Pages

mercredi 7 décembre 2011

San Francisco. 2. Des maisons et des bêtes.

San Francisco est une ville insolite pour le parisien de passage. C'est une ville très dense, la 2ème ville des Etats Unis de ce point de vue, après New York. Pourtant, elle semble aérée dès qu'on quitte Downtown, le quartier des affaires. Elle se présente comme un îlot urbanisé au sein d'une nature omni-présente, mais cette "nature" abrite le dortoir de la majeure partie de ses habitants qui  s'y étalent dans des banlieues sans fin. 

San Francisco vu d'avion le 29 novembre 2011, 16h.

On peine à s'expliquer ces impressions contradictoires qui persistent et même s'intensifient quand on retourne en région parisienne. San Francisco évoque une ville européenne mais elle en est, de fait, très différente. Est-ce la présence enveloppante de l'eau, qui ouvre à tous moments de vastes perspectives, est-ce le relief escarpé des collines qui préserve de vastes territoires de l'urbanisation, est-ce le souci des habitants de profiter du moindre espace pour y installer arbres et fleurs ? Je ne sais. Peut-être tout cela à la fois et encore autre chose. J'ai essayé d'interroger, depuis mon retour, d'autres visiteurs. Il partage la même perplexité. La ville dévore l'espace mais elle n'oppresse pas. On accumule les kilomètres sans quitter l'agglomération, sans quitter non plus des bouts, petits ou grands, de nature.

Je sais que les impressions du voyageur, libéré de toute contrainte et de surcroît de passage un court instant, sont nécessairement très différentes de celles du travailleur confronté aux nécessités de  la vie quotidienne. Je ne prétends pas décrire le vécu d'un de ces habitants simplement croisé dans un espace que nous parcourions, lui et moi, selon des logiques bien différentes. J'essaie de percevoir des similitudes et des oppositions entre son espace et le mien, pour essayer de comprendre ce qu'il voit et ce qu'il vit et me réjouir de ce qui nous différencie plus que de ce qui nous rassemble dans la pauvre uniformité de la modernité mondialisée.

Voici plusieurs vues d'avion, lors du vol de retour. Le nord se situe en haut des photos. Au loin, l'extrémité est de la baie (San Francisco est sur notre gauche). Ce qui se déploie sous mes yeux, c'est d'abord la banlieue,  puis une nature de plus en plus sauvage. Je ne suis pas allé si loin en voiture, ma petite ballade au pays des vaches et des émeus s'est déroulée seulement dans le paysage que l'on voit sur la 1ère photo.







Commençons justement par approcher San Francisco depuis sa périphérie. La petite cité de Pleasant Hill,  où je passais mes nuits, mérite bien son nom.  C'est une banlieue de standing modeste, très verte, avec plusieurs "colleges" et une population étudiante importante. Rien à voir avec notre Sorbonne, ni même avec nos rares campus. Bâtiments et terrains de sports occupent bien moins d'espace que les parkings réservés aux profs et aux étudiants. Les seuls embouteillages que j'ai vus sont ceux qu'occasionnait le flot des voitures convergeant vers la principale université.


Un ensemble locatif fréquenté par les étudiants 



 Pas de centre-ville au sens où nous l'entendons, même  si ses habitants désigne un quartier, avec ses grands magasins, comme le centre. Personnellement, je n'ai pas réussi à percevoir des différences notables  entre ces nombreuses zones commerciales séparées par des îlots d'habitation difficilement pénétrables et reliés par des quasi-autoroutes, moins bruyantes, malgré leur largeur et leur nombre que nos rocades européennes. Peut-être le grand nombre des arbres amortit-il le bruit. Et puis, on est toujours au ras du sol, alors que "le son monte".







En cette fin novembre, les arbres sont magnifiques. Il est évident que l'on a pris soin de renforcer l'impression de foisonnement en variant les essences, alternant les feuilles persistantes (eucalyptus, chênes verts, caoutchoucs et palmiers), avec les arbres à feuilles caduques. Les différentes essences (érables, mûriers, platanes, etc.) et donc les différentes couleurs, sont juxtaposées par petits groupes d'individus uniques en leur genre. On est bien loin des alignements monochromes à la française.

