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lundi 18 septembre 2017

Une journée parmi tant d'autres


Une journée qui commence bien.

Par la fenêtre ouverte de ma salle de bains, j'entends le pépiement d'un oiseau tout proche. C'est une fauvette qui vient grignoter les baies noires d'un sureau. Elle m'a vu naturellement avant moi mais un homme qui se rase ne lui semble pas inquiétant.


Elle quitte même l'abri des feuilles, sans la moindre inquiétude devant l'appareil photo qui se tourne vers elle. Elle s'approche au lieu de s'envoler alors qu'elle a cessé de manger. Un coup d’œil de vérification vers moi, et elle reprend son pépiement. 




Puis elle quitte le sureau pour se poser, juste à côté, sur un érable qui a poussé tout seul dans ce coin d'ombre où le soleil ne vient qu'un court moment le matin. Mais c'est justement le matin !


J'ai beaucoup de chance : le hasard a voulu que je déclenche au moment où elle saute d'une branche à une autre, sans même ouvrir ses ailles pour ralentir sa chute, toutes serres dehors.



La ballade.

Mon objectif n'est pas très loin. 30 kms à vol de fauvette mais plus de 70 kms par la route. Je décide malgré tout de prendre le chemin des écoliers en choisissant une petite route jamais empruntée, de Villars du Var à Tournefort en passant par Massoins. Je suis content d'être en moto car la route est par moments très étroite.

Avant d'arriver à Massoins, voici la chapelle Saint Sébastien tout juste restaurée.Elle domine la route sur son tertre étroit. Elle aurait été construite à la fin du XVème ou au début du XVIème pour conjurer l'arrivée de la peste depuis Villars.


L'intérieur est délicieusement kitsch avec ses statuettes saint-sulpiciennes et son tableau représentant saint Sébastien et saint Roch.



Il fait bon sous son porche. A défaut de protéger de la peste, la chapelle devait être utile lors des orages.


De là, jolie vue sur Massoins qui s'étire sur la mince arête de sa colline.


Massoins vu depuis une autre chapelle qui domine le village.
Au fond le mont Falourde (1306 m)

Le village a gardé quelques vieilles maisons avec même quelques voûtes d'ogive. 



Un escalier impressionnant. 

L'occasion d'un discret selfy à la mode des maladroits de mon âge.
(la porte est datée de 1830)
Mais ce qui m'a le plus touché, ce ne sont les vieilles pierres mais l'atmosphère joyeuse qui régnait sur la petite place du nouveau village, où l'on trouve, en bordure de route, la mairie, une auberge et un café. Le terrain de boules est délaissé en cette heure d'apéro du samedi midi. On se retrouve bruyamment là avant de rejoindre, chacun de son côté, sa salle à manger personnelle.




Avant même d'entrer dans le village, on est mis en joie par ce beau mur de pierre et son escalier acrobatique. En haut de sa montée périlleuse, un plaisantin a décoré d'un chapeau un tronc d'arbre abattu. Un épouvantail original 



Le village suivant est bien moins sympathique. Tournefort s'est reconstruit sur le plat relatif du bord de route, abandonnant le vieux village en ruine.Seule subsiste l'église et le cimetière qui la jouxte. Tout un programme.






Dans le cimetière de l'église Saint Jacques de Valdeblore, c'est la mémoire d'un jeune pécheur qu'une plaque rappelle.



Tournefort domine la confluence du Var et de la Tinée. De là, on découvre la vallée de la Tinée et le Mercantour. On en oublie combien ses maisons sont moches.

Je n'ai pas beaucoup avancé : voici toujours le mont Falourde qui domine les 2 villages.

Vue vers le nord, l'enfilade de la vallée de la Tinée, avec ses villages à mi-pente.
Au premier plan, une rare maison correcte de Tournefort.
Au 2ème plan, le village de Clans.
Si vous cliquez sur l'image pour l'agrandir, vous verrez au centre, une tache claie : le fort de Rimplas
et son village un peu à droite.

