-t-elle, où commence le mur ? Ce dessin est-il le fait d'un prisonnier ou d'un artiste renommé ?  Cette vue, cet empilement de perspectives colorées, me semble trop belle pour ne pas résulter d'un souci esthétique et pourtant ce n'est qu'un panneau d'affichage, depuis longtemps inutile, etc...

Il est évident que les commissaires de l'exposition ont joué sur ces ambivalences, au point, parfois, de tromper le spectateur. Restent les petites affichettes pour dissiper le doute. Et encore, ce n'est pas toujours évident. 

En un mot, est-ce Manosque qui est oeuvre d'art, bien malgré elle,  ou la collection Lambert dans son écrin d'un an à la prison Sainte Anne ? 

Voici quelques-unes de ces photos, pèle-mêle, œuvres d'artistes, décor, graffitis, dessins de prisonniers, signalétique utilitaire... A chacun de faire son choix et son tri.












La caméra est de pierre. A ranger dans la catégorie "oeuvre". 






"Sorry, we are dead" 











Fin de la visite
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