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dimanche 5 août 2018

Un château en Bohême



J'avais arrêté ma lecture de l’Histoire de ma vie de Casanova depuis plusieurs années, sans l'avoir terminée. Il y a quelques mois, je repris la lecture du 3ème et dernier  tome des Mémoires intégrales publiées dans la collection Bouquins. Pourquoi cette année ? On va sourire de moi, mais il me semble, rétrospectivement, qu'il y avait 2 raisons. En 2018, on allait fêter, j'allais fêter, les 220 ans de sa mort et ceux qui me connaissent savent ma superstition des chiffres qui comprennent le nombre 22 ; de plus, Casanova est mort à 73 ans et j'ai, pour un mois encore, 73 ans.

En parfait agnostique, féru d'occultisme dont il se servait pour abuser les crédules de son temps, Casanova parle toujours avec une ironie distanciée de ses superstitions auxquelles il attache de l'importance sans les créditer de la moindre efficace. Si je puis le dire sans forfanterie, je partage ce sentiment que la raison est impuissante à nous délivrer de la superstition, tout au plus peut-elle nous rendre lucide sur nos faiblesses sans arriver à les extirper. J'aime beaucoup cette humilité que l'on se doit d'adopter vis à vis de l'animal prétentieux que l'on est.

C'est d'ailleurs cette ironie vis à vis de soi-même qui m'a frappé le plus à la reprise de cette lecture. Il se moque souvent de lui-même, de ses échecs notamment à l'égard des femmes (depuis cette "vieille" qui se substitue à la jeune convoitée et qui lui offre sa plus intense nuit d'amour jusqu'à la jeune juive qu'il n'ose toucher tant elle lui semble sage et qui se révèle une catin). C'est d'ailleurs cet humour vrai (et non cet humour de pacotille qui consiste "à se moquer de soi dans les petites choses pour se glorifier dans les grandes") que j'ai retrouvé dans son "Histoire de ma fuite des prisons de la République de Venise qu'on appelle les Plombs", son premier ouvrage autobiographique écrit à Dux (j'ai appris depuis que ce qui l'a poussé à l'écrire n'était pas tant la lassitude de raconter cette histoire qu'on lui réclamait toujours, que le renouvellement en 1785 de son exploit par le comte Galeano Lechi ; ce dernier décéda en 1797, et pendant un an Casanova retrouvera son statut de seul évadé vivant de la célèbre prison).

Exemplaire de l'édition originale exposée dans la chambre de Casanova

Malheureusement, l'Histoire de ma vie se termine en 1776, au moment où il va vivre "le moment le plus heureux de sa vie", son retour à Venise (où il accumulera les désillusions, comme il se doit d'un moment si longtemps désiré). J'ai donc recherché tous les écrits qui pouvaient me permettre de combler cette lacune. Chaque fois on me renvoyait au château de Dux en Bohême, dont on ne disait rien de plus que cette localisation vague. Même Philippe Sollers qui fit le pèlerinage en juin 1998, pour le bicentenaire de sa mort, ne décrit pas beaucoup plus son voyage accompli depuis Prague en passant par Terezin.

J'ajoute d'ailleurs que dans ma douce folie inconsciente, je voulais être à Dux le jour même de l'anniversaire, mais mes souvenirs me trompèrent et c'est sur place que je m'aperçus que j'avais un mois de retard sur le 4 juin.

Peu importent les dates et les raisons, il reste que l'expression "château en Bohême" fait rêver. Je ne mets pas derrière ces mots la chanson d'Aznavour ou les Tziganes (nombreux dans les villes déshéritées comme à Terezin ou Duchkov). Le mot de Bohême m'évoque plutôt quelque Moyen-Age mythifié et une Europe centrale mystérieuse. Rien à voir avec ce que j'allais découvrir.

D'abord, mon voyage ne s'est pas déroulé  à la meilleure période pour tenter de retrouver les humeurs de Casanova : il a fait un temps de rêve, sans nuages et avec une douce température de 23 / 24]°, bien loin des longs hivers gelés de la Bohême. L'idéal pour un voyage à moto. A un moment de ses Mémoires, il remet à plus tard un récit, la description qu'on lui a faite de Frédéric II : "Je ne sais en ce moment quelle paresse me stimule. Je vieillis, ou j'ai vieilli, je le sens. Peut-être dans un autre moment, quand le palais de Dux sera moins chargé de brouillards, quand mon esprit sera réveillé par quelques rayons d'un soleil vivifiant, peut-être dis-je, confierai-je tout cela au papier".