 Au milieu de tous ces arbres d'agrément, les chênes rappellent les forêts d'autrefois.
On les retrouve dans les collines, de loin en loin.


Je ne suis pas sûr, en revanche, que les eucalyptus soient endogènes.


Un des rares alignements, avec des essences  inconnues, qui évoquent ceux de France.

De son quartier, desservi par des petites rues organisées de manière à dissuader tout transit, on atteint facilement une voie rapide, dans une gradation progressive des contraintes : d'abord l'intersection avec ses 4 stops sur chacune des voies qui y débouchent, ce qui donne lieu au ballet bien réglé des voitures s'avançant  au fur et à mesure de leur ordre d'arrivée, puis, plus classique le feu tricolore et, enfin la voie rapide, régulée seulement par l'intensité de la circulation (et la limite des 65 miles/heure). C'est zoné avec une application bien sage, comme si l'on parcourait la concrétisation, grandeur réelle, d'une cité bâtie ex nihilo avec le jeu Sim City.

 La contrepartie de ce bonheur tranquille, c'est l'évocation constante d'une violence qui rôde. Des panneaux vous rappellent avec insistance que vous êtes sous la surveillance de ces "desesperate housewises". On se surprend à éviter les gestes et les attitudes qui pourraient suggérer quelque mauvaise intention. Tout est ouvert, les barrières sont inexistantes ou très basses, la notion de porte de jardin est inconnue, on peut théoriquement parcourir ces espaces au gré de sa fantaisie, mais tout est fait pour vous rappeler que vous êtes un intrus qui doit passer son chemin.








Dès qu'on sort de cet univers soigneusement policé, une impression d'aventure vous envahit. Carte ou, mieux, GPS, obligatoire car les panneaux sont très rares pour ne pas dire inexistants. A cet égard, j'ai utilisé avec  bonheur mon Ipad et un logiciel de cartographie, MotionX GPS HD (publicité gratuite) qui, acquis pour quelques euros, vous permet de télécharger sans frais toutes les cartes du monde, avec des échelles différentes. Il suffit de les télécharger avant de partir (quitte à compléter le soir avec le Wifi de l'hôtel) pour disposer d'un ensemble de cartes avec lesquelles on peut rouler en voiture sur les grands axes ou se déplacer à pied avec noms ds rues, magasins et restaurants. Le téléchargement est lent, mais il est fait une fois pour toutes. Certes, ce n'est pas un logiciel de navigation, il ne vous prescrit pas votre route, mais il est facile de se diriger à partir du moment où l'on est situé, à tout moment, sur une carte au détail variable. Trouver le Target (l'équivalent de nos hypers) ou le restaurant le plus proche est un jeu d'enfant pour qui aime lire les cartes et tracer son propre chemin sur elles, plutôt que de se laisser guider par une machine plus ou moins stupide.Cela fonctionne comme Google Map, mais avec un avantage considérable : les cartes sont téléchargées dans l'appareil ; il n'y a donc pas, comme avec Google Map ou l'application de votre fournisseur d'accès Internet, de coûts téléphoniques. Economique quand on est à l'étranger. 

 Après plusieurs demi-tours pour cause d'impasse (c'est aussi un plaisir de se perdre en roulant au hasard, quand on sait qu'on peut toujours se retrouver), la route serpente entre de grosses collines bien rondes surmontées de forêts épaisses ou de pâturages pour des bovidés à la robe d'un noir profond. Impossible d'imaginer en voyant ces fermes parfois délabrées que l'on est tout près de San Francisco.







Au détour d'un virage, un hangar, une vigne, deux rangées d'oliviers et un enclos qu'arpentent fébrilement 3 émeus. Pas facile de les photographier malgré la proximité, tant ils gigotent. Ils ont beau être originaires d'Australie, c'est surtout aux Etats Unis qu'on élève ces grands oiseaux, pour leur viande et pour leur cuir.



