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mardi 2 avril 2019

Comme on fait son nid....

Une silhouette traverse la héronnière et se dirige sans hésiter, dans un vol si chaloupé qu'on dirait un pantin suspendu à ses fils, vers un nid où l'attend un autre héron, si affairé qu'il ne remarque pas tout de suite l'arrivée du voltigeur<;





L'occupant du nid est surpris. Alors, comme tous ces grands oiseaux, comme les cigognes par exemple (cf la fin de cet article http://www.leschroniquesdemichelb.com/2018/07/vers-la-tchequie-vol-doiseau.html), les hérons claquent leur bec bruyamment afin de se se reconnaître sans doute possible. Oui, c'est bien ma chérie qui arrive.





Ces images ont de quoi troubler. Vous êtes sûr que l'oiseau qui domine l'autre de toute sa hauteur et de toute sa morgue, est la femelle ? Vous êtes certain que ce n'est pas le mâle, penseront, sans doute, la plupart des lecteurs ?  Pourtant il n'y a pas de doute, c'est bien la femelle.  

A cette période de l'année, au moment des parades nuptiales,  les 2 sexes se distinguent assez facilement. Le mâle arbore sur l'arrière du crâne deux plumes, longues et fines, comme le ruban d'un béret de parachutiste. Son bec est aussi très coloré, allant du jaune au rouge orangé. La femelle est tout simplement grise, avec un toupet noir bien dressé sur la tête, comme si elle s'était mis du gel pour le faire tenir bien droit.

Mais les machos, déjà bien ébranlés par la pose dominatrice de la femelle, risquent de ne pas se remettre de la scène qui suit : le mâle en position de suppliant. On croirait assister à une joute sado-masochiste.



Mais le temps n'est plus à la séduction. On est d'accord sur l'essentiel, on vivra ensemble, on aura des enfants... Il faut passer maintenant aux choses sérieuses et finir la construction du nid. Madame est allée chercher un ajonc, souple et long, qui va faire merveille car on pourra le tresser avec les branches déjà posées.


Puis c'est au tour de monsieur. Chez les hérons,on partage les tâches domestiques. Plus tard, monsieur participera également à la couvaison des œufs. Ensuite les parents ne seront pas trop d'être deux  pour conjointement nourrir la marmaille affamée.

Mais monsieur est un peu empoté. Le voici qui arrive tout fier avec un minuscule rameau. A ce rythme, on n'est pas près de finir.


Madame s'en saisit quand même, même si ce n'est pas génial.



Empoté mais aussi un peu paresseux, semble-t-l ? Pendant que madame s'active, monsieur se gratte le menton. Si c'était un humain, il allumerait une clope pour faire une petite pose.


Elle n'a pas beaucoup à insister pour que monsieur se remette au travail, et même dare-dare. Laissant madame tranquillement couchée dans le nid, il file comme une fusée, fonçant droit vers le sol au milieu des autres nids, vivante démonstration du dévouement conjugal. Je ne suis pas loin de penser qu'il en fait trop pour faire oublier ses manques, car je n'ai jamais vu de hérons voler ainsi, le corps tout tendu vers le but à atteindre.





Il passe à tout allure le long d'une bande de jeunes qui papotent et s'asticotent, heureux de ne pas avoir encore de responsabilités familiales. Leur tour viendra bien assez tôt.


Puis le voici qui revient, toujours aussi vite, tendu vers le ciel, vers là-haut où madame l'attend. Il arrive avec un gros bâton. Elle ne pourra pas lui reprocher, cette fois-ci, que sa contribution à l'édification du nid est ridicule.





On se passe le relais et madame saisit la bâton  car c'est elle qui construit. Monsieur n'est qu'un manœuvre qui va chercher les matériaux. Le travail intellectuel de construction, le travail intelligent lui incombe à elle.




Mais, qu'est-ce qui se passe ? La voilà qui se lève avec le bâton, au lieu de l'utiliser. Elle se déplace jusque vers le bord du nid et là, oh sacrilège, elle laisse tomber le bâton par terre. Elle le regarde tomber, comme un gosse qui balance quelque chose par la fenêtre et le regarde tomber, l'air de se demander ce qui a bien pu se passer, comme s'il n'y était pour rien.





Avec leurs yeux tout ronds, les oiseaux semblent toujours étrangement indifférents à tout ce qui leur arrive de bon ou de mauvais. On dirait presque des machines, des robots dont on n'aurait pas voulu pousser le souci du réalisme jusqu'à les doter d'expressions.

Pourtant, j'imagine qu'il doit se dire : quelle enquiquineuse,  elle n'est jamais contente. Vivement que ce foutu nid soit terminé, parce que là je n'y comprend plus rien. C'est jamais comme il faut, trop petit, trop gros...

Il marmonnait encore que j'étais déjà parti depuis un moment.

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