Heureusement pour moi, le soleil était vivifiant. Car il fallait de l'optimisme pour traverser ces villages des Sudètes encore à moitié déserts et délabrés et surtout pour apercevoir, où que le regard ses porte, ces usines plus ou moins vétustes qui parsèment la campagne.

Cette campagne est superbe avec ces forêts qui couvrent les sommets arrondis des monts de Bohême d'où le vue est magnifique, avec ces près bien verts, ces moissons bientôt mûres,tout ce qui fait une nature policée par l'homme mais pleine d'une vie qui lui est propre et nous échappe à jamais.





Contrairement aux régions industrielles que je connais, dans le nord ou l'est de la France, les usines sont jetées comme au hasard dans le paysage, si l'on excepte quelques concentrations autour des principales villes. J'ai trouvé bien sûr du pittoresque au spectacle de ces exploitations minières à ciel ouvert abandonnées, avec leurs machines monstrueuses comme des insectes de science-fiction. Mais les fumées plus ou moins toxiques sont moins plaisantes. Le matin, en sortant de mon hôtel de Chomutov, je sentais l'âcre odeur des usines chimiques pourtant éloignées de plusieurs kilomètres. J'en voyais la crasse stagnante au pied des montagnes, dans cette vallée de l'Ohre qui traverse toute la Bohême du nord, d'ouest en est. J'ai lu que la pollution aérienne de cette vallée est une des plus fortes d'Europe.







Duchkov (le nom tchèque de l'ancienne Dux) , n'échappe pas à cette règle. Plusieurs usines de de tailles diverses enserrent la ville.


On devine les toits du château et les tours de  l'église paroissiale.

L'entrée dans la ville de Duchkov est tout aussi décevante avec ses nombreuses maisons abandonnées; ses rues désertes et la nostalgie de son riche passé industriel aujourd'hui disparu.

Dans la rue Casanova, le long du château.
Une plaque sur la 1ère maison : c'est la maison de naissance du chanteur et compositeur tchèque Frantisek Xaver  Parc, protégé du comte Waldstein et que Casanova  a sans doute entendu jouer.






Du temps de la présences des Allemands des Sudètes, ce devait être une ville propspère, si l'on en juge par sa décoration lourdingue.





J'ai retrouvé un article de Libé vieux de 15 ans qui décrivait une ville quasiment en ruine; squatée par des Tziganes. Depuis, la rénovation est en cours et de nombreuses maisons sont à vendre après restauration. Mais, comme dans les villages des Sudètes, le costume semble trop grand pour les habitants d'aujourd'hui.



 Quant au style, il paraît parfois un peu outrancier.





Cette villa ressemble étrangement à celles construites par les Allemands à Metz
au début des années 1900, en face de l'immeuble que mon grand père avait acheté en 1919. 


Une maison plus modeste : une famille tchèque ?

En périphérie j'ai trouvé ce bizarre parking (dont on ne voit qu'une partie) qui juxtapose des dizaines de garages individuels. Ce n'est pas la 1ère fois, lors de ce voyage, que je suis confronté à cette énigma.  Une survivance de l'époque communiste ?


Heureusement il y a toujours quelqu'un qui cherche à se distinguer

Autre souvenir de cette époque, le fronton de ce bâtiment désormais occupé par une école des travaux publics.



Mais voici qu'apparaît le château au détour d'une rue : c'est la seconde surprise que me réservait Duchkov,  le château est en pleine ville. Les images que l'on trouve sur internet sont prises de la façade nord du château, celle qui donne sur le parc. Je l'imaginais en pleine nature, comme c'est généralement le cas en France pour les châteaux de cette époque. En fait, le château est en pleine ville, ainsi qu'il en est souvent en Tchéquie. Quand Casanova voulait déposer une plainte contre ses souffre-douleurs, il n'avait que quelques mètres à faire et non prendre une voiture comme je l'imaginais, tant il nous donne à penser que cette démarche était pénible.


On arrive alors sur une place tchèque classique, un rectangle entouré de maisons, l'église paroissiale a un bout, une colonne de peste au milieu. Et le château de Dux.

C'est là, selon l'expression même de Casanova que va se dérouler le dernier de sa vie (13 ans) comme il le dit lors du récit de la conquête ratée de la perfide Charpillon à Londres (encore une conquête ratée dont il avoue qu'elle a manqué le pousser au suicide tant il avait peur de devenir fou :

"Je confesse ici, en toute humilité, la métamorphose que l'amour opéra sur moi à Londres à l'âge de trente-huit ans. Ce fut la clôture du 1er acte de ma vie. Celle du second se fit à mon départ de Venise en 1783, et celle du troisième arrivera apparemment ici, où je m'amuse à écrire ces Mémoires. Alors sera finie ma comédie en 3 actes, et si on la siffle, comme cela peut arriver, j'espère ne pas l'entendre, et c'est une satisfaction que plus d'un auteur devrait se réserver comme moi".Soit 38, 20 et 13 pour les 3 actes.