Danseuse de French Cancan ?


 C'est bien un oiseau, même s'il est de ma taille.

Cette magnifique couleur bleue est celle de sa peau qui apparaît sur son cou sans poil
et non une pigmentation de sa fourrure.

Après ce détour bucolique dans la campagne profonde, reprenons l'autoroute qui se faufile entre les collines. 

Le haut du pare-brise de la voiture de location était bleuté, pour servir de pare-soleil.
Une précaution rarement utile à cette saison !



 Voici la baie...

et le Bay Bridge. Rassurez-vous, je ne reviens pas sur le sujet.

La 1ère image que l'on a de la ville en arrivant par cette voie est plutôt décevante. Un panneau publicitaire, un pastiche architectural qui abrite une agence immobilière, on craint le pire.


Heureusement, les panneaux publicitaires sont pratiquement absents de la ville.  Les enseignes de magasins dans certains quartiers sont un peu tapageuses, mais c'est plus amusant que gênant.



 On n'imaginait pas Benoit XVI aussi à l'aise au milieu de ces poitrines avantageuses.

Photographié dans Fisherman's Wharf

On rentre bien vite dans l'austère quartier des affaires. Rien à voir avec New York ou Chicago. Pas de geste architectural, excepté pour la Pyramid, mais l'ensemble est pourtant beau, avec cette fantaisie qui fait toute la différence avec, par exemple, le Front de Seine à Paris, l'exemple même du ratage total. 



Comme à New York, la coexistence des immeubles anciens et modernes suscite un mélange de nostalgie et d'admiration.


Le bas de la fameuse Pyramid. 



SDF et chômeur sont-ils sensibles à l'ironie de la situation ?

On a rarement le sentiment d'être oppressé dans un canyon de béton. L'ensemble n'est pas très étendu et ouvre très vite sur des maisons de taille plus modeste.





La verdure n'est jamais très loin.


Surtout, le relief des collines introduit un biais qui perturbe les perspectives et les échelles de taille. L'immeuble de grande hauteur est dépassé par la cime des arbres.


La rue qui monte ferme la perspective et rapproche les lointains....


....ou bien ouvre sur la mer et le ciel.





Aussi n'est-il pas besoin de monter au sommet de la Coin Tower ou des Twin Peaks pour voir loin et grand ; une nouvelle perspective s'ouvre presque à chaque coin de rue, même si le coup d'oeil depuis ces 2 points de vue mérite, comme on dit à Frisco aussi , le détour (detour, sans accent à San Francisco).

Depuis les Twin Peaks 

J'ai attendu un bon moment que le soleil veuille bien quitter le port d'Oakland pour se diriger sur Frisco. 

Pour passer le temps, je me suis fait photographier


Je me suis intéressé aux autres touristes, des Américains, latinos ou chinois, pour l'essentiel.


J'ai respiré les émanations de peinture acrylique


J'ai admiré la tenue de ce courageux cycliste, me rappelant avoir vu déjà le short long flottant sur des chaussettes longues chez un monsieur, apparemment fort peu sportif, rencontré sur Treasure Island. Dans les 2 cas, du ton sur ton.  La mode du moment ?

Même le casque est assorti à la couleur du maillot.


J'ai admiré la variété de l'architecture traditionnelle, ainsi que les couleurs de ces maisons, toutes différentes.


J'ai déploré les lotissements modernes standardisés qui jurent avec le caractère de la ville, la transformant en une banlieue anglaise middle class.


Rien n'y fit. Le soleil ne daigna pas m'offrir un petit chromo de plus en sortant de la brume un gratte-ciel touché un instant par un pinceau de lumière.

