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mardi 22 novembre 2011

Au crépuscule. Des foulques, des cygnes, des mouettes et des humains.

Encore quelques jours de splendeur baroque avant la plongée dans un monde épuré par l'hiver. Sans en prendre nécessairement conscience, beaucoup se retrouvent au bord de l'étang en ce samedi 19 novembre. Pour les enfants qu'ennuie la lente promenade de leurs parents, les querelles entre oiseaux pour un morceau de pain sont une heureuse distraction.





J'ai souvent photographié ces brusques colères qui agitent le petit peuple des canards, cygnes, oies bernaches et mouettes. Ce soir, je m'amuse du conflit inter-armes entre la Royale, représentée par les canards et les troupes aéro-navales que sont les mouettes. Aux premiers, la rapidité de mise en action, puisqu'ils sont déjà présents sur le terrain d'intervention ; aux autres, la domination de l'espace aérien qui leur offre une vue d'ensemble du champ de bataille.

Dans le bref combat qui suit, l'avantage reviendra finalement aux troupes embarquées. Cette jolie petite canne est toute tendue dans un effort désespéré pour attraper le morceau de apin.




Dans un effort désespéré pour l'attraper, elle le fait couler sous l'eau sans réussir à l'atteindre. Il est vrai que l'on doit perdre la tête en sentant le bruit et le déplacement d'air des ailes de la mouette qu'on dit rieuse mais qui ne plaisante pas pour l'heure.


Loupé ! La mouette redécolle aussitôt.


Le pain refait surface et l'on dirait que notre canne victorieuse en rigole de joie.



Ce qui frappe dans ce bref échange, c'est l'absence d'agressivité inter-espèces. Le bec de la mouette serait pourtant une arme redoutable, impossible à parer autrement que par la fuite. A l'intérieur d'une même espèce, les luttes sont autrement dangereuses. C'est la première fois que je voyais 2 foulques se combattre avec une telle hargne, en utilisant leurs formidables serres. 

Ces volatiles, au heaume décoré de blanc, au bec d'un tendre rose, cachent sous l'eau des griffes qui semblent disproportionnées avec leur corps frêle, comme un vestige préhistorique de leurs redoutables ancêtres.

Voici l'agresseur. Il avance à toute vapeur vers son adversaire pour vider une querelle dont j'ignore tout.


Attaque !


Riposte !


L'attaquant en perd l'équilibre et roule sur le dos. Il me plaît d'imaginer qu'il n'en revient pas de se retrouver  dans cette position ridicule.


Deuxième round !


L'attaquant semble prendre l'avantage.


Mais finalement il s'avoue vaincu et quitte le terrain sous l'oeil  du vainqueur.



Tout prêt de là, l'atmosphère est plus paisible, comme si le héron, avec ses airs de vieux sage désabusé et mal fringué, poussait au calme et à la retenue.




Ces 3 cygnes, ici à leur toilette, forment un trio solide que j'ai retrouvé un peu plus tard dans un étrange conciliabule.


Pour l'heure, c'est toilette et étirements, avec cet air de contentement impossible à dissimuler de ceux qui sont " beaux, beaux et cons à la fois".






En voici un autre, aussi agité et prétentieux. D'un geste vif, il commence par plonger  tête et haut du corps dans l'eau, recommençant plusieurs fois le même manège.


Puis, selon une expression qui semble faite pour lui, "il se pousse du col".





Tout se passe comme s'il avait répété l'exercice, afin de parfaire sa gestuelle avant de s'afficher devant le héron. Il défile maintenant devant lui, l'air de rien. Oui, le héron est bien là.




Et le voilà qui recommence son cirque dans l'indifférence totale du vieux sage voûté.




Puis il s'éloigne à tir d'aile...



...en effrayant les mouettes.


Son atterrissage est élégant, comme toutes ses attitudes. 



Comment ne pas être charmé par tant de beauté. Des milliers, peut-être des dizaines voire des centaines de milliers de gens lui rendent un hommage photographique quotidien, sans se lasser, sans trouver la force d'y renoncer. Mais, n'a-t-on pas quelque excuse à vouloir capturer magiquement  la beauté du monde ?






Voici près d'une heure que je suis assis dans l'herbe, au bord de l'eau, guettant l'envol du héron. J'en sais l’évènement certain mais n'en connais pas le moment. D'ailleurs pourquoi quitter cet endroit et  partir plus loin ? Le spectacle vient à moi.

Ainsi cette grèbe qui émerge brusquement devant moi d'une longue navigation sous-marine, l'oeil brillant, le geste saccadé, l'air, comme toujours, effarouché et affairé. Elle va vite s'éloigner après m'avoir offert, sans vouloir poser, son double profil.



Admirez son bel oeil rouge, comme une bille simplement posé sur sa tête.