Vue depuis la grille du château 

Cette colonne ne célèbre pas la fin d'une épidémie mais quelque événement heureux (une victoire ?)
Seul le soubassement rappelle les affres de l'Enfer en plus de la promesse du Paradis




Une différence toutefois avec d'autres lieux : le seul café de la place s'appelle Casanova.



Normalement, Casanova ne fréquentait pas l'église paroissiale. Le comte lui avait donné l'autorisation de se rendre à l'oratoire du château. Malheureusement, en l'absence du comte, les coquins qui le tourmentent en ne respectant pas le gentilhomme qu'il estime être devenu, venaient l'y déranger, comme s'ils pouvaient prétendre au même statut que lui.

Il écrit au coquin en chef, l'intendant Faulkircher, comme il l'appelle pour se moquer, et non Feldkirchener :"Il y a au château de Dux un oratoire où il n'est permis qu'au comte, à sa famille, à ses officiers et aux officiers de la garnison d'aller entendre l'office divin. C'est là que je vais entendre la messe, parce que le comte m'a dit que c'était ma place, et vous y allez pour la même raison. Viderol s'y étant introduit, il y a deux ans, je le dis au comte, et défense lui fut faite d'y entrer à nouveau. Malgré cette défense, il y a dix mois que je l'y ai retrouvé avec votre Caroline, qui, lorsqu'elle s'avise d'y penser, se reconnait pour luthérienne. En voyant ce couple, je retournai sur mes pas et j'allais faire mes devoirs religieux à l'église paroissiale au milieu de mes frères les paysans catholiques et honnêtes gens". Lettre VII à Feldkirchener.

L'église a brûlé en 1945, lorsque les partisans tchèques y mirent le feu pour chasser les derniers soldats allemands. Elle n'a pas été restaurée.


L'église à la fin du XIXème. Photographie exposée dans le château

C'est cette église que Casanova voyait de sa fenêtre. Il n'avait pas dû trop marcher ! mais c'était une question de dignité que l'on se doit.

 L'église vue depuis sa chambre à coucher.

Casanova n'habite pas la partie principale du château, fermée par une grille que l'on aperçoit dans la vue ci-dessous prise de la même fenêtre (le double vitrage n'est naturellement pas du XVIIIème.


Voici l'aile où logeait Casanova, au 1er étage, avec 3 fenêtres sur la cour.

Il y avait donc 2 cours fermées par des grilles, la première sur la rue, la deuxième en retrait, ouvrant sur le corps central réservé au comte. 

L'aile de Casanova est masquée par la colonne de peste.

La seconde grille est ornée de statues, dont un Hercule terrassant le lion de Némée. Est-ce que cette statue a rappelé à Casanova le titre du libelle qui lui valut d'être chassé de Venise une deuxième fois : "Ni amours, ni femmes ou le Nouveau nettoyage de l'écurie", en référence aux écuries d'Augias ?


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Sur l'aile est, un long jardin existait déjà à l'époque de Casanova. Il pouvait y accéder par un porche aujourd'hui ouvert pour permettre aux mamies de venir prendre le frais avec leurs bébés.





Le parc est réduit à sa plus simple expression.






Il est difficile de dire dans quel mesure le château s'est transformé depuis 1798. L'essentiel, la création des 2 ailes, le jardin du prince avaient été réalisés au début du siècle.

Les gravures ou tableaux anciens ne renseignent pas précisément.Ceux que j'ai vus dans le château semblent antérieurs aux modifications. par ailleurs, si j'en juge par les paysages représentés, ils ne semblent pas très réalistes.




Comme dans d'autres monuments, les visites sont toutes guidées et organisées par thèmes. Quatre visites distinctes pour le château de Dux ! J'ai pris 2 tickets pour le circuit Casanova et pour un circuit Waldstein. Il n'est pas question de déambuler en rêvant dans les salles du château mais il faut suivre le rythme imposé par un guide qui ne débite son petit discours qu'en tchèque. Il y a heureusement des dépliants en plusieurs langues pour certaines pièces (et pas pour l'appartement de Casanova). 