Je me console en me disant que ces vues de haut ne rendent pas justice à ce qui fait l’originalité d'une ville qui pendant près de 2 siècles refusa de se plier aux contraintes du terrain, traçant imperturbablement des rues droites, tirées au cordeau, escaladant des collines abruptes que les chevaux ne pouvaient gravir avec leurs charrettes. Je ne sais d'où vient cette folie invraisemblable. Bizarrement, maintenant que le moteur aplatit le relief avec la puissance de ses chevaux-vapeur, les voies rapides modernes épousent le contour des courbes de niveau. Ce qui était différent, devient semblable, ce qui était semblable devient différent : les maisons deviennent toutes identiques tandis que les parcelles cadastrales prennent des formes irrégulières, au gré du terrain : Frisco ne sera plus Frisco, si l'on continue ainsi.

San Francisco en 1851 (Wikipedia commons)
On se demande comment on est passé de ces sentiers qui tiennent compte du profil du terrain,
au plan actuel. En fait, il y a déjà un début d'organisation rectiligne.

Heureusement, jusqu'à présent, il n'en est pas ainsi. Je doute qu'à vue d'homme, la ville perde sa structure si particulière qui veut que la presqu’île soit sillonnée du nord au sud et de l'est à l'ouest, par des rues toute droites qui portent le même nom sur des kilomètres alors que l'environnement qu'elles traversent a complètement changé. En France, un même axe adopte le plus souvent des noms différents. Prenez une des rues les plus longues et les plus droites de Paris, le boulevard Saint Michel : il commence au sud, avenue de l'Observatoire, devient boulevard du Palais, en  traversant une 1ère fois la Seine, puis boulevard de Sébastopol, enfin boulevard de Strasbourg. On va tout droit entre des immeubles qui se ressemblent beaucoup, mais des dénominations distinctes cadencent votre progression dans la ville. On peut donc se situer dans cet univers homogène.

A San Francisco, les quartiers changent beaucoup d'aspect, le profil des rues s'infléchit constamment, mais les rues gardent leur nom. Quel surprise de retrouver par exemple Gough street au bord de l'eau à Fischerman's Wharf, toute plate au milieu de maisons individuelles alors qu'on l'avait empruntée un peu plus tôt (je m'en souviens bien car j'avais commencé à l'enfiler à contre-sens !) dans une côte particulièrement raide qui perçait sa trouée entre des immeubles. Cette permanence des noms de rue introduit un trouble : a-ton perdu complètement le sens de l'orientation ? Ne fait-on pas erreur sur le nom de la rue ?

A Paris, le nom des rues suffit à situer socialement une adresse : Boulevard Saint Michel et boulevard Sébastopol se succèdent géographiquement, mais c'est le jour et la nuit, en terme de standing social. En revanche à San Francisco, il faut bien connaître la ville, être capable de situer les numéros dans la géographie sociale et ethnique,  pour identifier clairement le statut d'une adresse.

Source : Wikipedia

Après quelques jours, voire quelques heures passées dans cette ville, la folie parait la normalité. On a bien un petit pincement au coeur quand le capot se dressant vers le ciel vous masque l'intersection sur laquelle on débouche. Y a-t- il quelqu'un ? Arrivera-t-on à démarrer dans la forte pente sans caler ? Les boîtes automatiques rendent la manœuvre bien plus facile qu'on ne le craint la 1ère fois. Tout ceci est vite oublié, tant la beauté de cet ordonnancement contre nature vous offre des vues sans cesse renouvelée

Qu'on imagine ce que serait Paris, si une Butte Montmartre se dressait  tous les 500 m et si toutes les rues montaient droit comme la rue Lepic qui n'a pas le courage de parvenir au sommet ou si le boulevard de Clichy piquait sans regret ni détour jusqu'à la basilique. Imaginez ce schéma répété sans fin. Ce schéma, c'est pourtant celui d'une bonne partie de San Francisco.

Tout n'est pas ainsi. Les pentes s'apaisent en se rapprochant de l'eau mais elles restent suffisamment accentuées pour que l'on plonge du regard vers la Baie ou le Pacifique. Cela donne un petit air de vacances balnéaires.







La nature n'entoure pas seulement la ville. Elle la pénètre avec de nombreux jardins qui font oublier leur forme strictement rectangulaire, imposée par un plan cadastral qui ne tolérait pas d'exception, grâce au dessin fantaisiste des allées et des plantations.