Les adversaires de tout à l'heure passent devant moi avec une égale indifférence. Je finis par faire partie du décor.

Monôme de canards...


...escadrille de mouettes.


Naturellement, je manque le décollage de mon héron. Il est déjà en position de vol, le cou en z, les pattes flottant négligemment derrière lui.




Il n'est même pas 17h et la lumière baisse, s'offrant un dernier éclat avant de disparaître. 





Puis tout change. Le fin pinceau de lumière rouge s'éteint d'un coup.


Dans le silence qui s'installe, le bruit inopportun d'un battement d'ailes aussi poussif que le démarrage d'un vieux diesel, annonce le décollage d'un cygne. Pourquoi ? Pour où ?




Il vire devant les immeubles, que l'écrasement des perspectives rapproche,  bref rappel d'une nature sauvage dans cet environnement banlieusard...


.... et retrouve le calme de l'étang.


Quelques minces nuages renvoient vers l'eau la lumière du soleil disparu.


Si l'on est un peu attentif, l'eau présente encore mille reflets changeants qui sont autant de bonheurs fugitifs.





Depuis un moment, je suis assis sur un banc. Au dessus de moi, un bruit de feuilles qu'on agite : une perruche est en train de manger les graines d'un érable.





Un ami me demandait récemment ce que devenaient "mes" perruches (cf. Un amour de perruches et suivants ). Voilà, elles sont maintenant partout et plus seulement dans les grands platanes qui bordent la pièce d'eau de ma résidence. Elles passent en piaillant au dessus de ma maison sans effaroucher (pour l'instant ?) les multiples passereaux qui viennent manger les graines que je leur offre afin qu'ils m'amusent de leurs joutes. Celle-ci, au moins, est trop occupée pour crier.

La nuit est maintenant tombée. La plupart des promeneurs sont rentrés chez eux car ils n'aiment pas les sortilèges de la nuit dans la nature. Quelques-uns passent encore devant une sorte de scène que ferment 2 arbres avec l'eau en toile de fond et quelque traits de lumière provenant de l'éclairage lointain d'un stade. Les silhouettes en aplat de ce théâtre d'ombres inclinent à rêver sur des histoires écrites sans paroles dans un temps suspendu.

Que les féministes me pardonnent, mais ne voyez-vous pas dans cette image le symbole de la dure condition de l'homme moderne, l'échine courbée sous le poids d'une culpabilité collective qui n'est pas la sienne mais provient de ces fameux "2000 ans d'exploitation" des femmes", de ces femmes qui, comme la sienne, houspillent les hommes  pour qu'ils avancent plus vite ?



Non, je le vois bien,  vous ne me pardonnez pas cette plaisanterie. Heureusement, l'objet du litige est passé et le ménage semble en paix, monsieur et madame communiant dans le bonheur  d'être ensemble, sur le même plan, à égalité.



Cette image est plus cruelle. N'est-ce pas le "roi des aulnes" qui enlève un enfant ?



Là non plus, le commentaire n'est sûrement pas jugé acceptable en ces temps d'hystérie collective à propos de la délinquance sexuelle. Rassurez-vous, c'est un innocent grand-père que j'avais photographié un peu plus tôt, avant que le crépuscule ne l’aplatisse, lui et son petit-fil,s en 2 ombres chinoises au sens impénétrable.



J'ai compris. Vous préférez donner libre cours à votre propre imagination. Je vous laisse regarder mes scénettes.








Qu'avez-vous vu ? Je vois une petite fille que l'on veut abandonner dans le noir qui l'effraie. La mauvaise mère (sa belle-mère?) chasse son petit frère, lui intime l'ordre de s'éloigner. Heureusement, elle retrouve sa grande soeur et son petit frère qui donne, d'un geste du bras, le fin mot de l'histoire et tout s'apaise loin des adultes.

Ces adultes sont d'ailleurs bien bizarres à se laisser guider par leur chien, préférant l'animal à leur progéniture.




Cette maman est heureuse de promener son unique chérubin.


Mais voici que surgit de derrière l'arbre qui la cachait une petite fille avec sa trottinette.


"Voulez-vous bien me prendre avec nous", implore l'abandonnée ?


Maman hésite


Finalement elle prend une décision et s'éloigne.


Puis, sans se retourner, elle lui dit "D'accord". La petite fille vole de plaisir...


... et la maman aussi, car il est doux d'être bon. Les 3 (n'oublions pas le chérubin qui, pourtant, n'est sûrement pas d'accord pour partager l'affection de sa mère) filent alors ensemble, légers comme dans un dessin de Folon.


Il est près de 18h. J'arrête là mon roman-photo à l'eau de rose et laisse l'étang à ses occupants légitimes qui s'essaient, avec peu de succès pour l'instant, à dessiner un liquide Kandinsky.



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