Le guide ouvre et ferme les portes des pièces et même dans les couloirs il n'est pas possible de s'éloigner du groupe. Je me suis fait rappeler à l'ordre comme un gamin. De plus, les scénographe de cette pauvre mise en scène a dû considérer le circuit Casanova serait trop court si on le limitait à son petit appartement. Il faut avant d'y arriver s'intéresser aux trophées, armes de chasse et céramiques dont on se contrefiche. On préférerait passer plus de temps dans ces fameuses 2 pièces.

Enfin, on imagine que l'intérieur du château a été maintes fois remanié. Mais peu importe. Malgré tout cela, on est ému de voir ce qu'il a pu voir, d'arpenter, nous aussi, les couloirs où il craignait de rencontrer l'intendant  "Faulkircher".

Le couloir qui dessert l'appartement de Casanova.

On peut aussi imaginer que les escaliers n'ont guère changé structurellement, que ce soit dans son aile Casanova ou dans le bâtiment principal.

Le petit escalier qui permet de descendre de son appartement au rez de chaussée. 


L'escalier principal qui dessert les 2 côtés du château. 
Il paraît bien peu majestueux pour un bâtiment aussi massif.

L'appartement de Casanova se trouvait près de la salle de billard, éclairée par un dispositif ingénieux de miroirs réverbérant la lumière des bougies. Aucun moyen de savoir si cela existait à la fin du XVIIIème siècle.



On visite ensuite 3 pièces autrefois consacrées à des hôtes comme Casanova. Je n'en ai vu que deux car je ne suivais pas le bon rythme imposé par le guide et la 3ème était fermée quand j'y arrivais. J'avais progressivement envie de le faire disparaître en lui enfonçant son béret sur la tête. Ces pièces donnent une petite idée des volumes et des fresques qui, pour une raison inconnue ont été badigeonnées dans l'appartement de Casanova. On parle de les décaper.



Puis viennent ensuite les deux pièces de Casanova. Je serais curieux de savoir comment l'on peut être aussi affirmatif mais là encore je n'ai trouvé aucune indication. Les différents auteurs qui ont écrit sur ce séjour à Dux semblent prendre pour argent comptant ces affirmations hasardeuses.



Au fond de la pièce, le fameux fauteuil où Casanova serait mort le 4 juin 1798. Une inscription affirme son authenticité. Je m'étonne que le malade qui ne quittait plus son lit depuis un mois ait voulu mourir assis.

L'autre pièce est meublée en chambre.



Peu d'objets rappellent la présence de Casanova. J'ai d'ailleurs apprécié cette sobriété, préférable à une reconstitution façon décor de cinéma. Le plus émouvant, ce billet autographe adressée à la comtesse Elisa von der Recke.




Il entretint avec elle une relation épistolaire suivie malgré la bigoterie de la comtesse. Charles Clary (1777-1831), le petit-fils du prince de Ligne, fait ce portrait d'Elise dans son journal du 27 mai 1797: 
"Madame de Recke est courlandaise, née Médem, sœur de la duchesse de Courlande, qu'elle n'aime pas. Grande femme de 43 à 45 ans, très belle taille, cheveux noirs, extrêmement laide, teint couperosée, peu de dents noires; bel esprit métaphisicienne, faisant des traités sur l’âme, sur Dieu, sur le monde, sur l'immortalité de l’âme, &c, &c. Son troisième mot est "l’âme". Stoïcienne, elle prétend que la douleur ne fait pas souffrir &c, précieuse, parlant très bel allemand, et le français assez bien a quelques genres près: Elle a beaucoup d'esprit, mais trop haut niché pour nous autres pauvres gens vulgaires; sa conversation est quelquefois intéressante quand elle veut bien s'abaisser à parler d'autre chose que de son âme, de l'impératrice de Russie par exemple à qui elle est extrêmement attachée, dont elle parle avec enthousiasme, et dont elle porte encore le grand deuil, ou du roi de Pologne qu'elle aimait beaucoup, avec qui elle était à merveille, qui l’appelait: "mon enfant", et dont elle porte un portrait en médaillon, et l'autre en bague, qu'il lui a donnés".

J'ai cité tout le texte pour le style du français de ce prince autrichien et faire sentir les efforts que Casanova devait faire pour continuer à converser avec des femmes par la voie des postes. J'ai déjà cité, à une autre occasion, sa longue réponse à la demande de la dame d'un épigramme de sa main sur le thème de l'immortalité de l'âme. Je ne m'en lasse pas. Après avoir justifié son agnosticisme, il lui fait part de sa croyance avec un humour qui n'a pas dû la faire sourire :" Dieu me préserve de me mettre à l'entreprise de vous désabuser, d'autant plus qu'il se peut que je sois dans l'abus moi-même. J'avoue que je n'en sais rien; et que si pour savoir si je suis immortel j'ai besoin de mourir, je ne suis pas pressé de parvenir à la connaissance de cette vérité là. Une vérité qui coûte la vie coûte trop cher; mais s'il m'arrivera après ma mort de sentir encore, je ne conviendrai jamais d'être mort " avril 1797.