Le Lafayette Park. 


Le mélange, feuilles caduques et persistantes, est un des charmes de la région. 

Toujours Lafayette Park.

La Golden Gate Promenade offre un des rares terrains de jeu plat, en bordure de baie. Des adultes entrainent les enfants pendant que les plus âgés s’emmitouflent : l'air est vif.


Cela ne suffit pas à retenir quelques nageurs fous.

Il faut bien regarder pour les apercevoir tout en bas de la photo.




Les Californiens, femmes autant qu'hommes, sont toujours des adeptes du footing.


Pendant que j'essaie de comprendre à quoi jouent les enfants (ils apprennent sans doute les rudiments du football américain, si j'en juge par le ballon), des pélicans passent au dessus de moi. Je regrette de ne pas avoir apporté mon téléobjectif.






Autres oiseaux, très présents, les goélands argentés. Les jeunes sont gris et, comme les cygnes, ils ne deviennent blancs qu'au bout de 3, 4 ans.

Un jeune 



On connait bien le bec jaune vif des goélands argentés. On voit plus rarement leurs belles pattes roses.


Au bord du Pacifique, à Cliff House.

Il y a bien d'autres oiseaux marins. Des sortes de grèbes, comme ci-dessous ou des canards à tête blanche et noire.


Toute cette ménagerie rappelle que les humains partagent le monde avec bien d'autres êtres vivants, et que ce monde est fragile, idée constamment présente à l'esprit des Californiens qui vivent avec la hantise du Big One. Sur le site de Kron4, la station de télévision locale, une page permanente est réservée aux tremblements de terre avec images en continu de sismographes, reportages et analyses. Dimanche dernier, quand j'y étais, il y a eu un tremblement de terre dans la région de Berkeley. Magnitude 3,6, pratiquement indétectable sans instrument. Question à l'expert : "est ce que la multiplication de ces petits évènements peut nous dispenser du Big One ? - Non, malheureusement. Ce sont des phénomènes sans commune mesure".

Alors, on apprivoise la nature, on la domestique, au sens propre, en la faisant venir près des maisons, même dans une ville aussi  dense que San Francisco.

Les rues sont généralement bordées d'arbres, différents d'une rue à l'autre et même, le plus souvent d'un trottoir à l'autre. J'aurais bien aimé avoir le temps de flâner à pied pour repérer toutes les combinaisons différentes. Ce travail a dû être fait mais rien ne vaut l'expérience personnelle. En voici quelques exemples.

La célèbre Lombard street. Au fond la Coin Tower. 


Près de Haight street.

A l'angle de Fulton et de Steiner





L'espace est très restreint entre la rue et la maison, mais les habitants de San Francisco trouvent le moyen d'y faire pousser des fleurs et des arbustes qui s'épanouissent dans cette atmosphère le plus souvent humide.







A Presidio.

Après la banlieue, les animaux, les jardins, les rues, en viendra-t-on enfin à ce qui fait la notoriété de San Francisco, ses quartiers si typés, si originaux ? 

Quand on pense "quartiers de San Francisco", on pense d'abord Chinatown. Dans une tradition bien chinoise, on y entre par une porte.


L’évocation de la Chine est permanente, y compris avec des drapeaux, mais alors, le drapeau américain est également sollicité.



La rue principale, Grant street, est bordée de boutiques de fausses antiquités et de vêtements bon marché.




A cette heure matinale, le quartier appartient à ses habitants. J'apercevrai plus tard les hordes de touristes qui s'y pressent ensuite.

Un mendiant.



Deux élégantes.


Tout est organisé pour qu'on puisse faire de l'argent rapidement, même si les sommes en jeu, vu la qualité des produits, ne sont pas énormes.             


Couleurs criardes, débauche d'objets.



Ces modernes nains de jardin semblent à la mode. De nombreuses boutiques en proposent.