Voici enfin la vallée de Valdeblore. Le but de ma ballade.


L'objectif : l'église Sainte Croix de Saint Dalmas Valdeblore.

Depuis que j'ai entendu parlé de Nithard, ce petit-fils de Charlemagne par sa fille Berthe (ce n'est pas Berthe aux grands pieds qui fut la mère de l'empereur), je suis en pleine régression carolingienne. Je ne cesse d'ennuyer tout le monde avec cette histoire qui me ravit : pour s'assurer que le serment qu'ils prononceraient ne serait pas altéré par une traduction toujours approximative (et qui crée cette zone grise qu'exploitent les diplomates), il eut l'idée de faire parler chacun dans la langue de l'autre, Charles le Chauve en allemand et Louis le Germanique en français. Quelle idée lumineuse jaillie en 842 !).

Une des rares églises carolingiennes de France était ouverte en ce week-end des Journées du Patrimoine, l'église de l'Invention de la vraie Croix à Saint Dalmas Valdeblore, d'où la ballade. 

Le village de Saint Dalmas Valdeblore. 
A droite, le Baus de la Frema (2246)

L'église ne se voit qu'au dernier moment quand on vient comme moi de la Tinée.



De l'extérieur, on dirait une banale église romane de la région, avec ses bandes lombardes sur le chevet.




En fait le clocher a été reconstruit au XVIème, l'élégant porche date du XVIIIème.


A l'intérieur, la structure romane contraste avec le décor baroque qui me plonge toujours dans un mélange de perplexité et d'amusement. Comment associer la religion des Évangiles avec ce luxe ostentatoire ?




Curieux tableau dont la signification m'échappe avec cette femme tournée vers nous,
indifférente au feu de l'enfer;

La chaire qui doit dater du XIXème, porte, elle, à une hilarité franche.


Au centre un beau retable du XVIème.




Le retable du XVIème raconte le martyre de saint Dalmas, ce Dalmatien qui aurait évangélisé la région et aurait péri en 250. "Ancien légionnaire romain, né en Dalmatie (d’où son nom), Dalmas aurait parcouru la région de Cuneo et de Pedona et de là serait venu évangéliser la Haute Tinée, le Val de Blore, les vallées de la Stura et du Gesso. Revenant à Pedona, il repassa le col de Fenestre et fut arrêté par des brigands qui le décapitèrent au bord du Gesso. Il prit sa tête entre ses mains, traversa la rivière et expira sur l’autre rive. Les brigands, stupéfaits, placèrent le cadavre sur un chariot traîné par deux génisses et s’enfuirent. Les rochers et les arbres s’écartaient pour laisser passer le char ; les génisses s’arrêtèrent à l’entrée du bourg de Pedona, les chrétiens prirent le corps, l’ensevelirent et élevèrent à cet endroit une église qui fut englobée plus tard dans le monastère bénédictin de Saint-Dalmas de Pedona”. L'implantation du christianisme dans les Alpes maritimes par Monseigneur Denis Ghiraldi.

En fait, les Saint Dalmas de la région tirent leur nom de l'abbaye San Dalmazzo de Pedona, juste de l'autre côté de la frontière. Ce sont des Bénédictins de ce lieu qui vinrent fonder le Saint Dalmas du Val de Blore au IXème siècle, sur la route qui passait du Piémont en France par les cols, particulièrement celui de la Fenestre que fréquentent des milliers de touristes (qui ignorent sans doute aussi que c'est par ce col qu'un millier de juifs, guidés par des soldats italiens, tentèrent d'échapper aux Allemands à l'automne 1942).

De chaque côté de l'autel on aperçoit l'entrée des cryptes.


Seule la crypte centrale est d'époque carolingienne.




Les 2 cryptes latérales sont un peu plus récentes.