La force de l'argument n'est pas rhétorique. Il est au seuil de la mort.

Heureusement, Il y avait les escapades à Teplitz  chez la princesse Clary, la fille aînée du Prince de Ligne, l'ami intime de la fin de vie de Casanova. Il a tracé de l'irascible italien ce célèbre portait  que l'on peut lire à cette adresse par exemple : http://expositions.bnf.fr/casanova/arret/01-2.htm.

Marie-Christine-Léopoldine Clary recevait dans son château de Teplitz tout le gratin européen venu prendre les eaux (et certains poussaient jusqu'à Dux à 2 lieues de là soit 1h de trajet en voiture, lorsque le comte Waldstein était à Dux). J'ai trouvé dans le château une gravure de l'époque qui montre que la place de Teplitz devant les château des Clary n'a pas changé depuis l'époque où Casanova y passait.



Le château des Clary (où Marie-Christine mourut en 1830)

Pour la princesse Clary, Casanova a écrit une pièce en 3 actes, le Polémoscope, pour le récent théâtre du château auquel la bonne société pouvait accéder depuis le parc. La princesse avait 34 ans, Casanova 66. Je n'ai trouvé aucun portrait d'elle, alors qu'elle pratiquait personnellement le pastel.



Elisa von der Recke m'a entraîné hors du château de Dux. La visite n'est pourtant pas terminée, même si elle présente des pièces totalement fabriquées pour soutenir le discours du guide, loin de l'authenticité qu'on attend. Elles jettent même le discrédit sur ce que l'on est en droit de penser authentique.

On a ainsi recréé une petite bibliothèque dans une pièce d'angle près de l'appartement de Casanova. 


Il est évident que cela n'a rien à voir avec la bibliothèque de 40 000 volumes dont Casanova était, en principe, chargé de dresser l'inventaire. Elle a disparu. N'en reste qu'une photographie du XIXème exposée au château.


Mais le pire restait à venir. On verse alors dans le Grand Guignol. Je laisse la parole à Philippe Sollers : "La guide [une jeune rousse, vient-il de dire] s'appuie contre les livres. Elle semble tomber, comme prise d'un malaise. Non, elle fait simplement jouer un déclic secret, elle pousse. Non ? Si !
Une pièce à peine éclairée. Un mannequin de cire habillé "à la dix-huitième", avec perruque. Il est en train d'écrire, plume d'oie à la main, sur un bureau encombré de dossiers, sous une lampe rouge. Mise en scène musée Grévin... La guide est contente de son effet. Casanova empaillé dans un réduit obscur, il fallait y penser."

Mon guide eut le même succès. Tout le monde s'exclama devant le pan de bibliothèque qui tournait sur ses gonds. Chacun, à tour de rôle, eut le droit de se glisser dans le réduit. C'était fini. La visite était formidable : on avait effectivement rencontré Casanova !


J'avais pris un billet "Galerie Waldstein" avec un seul objectif : pouvoir pénétrer sur la terrasse qui dominait le parc. J'imagine que les invités aimaient s'y rendre pour profiter de la fraîcheur : elle est orientée plein nord. Cela m'avait étonné mais, en y réfléchissant, je me rappelais que c'était une résidence d'été et que les étés continentaux peuvent être très chauds. 

Nouvelle déception, la terrasse resta fermée. La grande salle de réception est assez impressionnante avec sa hauteur sous plafond et ses toiles monumentales. Elles renforce l'impression de couloirs étroits, d'escaliers chiches, de pièces étroites, que l'on a ressentie dans l'aile de Casanova. 

On visite aussi un musée avec notamment quelques pièces d'art religieux. Il me semble que cette sainte Catherine peut me servir de conclusion avec son impassibilité de vierge martyre. Une dernière conquête à tenter pour un Casanova qui ne serait intéressé qu'à la belle jeune fille, sans se soucier comme don Juan, d'accomplir ainsi un sacrilège. 

La comédie est finie mais personne ne songe à siffler l'auteur, ainsi qu'il le craignait, ou alors comme à l'opéra, quand les sifflets se mêlent aux applaudissements : la représentation fut sensationnelle. On s'en souvient encore, 220 ans après.



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