Un bric à brac invraisemblable s'entasse dans les boutiques.Impossible de s'intéresser à quoi que ce soit en particulier.


Je repère toutefois quelques objets étranges.


Si l'on lève la tête, le clinquant fait souvent place au délabrement.




Au dessus et au dessous de Grant street, des rues plus paisibles offrent des commerces plus traditionnels orientés vers la clientèle chinoise plus que vers les touristes voyeurs.




Puis le quartier chinois se termine aussi brusquement qu'il a commencé.


On ne le quittera pas sans évoquer le cable car qui le traverse, autre élément incontournable de San Francisco.




On entend sous la rue le grondement de la machinerie qui évoque les fureurs de la faille de San Andreas, tous les jours un peu plus proches du déchaînement.

Autre évocation, plus paisible sur la Bush Street, en face de la porte du Dragon, mentionnée plus haut, un établissement français qui pousse le mimétisme jusqu'à ses dernières limites.


Avez-vous remarqué, par exemple, la "license IV" qui, bien entendu, n'a pas cours ici ? 



Autre quartier emblématique, Haight-Ashbury, l'ancien quartier Hippie. Il n'y a plus de hippies, mais le quartier reste sympathique avec un mélange de boutiques de luxe, de terrasses de café et quelques vestiges des héroïques années 60.




 Derrière cette façade sage d'un restaurant huppé, comment imaginer des scènes comme celles-ci, typiquement américaines : une soirée sport, ici un match de boxe.



Les murs de la plupart des restaurants sont tapissés d'écrans géants qui diffusent sans arrêt des matchs, de football américain, pour l'essentiel. La salle, où tous mangent calmement, est capable de s'embraser brusquement à l'occasion d'une belle action. On se lève, on crie, on se congratule. Puis on se remet à mâchouiller tranquillement.

Ainsi à Pleasant Hill, dans un bar-restaurant que j'ai fréquenté plusieurs fois.








J'ai photographié cette devanture en pensant à ma nièce, Judith Marin, qui peint sur les vitres de vieilles fenêtres récupérées. Je me suis aperçu par la suite qu'il s'agissait d'une boutique de luxe bien connue, mêlant vêtements, accessoires et oeuvres d'art. Voici la page d'accueil de son site. 












Ce quartier est calme, mais les "bad boys" ne sont jamais très loin (ici, sur Haight street).



De part et d'autre de la commerçante Haight street, des quartiers résidentiels avec des maisons souvent très sophistiquées jusque dans le détail.






En descendant vers le sud, à quelques blocs, on tombe sur Castro, le quartier gay.








J'aurais pu aller vérifier sur le chemin entre Haight et Castro si la " maison bleue" de Maxime Le Forestier, au 3839 18th street,  avait bien été repeinte en bleu. Mais je n'y ai pas pensé. Elle figure encore en vert sur Google Map.

Capture de Google Street.




En juin de cette année, pour les 40 ans du passage (assez bref si j'ai bien compris) de Maxime Le Forestier, 2 journalistes franco-américaines ont entrepris d'obtenir que la maison soit repeinte en bleu. Une plaque commémorative a même été inauguré par le consul de France.

On peut sourire de cette nostalgie de vieux hippies. La chanson est jolie mais de là à en faire un évènement historique...  L'anecdote ne manque pourtant pas d'intérêt. Maxime Le Forestier ne semble pas vraiment reconnaître les lieux mais se souvient bien de l'atmosphère de la communauté Hunga Dunga (ne pas confondre avec les galipettes de l'ancien Président du Conseil italien) : comme je le sais, "les pierres sont définitivement muettes" et ne portent rien du passé. Deux anciens locataires s'amusent de constater que c'est un Français qui a le mieux traduit l'esprit du moment. Cet esprit qui se perpétue puisque la maison est occupée actuellement par 2 couples de femmes, leurs enfants et une ribambelle d'animaux. Et puis l'on voit aussi l'amour chanté par Maxime Le Forestier : les ravages du temps ne sont pas beaux à voir, mais la sexagénaire est pleine d'allant et suscite l'optimisme. Finalement, si j'avais su tout cela, j'aurais fait le crochet




C'est toute la ville, en fait, qui est variée et intéressante et pas seulement les quartiers les plus médiatisés. Les maisons victoriennes sont les plus connues, mais des maisons récentes, sans prétention, sont également amusantes et renforcent l'idée que San Francisco est une ville inventive, sous ses airs de bonne bourgeoise provinciale.