Il n'est pas facile de s'arracher à ce lieu mystérieux. Mystérieux car il nous rappelle qu'après la magnificence solaire de l'Antiquité romaine, dont il reste tant de traces dans cette région, y compris dans les murs des églises, on peut chuter dans l'obscurité des cryptes souterraines.

Le détour.

Je n'ai pas envie de reprendre le même chemin. Retour donc par la vallée de la Véubie, avec cette belle descente sur Saint Martin-Vésubie.


Le temps n'est pas très engageant sur les montagnes du Mercantour. Me vient pourtant l'envie de faire un saut à la Madone de la Fenestre, vers cette autre abbaye ancienne (dont il ne reste rien d'époque) pour essayer d'apercevoir quelques chamois. Je ne suis pas parti à leur recherche depuis plus d'un an. On est samedi et le lieu est très fréquenté. Mais il est tard, l'heure où les animaux sauvages reprennent progressivement possession des lieux. La lumière ne sera pas très bonne mais peu importe.

Sur le chemin de saint Dalmas ! 

Je n'ai pas eu à monter longtemps. Juste avant l'embranchement entre les chemins du Pas des Ladres et du Lac de Fenestre, je suis repéré par une mère et son fils de l'année (ses cornes sortent tout juste)




Tous les deux ont la même grâce de comportement et d'attitude. J'ai pris des centaines de photos de chamois et je ne me lasse pas de les admirer.



Je suis incapable à cet âge-là de distinguer mâle et femelle,
mais je jurerais que c'est une jolie femelle perchée sur ses hauts sabots et à peine posée sur le sol.

Je reconnais les avoir un peu embêtés, tant j'étais excité de les revoir. Je n'ai pas de circonstances atténuantes car je sais que ce n'est pas bien. Ils n'ont pas de temps à perdre pour se préparer à l'hiver.







Finalement je les laisse tranquilles. Le temps se gâtait de plus en plus en altitude. Inutile de monter plus haut. Je m'assis entre quelques gros blocs et j'attendis. Ce ne fut pas long. Au bout d'un moment, quelques silhouettes se détachent sur la crête au dessus de moi. Il n'y a plus qu'à attendre.



Voici une mère qui tournant la crête, vient me reluquer.




Puis, c'est son petit et enfin toute une troupe qui descend vers moi. Que des mères et des jeunes, aucun mâle. Ils n'ont pas encore rejoint la troupe des mères et des jeunes pour faire advenir la nouvelle génération. 


Au total, ce sont 8 individus qui descendent vers moi sans la moindre inquiétude. Juste un peu d'attention car, on ne sait jamais...



 Les jeunes peuvent jouer ensemble, pour courir ou brouter entre copains.




Une mère les rattrape.



Le petit semble voler au dessus des touffes d'herbe et de rhododendron.











Tous sont descendus dans le vallon irrigué par un ruisseau. L'herbe est haute et bien juteuse alors qu'alentour elle est toute desséchée. Je n'ai jamais vu des chamois manger avec une telle boulimie. D'habitude on les voit préférer les touffes rêches, les lichens. Là, ils s'en mettent plein la gueule.

video



Quand elle se tourne vers moi, elle en a encore plein la gueule.


Tous les petits ne sont pas attirés par leurs congénères. Celui veut rester à proximité de sa mère, même s'il se donne l'impression de partir en exploration solitaire.



Il appelle sa mère...


...elle me jette un coup d’œil pour vérifier que je ne représente pas un danger...


...et elle le rejoint


...puis tous deux filent vers le ruisseau...



...il a l'air épuisé...


....mais ça valait le coup. L'herbe est encore plus formidable. La mère en ferme les yeux de plaisir.


Mais il est 18 h 30 passés. J'ai encore 2 h de redescente et de route. Le ciel s'est dégagé. J'en profite.

Dans l'ombre, l'église de la Madone de Fenestre.

1 commentaire:

  1. toujours de très belles photos ainsi que des commentaires vraiment sympa. Merci de nous faire partager tous ces moments merveilleux de mère nature.

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