Quelques exemples encore.













J'ai une tendresse particulière pour les petites maisons alignées près du Pacifique. Il y en a des centaines, à la fois semblables et différentes.


Je n'ai pas visité, lors de ce bref séjour, de bâtiments publics, pas même de musées, à l'exception de cette église catholique dédiée à Saint Ignatius. Tenue par des Jésuites, elle est à la fois la chapelle de l’Université de San Francisco et une église paroissiale, proche du quartier italien.  Avec ses 2 tours et sa situation haut-perchée qui m'avait attiré l'oeil,  on la reconnait facilement dans cette vue prise  depuis les Twin Peaks.


Détruite en 1906, elle date de 1912.





Il n'est pas possible de quitter San Francisco sans aller voir les maisons sur l'eau de Sausalito, une autre forme d'inventivité dans la construction. Plus exactement, il faut quitter San Francisco. Sausalito se trouve juste de l'autre côté du Golden Gate. Cette visite était d'autant plus indispensable qu'un ami rêve de construire sur son étang son propre houseboat. Voilà quelques idées, des plus excentriques aux plus sages :



 On remarquera les 2 chaises sur le toit.

 Un jeune couple habite celle-ci. Papa vient de rentrer d'une promenade à vélo avec fiston.





C'était une période d'"acqua alta" et il n'était pas facile d'accéder aux bateaux. Comme quoi....



Avec ces houseboats, je n'ai pourtant pas terminé ma petite revue de l'habitat franciscain. Reste l'habitat provisoire ou encore l'absence d'habitat.

San Francisco a son carré d'indignés, près de la gare des ferrys. Leurs tentes sont serrées les unes contre les autres sur une petite esplanade encerclée par le capitalisme automobile. Eux n'avaient pas encore été délogés comme d'autres groupes de Californie.



 Quant aux SDF, ils constituent, paraît-il, un problème grave à San Francisco. Je ne puis en juger, n'étant pas allé traîné mes guêtres dans les quartiers concernés. Dans quelques photos publiées ci-dessus, on en aperçoit quelques-uns. Voici un solide gaillard croisé près de Fisherman's Wharf.


Je lui laisse le soin de vous souhaiter le bon jour de San Francisco. Pour moi, c'est le moment de rentrer. J'ai de la chance. L'avion décolle vers 15h45. Il fait encore jour, pour peu de temps. Le soleil illumine la baie et la ville en se faufilant sous les nuages.

 L'avion d'Air France partait de l'extrémité du terminal, comme il sied à une compagnie étrangère,
au delà de la petite compagnie américaine Southwest, aux avions si colorés.C'est cette compagnie qui avait dû faire inspecter ses 79 Boeing 737, en avril de cette année, après l'atterrissage forcé de l'un d'entre eux dont le toit s'était troué en vol. Une passagère  raconta qu'elle voyait le ciel au dessus d'elle, parmi les câbles et tuyaux des commandes. Des passagers s'évanouirent faute d'oxygène. Bref, je ne racontai rien de tout cela à mon épouse qui a peur de l'avion.




Les Twin Peaks et leur immense pylone. 

Le Bay Bridge, cher à mon coeur.

Les 2 pylônes  du Golden Gate émergent à peine de la brume. 




Le port d'Oakland et, au fond, le Richmond Bridge.


Bye, bye, San Francisco.



Annexe

Pour les amateurs, quelques photos de motos de course italiennes.

L'aéroport avait organisé une exposition de motos de course de petite cylindrée, pendant la grande époque de l'industrie italienne de motos.













Aucun commentaire:

Publier un commentaire